Po­li­tique

L’actualité - - SOMMAIRE - PAR CHAN­TAL HÉ­BERT

Il n’a guère été ques­tion de ré­forme du mode de scru­tin au cours de la cam­pagne élec­to­rale on­ta­rienne. Dans son pro­gramme, le NPD — pour­tant par­ti­san de longue date d’un sys­tème plus pro­por­tion­nel — en fai­sait à peine men­tion à la page 91 d’un do­cu­ment qui en comp­tait 107. Et l’en­ga­ge­ment du par­ti se ré­su­mait à la créa­tion d’une com­mis­sion in­dé­pen­dante char­gée, no­tam­ment, d’étu­dier des mo­dèles de re­change.

Au Qué­bec, par contre, trois par­tis sur les quatre re­pré­sen­tés à l’As­sem­blée na­tio­nale ont si­gné un pacte pré­élec­to­ral qui les en­gage à s’as­su­rer que le scru­tin de l’au­tomne se­ra le der­nier à se dé­rou­ler sous le sys­tème uni­no­mi­nal à un tour. Seul le Par­ti li­bé­ral n’a pas adhé­ré à cette en­tente qui pré­voit le dé­pôt d’un pro­jet de loi ins­tau­rant un sys­tème pro­por­tion­nel mixte com­pen­sa­toire au cours de la pre­mière an­née du pro­chain gou­ver­ne­ment qué­bé­cois.

Ce n’est pas le seul en­jeu dont la place, très dif­fé­rente dans le dé­bat élec­to­ral, donne aux deux pro­vinces, toutes voi­sines qu’elles soient, l’al­lure de pla­nètes éloi­gnées.

1. Le car­bone — En On­ta­rio, la par­ti­ci­pa­tion de Queen’s Park au pro­gramme de lutte contre les chan­ge­ments cli­ ma­tiques du gou­ver­ne­ment de Jus­tin Tru­deau a été un en­jeu im­por­tant de la cam­pagne. À l’ins­tar de ses cou­sins fé­dé­ral et al­ber­tain, le Par­ti conser­va­teur de Doug Ford a pas­sé la cam­pagne à dé­ni­grer le pro­jet d’in­tro­duire un coût car­bone dans l’éco­no­mie.

Au Qué­bec, par contre, le concept fait consen­sus entre les prin­ci­paux par­tis. Au­cun ne dé­crit la par­ti­ci­pa­tion de la pro­vince à une Bourse du car­bone comme une ar­naque éta­tiste. Dans une en­tre­vue au quo­ti­dien Le So­leil en mars, le chef de la CAQ, Fran­çois Le­gault, a confir­mé que, s’il de­ve­nait pre­mier mi­nistre, le Qué­bec conti­nue­rait d’adhé­rer au mar­ché du car­bone.

2. Les ac­com­mo­de­ments rai­son­nables — Au cours de la der­nière cam­pagne fé­dé­rale, les conser­va­teurs de Ste­phen Har­per avaient flir­té avec le dé­bat sur les ac­com­mo­de­ments rai­son­nables en ten­tant d’in­ter­dire le port de voiles re­li­gieux, comme le ni­qab, lors des cé­ré­mo­nies de pres­ta­tion du ser­ment de ci­toyen­ne­té, et en an­non­çant la créa­tion d’une ligne té­lé­pho­nique pour dé­non­cer les « pra­tiques cultu­relles bar­bares ».

En On­ta­rio, la ma­noeuvre avait fait chou blanc et, par la suite, la base mi­li­tante du Par­ti conser­va­teur a pro­fi­té

de la course à la suc­ces­sion de Ste­phen Har­per pour la mettre au ran­cart en ré­pu­diant des can­di­dats comme l’an­cienne mi­nistre on­ta­rienne Kel­lie Leitch, qui fai­sait la pro­mo­tion d’un test des va­leurs à im­po­ser aux can­di­dats à l’im­mi­gra­tion. Pour l’ave­nir pré­vi­sible, la ques­tion des ac­com­mo­de­ments est éva­cuée du dis­cours élec­to­ral de la pro­vince.

Par com­pa­rai­son, cha­cun des par­tis en lice au scru­tin qué­bé­cois du 1er oc­tobre va se pré­sen­ter à l’électorat avec une concep­tion dif­fé­rente de la ma­nière de re­flé­ter la laï­ci­té de l’État dans l’es­pace pu­blic. À di­vers de­grés, tous pro­posent un cer­tain nombre de me­sures contrai­gnantes en ma­tière de port de signes re­li­gieux.

3. L’im­mi­gra­tion — Comme le Qué­bec, l’On­ta­rio souffre d’une pé­nu­rie de main­d’oeuvre, sur­tout en ré­gion. Mais les res­sem­blances s’ar­rêtent là. Sur le fond, rien ne dis­tingue par­ti­cu­liè­re­ment l’ap­proche des trois prin­ci­paux par­tis on­ta­riens, d’au­tant que la ques­tion de l’in­té­gra­tion lin­guis­tique ne se pose pas vrai­ment.

Un fu­tur gou­ver­ne­ment qué­bé­cois sou­cieux de re­te­nir ses can­di­dats à l’im­mi­gra­tion pour pal­lier les be­soins de plus en plus criants en ma­tière de main­d’oeuvre de­vra sans doute te­nir compte de l’exis­tence d’une pro­vince voi­sine plu­tôt dis­po­sée à ac­cueillir à bras ou­verts les can­di­dats de­vant les­quels il pour­rait faire la fine bouche.

4. La pe­tite en­fance — S’il y a un su­jet sur le­quel le Qué­bec et l’On­ta­rio sont à des an­nées­lu­mière, c’est bien ce­lui de la pe­tite en­fance. Pen­dant que les par­tis à l’As­sem­blée na­tio­nale dé­battent de la place plus ou moins cen­trale des CPE dans le pay­sage, l’On­ta­rio a en­core à mettre en chan­tier les fon­da­tions d’un ré­seau digne de ce nom de gar­de­ries uni­ver­selles et pu­bliques.

Ré­sul­tat : des coûts exor­bi­tants qui taxent le bud­get des jeunes pa­rents et la vie pro­fes­sion­nelle des femmes qui tentent de conci­lier tra­vail et fa­mille. Sur ce front, les par­tis on­ta­riens ont mul­ti­plié les pro­messes de grandes ma­noeuvres, fis­cales ou autres, pour re­mé­dier à la si­tua­tion.

Au to­tal, la cam­pagne on­ta­rienne s’est d’ailleurs dé­rou­lée à l’en­seigne d’une valse des mil­liards sans pré­cé­dent. Tout ce­la sur fond de bud­get pro­vin­cial dé­fi­ci­taire. En cette an­née élec­to­rale, l’herbe n’est pas vrai­ment plus verte en On­ta­rio qu’elle l’est au Qué­bec, mais sem­ble­rait­il que l’ar­gent pousse là­bas dans les arbres !

La ré­forme du mode de scru­tin n’est pas le seul en­jeu dont la place, très dif­fé­rente dans le dé­bat élec­to­ral, donne aux deux pro­vinces, toutes voi­sines qu’elles soient, l’al­lure de pla­nètes éloi­gnées.

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