Éco­no­mie

L’actualité - - SOMMAIRE - PAR PIERRE FOR­TIN

L’hi­ver n’em­pêche pas d’être heu­reux.

Le World Hap­pi­ness Re­port des Na­tions unies vient de pu­blier les ré­sul­tats de la der­nière en­quête Gal­lup sur la sa­tis­fac­tion des gens à l’égard de la vie qu’ils mènent. Des cen­taines de mil­liers de ré­pon­dants ont été son­dés dans 156 pays. Comme l’in­dique le gra­phique ci-contre, les quatre pays les plus heu­reux de la pla­nète sont des pays nor­diques : la Fin­lande, la Nor­vège, le Da­ne­mark et l’Is­lande. Deux autres pays du Nord, le Ca­na­da et la Suède, oc­cupent les sep­tième et neu­vième rangs. En rai­son de ses hau­teurs, on pour­rait in­clure au cin­quième rang la Suisse, avec ses 48 som­mets en­nei­gés de plus de 4 000 m.

Où est le Qué­bec ? En 2016, Sta­tis­tique Ca­na­da a es­ti­mé que le de­gré de sa­tis­fac­tion des Qué­bé­cois par rap­port à leur vie était le même que ce­lui des autres Ca­na­diens. Le Qué­bec oc­cupe ain­si le sep­tième rang avec le Ca­na­da dans le gra­phique.

Les tra­vaux scien­ti­fiques sur le bon­heur ont gran­de­ment pro­gres­sé de­puis que le roi du Bhou­tan a pro­po­sé, il y a 45 ans, d’uti­li­ser la no­tion de « bon­heur na­tio­nal brut » plu­tôt que celle, ju­gée trop étroite, de pro­duit in­té­rieur brut (PIB) pour gui­der les po­li­tiques de son pays. L’éco­no­miste ca­na­dien John Hel­li­well, de l’Uni­ver­si­té de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique, est le lea­der mon­dial in­con­tes­té de la re­cherche en la ma­tière.

Qu’est-ce donc qui rend heu­reux ? Sur le plan in­di­vi­duel : une bonne san­té phy­sique et men­tale, des re­la­tions amou­reuses, fa­mi­liales et ami­cales gra­ti­fiantes, un tra­vail stable, ré­mu­né­ra­teur et sa­tis­fai­sant. Sur le plan col­lec­tif : un re­ve­nu na­tio­nal dé­cent par­ta­gé de fa­çon éga­li­taire, l’es­pé­rance d’une longue vie en san­té, la ca­pa­ci­té de faire des choix de vie libres, la gé­né­ro­si­té, l’ab­sence de cor­rup­tion per­çue dans les en­tre­prises et l’État.

À me­sure que les ef­fets de ces di­vers fac­teurs sur le bon­heur des gens de­viennent mieux connus, les pos­si­bi­li­tés d’en te­nir compte ex­pli­ci­te­ment dans l’orien­ta­tion des po­li­tiques pu­bliques se mul­ti­plient. Ce­la aug­mente la pro­ba­bi­li­té d’ac­croître leur in­ci­dence fa­vo­rable sur le bie­nêtre in­di­vi­duel et col­lec­tif.

Voi­ci huit exemples concrets qui per­mettent de com­prendre à quel point le roi du Bhou­tan avait rai­son.

1. Com­battre le chô­mage in­vo­lon­taire pré­vient les pa­tho­lo­gies per­son­nelles, fa­mi­liales et so­ciales qui l’ac­com­pagnent. Ce­la fait bien plus que d’éli­mi­ner les pertes de re­ve­nu as­so­ciées.

2. Pro­mou­voir un sain ré­gime ali­men­taire et l’exer­cice phy­sique ré­gu­lier ne per­met pas que de faire éco­no­mi­ser de l’ar­gent à la Ré­gie de l’as­su­rance ma­la­die. Ce­la en­gendre une meilleure san­té dans l’im­mé­diat et l’es­pé­rance de vivre plus vieux de­main.

3. Ap­puyer fi­nan­ciè­re­ment l’éco­no­mie so­ciale et les or­ga­nismes com­mu­nau­taires per­met d’in­ves­tir dans la gé­né­ro­si­té et l’en­traide et de lut­ter contre les in­éga­li­tés so­cioé­co­no­miques. Ce n’est pas gas­piller l’ar­gent des contri­buables.

4. Les 45 mil­lions de dol­lars qu’a coû­té la com­mis­sion Char­bon­neau pour faire écla­ter au grand jour la cor­rup­tion dans l’in­dus­trie de la construc­tion et les gou­ver­ne­ments furent un in­ves­tis­se­ment ren­table dans la pro­tec­tion de l’in­té­gri­té de nos corps pu­blics et pri­vés, que nos conci­toyens ap­pellent de tous leurs voeux.

5. La conci­lia­tion tra­vail­fa­mille qu’ont per­mise notre sys­tème de gar­de­ries bon mar­ché et nos congés pa­ren­taux éten­dus ne doit pas seule­ment être ju­gée pour son ef­fet sur le PIB — qui est ap­pré­ciable —, mais aus­si pour la plus grande li­ber­té de choix de vie qu’elle confère aux fa­milles.

6. Dé­ve­lop­per, dès l’école pri­maire, l’ap­ti­tude à l’ef­fort, la té­na­ci­té, la gra­ti­tude, l’em­pa­thie, la maî­trise des émo­tions, le contact avec la na­ture, le lea­der­ship et l’es­prit cri­tique amé­liore la ca­pa­ci­té des élèves de bien fonc­tion­ner in­di­vi­duel­le­ment et en so­cié­té. Leurs ré­sul­tats sco­laires en bé­né­fi­cient, c’est prou­vé.

7. Trans­for­mer en bâ­ti­ments mo­dernes et ac­cueillants, sans frais exa­gé­rés, les tau­dis que sont de­ve­nues un trop grand nombre de nos écoles est un im­pé­ra­tif. Ce­la ai­de­rait gran­de­ment à en faire les lieux de fier­té et de per­sé­vé­rance sco­laire que nous dé­si­rons tous.

8. Dans nos grandes villes, comme à Bar­ce­lone, à Am­ster­dam ou à Co­pen­hague, rendre le trans­port fluide et si­len­cieux, les voies pié­tonnes et cy­clables plus nom­breuses, le pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral ac­ces­sible et le bord de l’eau ou­vert a tout le po­ten­tiel d’y ra­me­ner la dou­ceur de vivre. Comme aime à le ré­pé­ter l’ar­chi­tecte Pierre Thi­bault : « La beau­té rend heu­reux. Point fi­nal ! »

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