L’en­tre­vue

Éco­no­miste et spé­cia­liste de l’équi­té hommes-femmes en en­tre­prise, elle vient d’être nom­mée à la tête de l’Ins­ti­tut des al­go­rithmes d’ap­pren­tis­sage de Mon­tréal (MI­LA), où elle en­tend veiller à ce que l’es­sor de cette tech­no­lo­gie bé­né­fi­cie au plus grand no

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VA­LÉ­RIE PI­SA­NO

Qu’est-ce que ça re­pré­sente pour vous de vous re­trou­ver PDG dans un sec­teur très ma­jo­ri­tai­re­ment mas­cu­lin ?

C’est un mi­lieu où il y a un en­jeu ma­jeur de re­cru­te­ment. Une par­tie de la ré­ponse à cet en­jeu est de trou­ver une fa­çon d’en­cou­ra­ger plus de femmes à se di­ri­ger vers les sciences, la tech­no­lo­gie, l’in­gé­nie­rie et les maths. On a un ré­ser­voir de gens hy­per­ta­len­tueux à nos portes. Mais pour plein de rai­sons, à par­tir de l’école se­con­daire, les filles vont moins vers ces mi­lieux. Je suis su­per-en­thou­siaste à l’idée de prendre ce que je connais sur le su­jet et de voir ce que le MI­LA pour­rait faire pour créer une culture où beau­coup plus de jeunes filles et de femmes pour­sui­vront des car­rières scien­ti­fiques.

Pour­quoi est-ce im­por­tant ?

Les gens de ce sec­teur se trouvent à conce­voir de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle qui, elle, pren­dra des dé­ci­sions pour nous. Il est donc fon­da­men­tal que cette re­cherche, ces pro­grammes soient ali­men­tés par une ri­chesse de pers­pec­tives di­verses. Si­non, c’est le point de vue d’un seul groupe qu’on conti­nue­ra de per­pé­tuer.

Quels liens sou­hai­tez-vous nouer avec le sec­teur pri­vé ?

C’est l’un des élé­ments clés de la mis­sion du MI­LA : d’abord faire avan­cer la re­cherche fon­da­men­tale, puis transférer ce qu’on dé­couvre vers des ap­pli­ca­tions réelles d’af­faires, in­dus­trielles, no­tam­ment par l’in­ter­mé­diaire de jeunes pousses mont­réa­laises. Il y a des PME qué­bé­coises qui rayonnent par­tout dans le monde. C’est cette cour­roie entre la re­cherche et l’en­tre­prise qui gé­né­re­ra de la crois­sance éco­no­mique, et qui va faire que Mon­tréal de­meu­re­ra un pôle mon­dial de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle.

La res­pon­sa­bi­li­té so­ciale fait par­tie des va­leurs du MI­LA. De quelle fa­çon est-ce que ce­la s’in­carne ?

On va bien­tôt adop­ter un nou­veau slo­gan :

« L’IA pour l’hu­ma­ni­té ». C’est un pi­lier qui tient énor­mé­ment à coeur à tous les gens qui ont choi­si le MI­LA plu­tôt que d’al­ler tra­vailler, par exemple, pour une grande en­tre­prise, qui leur of­fri­rait pro­ba­ble­ment de plus grands moyens fi­nan­ciers. On veut avoir des ré­per­cus­sions po­si­tives sur la so­cié­té et un dia­logue so­cia­le­ment res­pon­sable sur l’IA. Ce qu’on es­saie­ra de faire pro­chai­ne­ment, c’est de dé­ter­mi­ner les in­dus­tries avec les­quelles on veut tra­vailler, pour s’as­su­rer que non seule­ment on pousse la re­cherche, mais qu’elle est ap­pli­quée dans des sec­teurs de l’éco­no­mie aux­quels on croit fon­da­men­ta­le­ment. Il y a des in­dus­tries avec les­quelles il est hors de ques­tion qu’on fasse af­faire, comme l’in­dus­trie mi­li­taire. Et il y en a d’autres qu’on va for­te­ment prio­ri­ser, comme la san­té et l’en­vi­ron­ne­ment. Pour le reste, on est en­core en dis­cus­sion. Ça fait par­tie de mon man­dat de dé­fi­nir cette vi­sion stra­té­gique. (Noé­mi Mer­cier)

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