« J’ai fait usage de vio­lence en­vers mes en­fants »

Un père re­pen­ti ra­conte com­ment il en est ve­nu à frap­per ses en­fants

L'Action - - ACTUALITÉS - GE­NE­VIÈVE GEOF­FROY

«J’ai fait usage de vio­lence en­vers trois de mes quatre en­fants. Je leur ai don­né des claques à ré­pé­ti­tion, j’ai hur­lé après eux, je les ai trai­tés de noms», dé­crit Sé­bas­tien, les larmes aux yeux.

CRI DU COEUR

Sé­bas­tien, 35 ans, a réus­si à pros­crire la vio­lence de sa vie grâce à de mul­tiples thé­ra­pies. Or, la vio­lence a long­temps fait par­tie de sa vie… et de celle de ses en­fants.

Au­jourd’hui, il lance un cri du coeur et de­mande aux hommes qui usent de vio­lence en­vers leur fa­mille d’al­ler, comme lui, cher­cher de l’aide pour s’en sor­tir.

« C’est bien de s’en rendre compte, mais, si tu t’en rends compte et que tu restes tout seul avec, il y a de bonnes chances que ça reste », lance-t-il.

PAS LE BON CHE­MIN

En abor­dant le re­vers plus sombre de la mé­daille, il sou­haite aus­si sen­si­bi­li­ser la po­pu­la­tion.

« On fait ça parce qu’on ne connaît pas le bon che­min. Si tout le monde qui connaît le bon che­min se tasse de nous autres, ça ne nous ai­de­ra pas à chan­ger », in­siste-t-il.

UNE SEULE RÈGLE

Pen­dant long­temps, Sé­bas­tien n’a lui-même pas su faire au­tre­ment. Il a com­men­cé à user de vio­lence en­vers son aî­né, au­jourd’hui âgé de 10 ans, quand il a at­teint un peu plus d’un an.

PAS D’AU­TO­RI­TÉ

« Je me sen­tais in­adé­quat, que je n’étais pas un bon père, que je n’étais pas ca­pable d’avoir d’au­to­ri­té sur mes en­fants. C’est en es­sayant d’al­ler cher­cher de l’au­to­ri­té que j’ai com­men­cé à exa­gé­rer, té­moigne-t-il. J’ai com­men­cé avec une pe­tite tape sur les doigts en di­sant «Non, ne touche pas à ça». Sauf qu’à un mo­ment don­né, ça a dé­gé­né­ré. »

Des gestes comme ceux-ci, ses trois aî­nés y ont goû­té. Un jour, son aî­né a eu peur de lui mon­trer ses ré­sul­tats sco­laires.

« Quand son pro­fes­seur l’a su, il y a eu un si­gna­le­ment à la Di­rec­tion de la pro­tec­tion de la jeunesse, ra­conte-t-il. Quand j’ai été convo­qué au poste de po­lice, j’es­pé­rais qu’on m’en­voie en de­dans. »

Sé­bas­tien avait honte. Il a aus­si pen­sé au sui­cide pour ré­gler son pro­blème de vio­lence.

NOU­VELLE THÉ­RA­PIE

En dé­cembre 2013, Sé­bas­tien a été ac­cu­sé de voies de fait sur trois de ses quatre en­fants. Il a plai­dé cou­pable, puis il a dé­ci­dé d’en­tre­prendre une thé­ra­pie fer­mée de six mois.

Il a aus­si dé­ci­dé de voir ses en­fants uni­que­ment sous la su­per­vi­sion d’un or­ga­nisme ve­nant en aide aux fa­milles.

Après les six mois de thé­ra­pie, en mai 2015, il a re­çu sa peine. Il a ob­te­nu une pro­ba­tion de deux ans avec sui­vi. Il a conti­nué à voir ses en­fants sous su­per­vi­sion, ce qui l’a gran­de­ment ai­dé à dé­ve­lop­per une re­la­tion saine avec eux.

THÉ­RA­PIE DE GROUPE

En avril 2016, il a en­tre­pris un pro­gramme de thé­ra­pie de groupe de 21 se­maines au Centre d’aide pour hommes de La­nau­dière, à Jo­liette.

« Ça m’a ame­né beaucoup de confiance en moi, dit-il. Main­te­nant, quand il y a un pro­blème et que je n’ai pas de so­lu­tion, je m’en vais ré­flé­chir à une so­lu­tion. Puis, je re­viens et je fais un cau­cus fa­mi­lial avec mes en­fants », dit-il.

TÉ­MOI­GNAGE. Quand Sé­bas­tien* était jeune, tout était per­mis. Tout sauf une chose. User de vio­lence en­vers sa conjointe ou ses en­fants. Cette seule règle ap­prise dans sa jeunesse, il l’a trans­gres­sée quand il est de­ve­nu père.

DES PETITES VIC­TOIRES

Avec le temps, il a réus­si à re­cons­truire une re­la­tion de confiance avec ses en­fants.

Sé­bas­tien ne nie pas que d’agir au­tre­ment est un com­bat de tous les jours.

« Les idées sont là. Ça re­vient des fois, mais je me ra­mène. Ça de­vient plus fa­cile avec le temps, à force de ga­gner des petites vic­toires chaque jour. C’est aus­si de prendre le temps de se don­ner une tape dans le dos, per­sonne d’autre ne va le faire à ma place. »

(Pho­to De­po­sit­pho­tos)

Sé­bas­tien de­mande aux per­sonnes qui, comme lui, ont usé de vio­lence dans leur fa­mille, d’al­ler cher­cher de l’aide pour s’en sor­tir.

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