Les or­ga­nismes tra­di­tion­nels ré­clament une meilleure reconnaissance

Pro­gramme de sub­ven­tions

L'Action - - ACTUALITÉS - ÉLISE BROUILLETTE

CULTURE. Les écoles et les camps de mu­sique tra­di­tion­nelle du Qué­bec sont dé­çus à la suite de la ré­vi­sion d’un pro­gramme d’aide fi­nan­cière gou­ver­ne­men­tal. En ef­fet, mal­gré les nou­veaux cri­tères éta­blis, au­cun de ces or­ga­nismes ne se­rait ad­mis­sible à une sub­ven­tion.

Si, se­lon le mi­nis­tère de la Culture, la ré­vi­sion du Pro­gramme d’aide au fonc­tion­ne­ment pour les or­ga­nismes de formation en art (PAFOFA) a per­mis de mettre fin à « l’his­to­ri­ci­té », soit au fait que les sub­ven­tions étaient oc­troyées à long terme aux mêmes bé­né­fi­ciaires, se­lon

An­toine Gau­thier, du Con­seil qué­bé­cois du pa­tri­moine vi­vant, ce n’est pas tout à fait la réa­li­té. « Les camps et les écoles de mu­sique tra­di­tion­nelle n’ont ja­mais été ad­mis­sibles au PAFOFA puisque le pro­gramme n’était pas «ou­vert» [à de nou­veaux bé­né­fi­ciaires] », ex­plique-t-il.

Il ajoute que les cri­tères re­vus éli­minent en­core une fois de fac­to l’en­semble des camps et des écoles en mu­sique et en danse tra­di­tion­nelles du

Qué­bec.

En ef­fet, la danse et la mu­sique tra­di­tion­nelles ré­pondent d’em­blée aux ob­jec­tifs gé­né­raux du pro­gramme. Tou­te­fois, en rai­son de cer­tains autres cri­tères, leur ad­mis­si­bi­li­té à une aide fi­nan­cière est court-cir­cui­tée. Ces cri­tères : un mi­ni­mum de quatre se­maines pour les camps et une lo­ca­li­sa­tion à l’ex­té­rieur des ag­glo­mé­ra­tions de Mon­tréal et de Qué­bec pour les écoles.

« Dans les faits, per­sonne du mi­lieu tra­di­tion­nel n’est ad­mis­sible au pro­gramme », re­grette An­toine Gau­thier en sou­te­nant que les écoles sont si­tuées en ville et qu’au­cun camp n’est en me­sure de pro­po­ser le mi­ni­mum de quatre se­maines re­quis.

Le Con­seil qué­bé­cois du pa­tri­moine vi­vant se ré­jouit que le « pa­tri­moine im­ma­té­riel » soit main­te­nant re­con­nu lé­ga­le­ment. Il ai­me­rait ce­pen­dant que cette reconnaissance se tra­duise par un sou­tien mi­ni­mal.

An­toine Gau­thier men­tionne qu’il est très dif­fi­cile pour un camp qui n’a ja­mais re­çu d’aide fi­nan­cière ou de fonds pu­blics d’of­frir plus de quatre se­maines de formation.

Le mi­nis­tère au­rait aus­si dit aux camps de mu­sique tra­di­tion­nelle de s’as­seoir avec d’autres or­ga­ni­sa­tions à qui l’aide a été ver­sée, comme le Camp mu­si­cal père Lind­say dans La­nau­dière, afin de dis­cu­ter d’éven­tuelles col­la­bo­ra­tions. « Au CQPV, nous sommes pour l’au­to­dé­ter­mi­na­tion des or­ga­nismes. On sent qu’on n’a pas vrai­ment été écou­té et on sou­haite qu’il y ait une autre ave­nue. Qu’ils rendent nos or­ga­nismes ad­mis­sibles, qu’ils in­ventent un pro­gramme, qu’ils trouvent une fa­çon d’ai­der notre sec­teur. »

De son cô­té, An­dré Bru­net, du Camp Vio­lon Trad Qué­bec (CVTQ), en en­tre­vue avec L’ac­tion, confie : « C’est comme si la mu­sique tra­di­tion­nelle n’était pas une mu­sique sé­rieuse et que le mi­nis­tère n’avait pas confiance en le bien-fon­dé d’un camp comme le nôtre. »

« Quand vient le temps de dis­tri­buer l’ar­gent, on nous dit que nous autres, le mi­lieu tra­di­tion­nel, notre seule so­lu­tion est de pas­ser par un camp clas­sique. C’est comme si le mi­nis­tère n’a pas confiance. »

An­dré Bru­net rap­pelle que le CVTQ est en ac­ti­vi­té de­puis dix ans et qu’il pos­sède une cel­lule ad­mi­nis­tra­tive. « On est ca­pable de gé­rer des sub­ven­tions. »

« Est-ce qu’on va al­ler s’as­seoir avec le Camp mu­si­cal père Lind­say ? On ne sait pas. On n’a pas né­ces­sai­re­ment les mêmes li­gnées d’en­sei­gne­ment. Les camps tra­di­tion­nels sont re­con­nus mon­dia­le­ment, mais on les oblige à pas­ser par des in­ter­mé­diaires. Il pour­rait peut-être aus­si y avoir une belle col­la­bo­ra­tion. On en est là dans notre ré­flexion. On tra­vaille fort pour mon­ter une école d’une se­maine. C’est comme si un camp d’une se­maine ne peut pas avoir de va­leur », dé­nonce An­dré Bru­net.

Ce der­nier conclut que le pa­tri­moine vi­vant est très ac­tif au Qué­bec et qu’il se bat de­puis des dé­cen­nies pour être re­con­nu. « Pour­quoi, quand il s’agit de mu­sique tra­di­tion­nelle, de la mu­sique de chez-nous, c’est tou­jours com­pli­qué », conclut-il.

Au mo­ment de pu­blier, le mi­nis­tère de la Culture et le Camp mu­si­cal père Lind­say n’avaient pas re­tour­né l’ap­pel de L’ac­tion.

Gracieuseté) (Pho­to

An­dré Bru­net, du Camp Vio­lon Trad Qué­bec.

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