«C’est comme le Fa­ce­book des gens plus âgés!»

Chez Hen­ri, un réel mode de vie pour les ha­bi­tués

L'Action - - ACTUALITÉS - MÉ­LIS­SA BLOUIN

RE­POR­TAGE. Un ordre de toasts et un ca­fé tous les ma­tins, et ce, de­puis une tren­taine d’an­nées, le res­tau­rant Chez Hen­ri dé­tient son lot d’ir­ré­duc­tibles. Que ce soit à leur table at­ti­trée ou au « comp­toir des ha­bi­tués » les fi­dèles sont tou­jours pré­sents au poste. De­puis 60 ans, plu­sieurs ami­tiés se sont créées, don­nant nais­sance à une grande fa­mille. Chez Hen­ri la Pa­tate, c’est un monde en soi.

«C’est comme le Fa­ce­book des gens plus âgés! On se re­trouve entre chums, on jase et on s’in­forme de ce qui se passe en ville. On ap­prend toutes sortes de choses », a com­men­té Pierre La­jeu­nesse as­sis au comp­toir des ha­bi­tués. Il a d’ailleurs ex­pli­qué à L’ac­tion la par­ti­cu­la­ri­té de cet em­pla­ce­ment.

«Il faut presque ap­pli­quer pour avoir sa place dans le rond, c’est tout juste si elles ne sont pas ré­ser­vées. Il y a en­vi­ron trois groupes de per­son­nages qui passent ici se­lon les heures. Il y a la gang de 7 h, celle de 8h et ceux qui viennent après 9 h », a-t-il men­tion­né avant de pré­ci­ser que, lui, il était du groupe de 7 h.

Ins­tal­lés sur leur ta­bou­ret res­pec­tif, les clients abordent plu­sieurs su­jets. «Pen­dant en­vi­ron une de­mi-heure, on jase de l’ac­tua­li­té, on règle tous les pro­blèmes du monde et après on s’en va », a ajou­té M. La­jeu­nesse.

As­sis à ses cô­tés, Alain Thé­riault a ad­mis qu’ils po­tinent un peu, mais ja­mais mé­cham­ment. « Par contre, quand tu es nou­veau et que tu t’as­sois dans le cercle il faut que tu t’at­tendes à te faire ta­qui­ner. Il y a des tan­nants ici », a-t-il dit avant de sa­luer «Po­paul» qui ve­nait de se joindre au groupe. « Ça, c’est vrai ! Quand je viens en vé­lo, il ar­rive sou­vent que mon casque dis­pa­raisse ! Il ne faut pas avoir le dos tour­né trop long­temps ici », a ren­ché­ri le nou­veau ve­nu à la blague.

Au cours des an­nées, ces far­ceurs se sont fait plu­sieurs amis et sont tou­jours bien heu­reux de re­trou­ver «la gang» le ma­tin. Pour eux, c’est réel­le­ment de­ve­nu une fa­mille. «Par­fois, il y a des mo­ments plus lourds. Il y en a qui sont as­sis ici pen­dant 25 ans et qui dé­cèdent. Ça fait un trou dans le rond… »

Les clients se lient aus­si d’ami­tié avec les ser­veuses et les voient par­fois prendre leur re­traite après plu­sieurs an­nées. «Ça fait 35 ans que je tra­vaille ici et je ne me vois pas ar­rê­ter, je m’en­nuie­rais à mou­rir. J’ai dé­jà été en ar­rêt de tra­vail parce que je m’étais cas­sé un bras et je ve­nais quand même à 4h30 pour voir ma gang», a ajou­té Do­ris Cou­lombe.

« Do­ris c’est comme un confes­seur, elle sait tout», ont com­plé­té les hommes. D’ailleurs, pour être ad­mis au comp­toir des ha­bi­tués il est in­dis­pen­sable d’être res­pec­tueux en­vers les ser­veuses, «ceux qui sont im­po­lis avec elles on n’ac­cepte pas ça, on les sort du rond. »

« LA PLACE À M. ET MME LACOMBE »

Un peu plus loin, dans le so­la­rium du res­tau­rant, Jacques Lacombe et Geor­gette Jo­ly sont ins­tal­lés à leur table at­ti­trée, comme tous les autres ma­tins de­puis plus d’une ving­taine d’an­nées. Cette table leur est tel­le­ment as­so­ciée, qu’une ser­veuse a dé­jà dit à un autre client qu’il ne pou­vait pas s’as­seoir là, car c’était « la place de M. et Mme Lacombe ».

« C’est très rare qu’on manque une jour­née. La pluie, la neige, les tem­pêtes, il n’y a rien qui nous ar­rête. Les rares fois que nous ne sommes pas là, les gens s’in­quiètent », a com­men­té le couple de sep­tua­gé­naires. Pour eux, c’est leur pe­tit ren­dez-vous ma­ti­nal.

« On a beau­coup de plai­sir ici. Nous connais­sons tout le monde et on se ta­quine beau­coup avec les autres ha­bi­tués », a com­men­té la char­mante dame. On leur a même dé­jà sug­gé­ré, à la blague, d’ins­tal­ler un pan­neau d’ar­rêt à cô­té de leur table puisque tout le monde ar­rête pour par­ler à ce couple bien cé­lèbre du Hen­ri.

Dès que la ser­veuse les voit ar­ri­ver, elle pré­pare tout de suite leurs as­siettes puis­qu’elle connaît leurs com­mandes par coeur. D’ailleurs, c’est un des as­pects que le couple pré­fère de ce res­tau­rant, l’ac­cueil cha­leu­reux qui leur est ré­ser­vé et la bonne hu­meur des ser­veuses. Mme Lacombe aime aus­si l’en­droit pour la pro­pre­té qu’il y règne, « ça brille tout le temps ici ».

Quant à M. Lacombe, il aime re­gar­der par les baies vi­trées du so­la­rium et l’en­droit lui rap­pelle quelques sou­ve­nirs. « Quand j’étais plus jeune, on al­lait en ville chez le den­tiste et quand on re­ve­nait ma mère ar­rê­tait Chez Hen­ri et nous pre­nait une pa­tate comme ré­com­pense ».

(Pho­to TC Media- Mé­lis­sa Blouin)

Jacques Lacombe et Geor­gette Jo­ly viennent par­fois avec leur pe­tit-fils Mi­chaël Lacombe.

(Pho­to TC Media- Mé­lis­sa Blouin)

Alain Thé­riault, Pierre La­jeu­nesse et Do­ris Cou­lombe au fa­meux comp­toir des ha­bi­tués.

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