Vie nu­mé­rique

Ils in­fluencent la com­pré­hen­sion de l’ac­tua­li­té des uns sur Fa­ce­book, dé­cident de la pro­chaine re­la­tion amou­reuse des autres sur Tin­der… Les al­go­rithmes do­minent nos vies et trans­forment nos so­cié­tés. Et comme l’illustre l’exemple de Google Maps, ce nouv

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Il n’y a pas une mi­nute de notre exis­tence qui n’est pas me­née par un al­go­rithme, convient Hugues Ber­si­ni, co­di­rec­teur du Centre d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle de l’Uni­ver­si­té libre de Bruxelles (IRIDIA). C’est d’ailleurs ce qu’on ap­pelle la gou­ver­nance al­go­rith­mique. Le cher­cheur ne s’en of­fusque pas, puis­qu’il croit en la pos­si­bi­li­té d’un « Big Bro­ther bien­veillant », où des lo­gi­ciels bien conçus pour­raient re­pen­ser les tran­sports, optimiser la consom­ma­tion éner­gé­tique et même di­mi­nuer le crime. « Mais il ne faut pas lais­ser la main­mise de ces al­go­rithmes au sec­teur pri­vé », pré­vient-il.

C’est pour­tant ce qui se passe à l’heure ac­tuelle. Par exemple, l’État construit les routes, mais Google dé­cide com­ment elles sont uti­li­sées, en ana­ly­sant la lo­ca­li­sa­tion de ses mil­lions d’uti­li­sa­teurs et en leur in­di­quant le che­min à em­prun­ter pour se rendre du point A au point B. « Le but de Google est de faire plai­sir au consom­ma­teur en lui of­frant le tra­jet le plus ra­pide pos­sible », ob­serve Hugues Ber­si­ni. Pour que la gou­ver­nance al­go­rith­mique pro­fite à toute la so­cié­té, il ne suf­fit pas de vi­ser ce seul ob­jec­tif. Un lo­gi­ciel qui guide les gens de­vrait aus­si pou­voir choi­sir de ral­lon­ger leur dé­pla­ce­ment pour désen­gor­ger les routes. Il de­vrait s’as­su­rer que les conduc­teurs ar­rivent promp­te­ment à des­ti­na­tion, mais d’une fa­çon op­ti­male pour pré­ser­ver l’état des in­fra­struc­tures.

Des al­go­rithmes de ce genre existent dans la sphère pu­blique. Aux ur­gences du CHUM, à Mon­tréal, le lo­gi­ciel SIURGE aide le per­son­nel à trier les pa­tients en fonc­tion de leur état de san­té. Le sys­tème n’est pas conçu pour le seul bon­heur de la per­sonne qui at­tend pour voir un mé­de­cin, mais pour prio­ri­ser les cas les plus ur­gents dans toute la salle d’at­tente.

« Lorsque les pou­voirs pu­blics ont la haute main sur les al­go­rithmes, leur mis­sion est de maxi­mi­ser le bien com­mun », note le co­di­rec­teur d’IRIDIA. Mais dans le monde al­go­rith­mique ac­tuel, ce sont sou­vent les be­soins des uti­li­sa­teurs qui priment — et non ceux de la so­cié­té —, car c’est à l’avan­tage des en­tre­prises qui dé­ve­loppent ces lo­gi­ciels et pro­fitent des re­tom­bées.

Frei­ner la ten­dance ne se­ra pas fa­cile. Dans le cas de Google Maps, Hugues Ber­si­ni es­time par exemple qu’un État pour­rait créer son propre ser­vice concur­rent, mais en­core fau­drait-il qu’il soit uti­li­sé.

Les géants tech­nos pour­raient aus­si être convain­cus (ou contraints) de ré­duire les ef­fets né­ga­tifs de leurs al­go­rithmes, ne se­rait-ce qu’en pro­po­sant des pos­si­bi­li­tés aux clients : le che­min le plus court ou le che­min idéal pour la col­lec­ti­vi­té ? Quoique, de­vant la pers­pec­tive de pas­ser 30 mi­nutes à faire du sur­place sur un pont, rares sont ceux qui op­te­ront pour un dé­tour afin de fa­vo­ri­ser le bien com­mun.

Les pen­seurs com­mencent à peine à prendre conscience des risques à long terme de la gou­ver­nance al­go­rith­mique. Trou­ver des so­lu­tions à ces pro­blèmes qui ne sont sou­vent pas en­core dé­fi­nis se­ra l’un des grands dé­fis des pro­chaines dé­cen­nies.

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