Faut-il avoir peur...

... DES SARGASSES ?

L’actualité - - SOMMAIRE OCTOBRE 2018 -

Une quan­ti­té re­cord d’algues brunes se sont échouées sur les plages des Ca­raïbes cet été, ce qui in­quiète au plus haut point tant l’in­dus­trie tou­ris­tique que les scien­ti­fiques.

Ces algues sont des sargasses, qui ont la forme d’un arbre mou dont la cime flotte et qui peuvent faire jus­qu’à 12 m de long. Concen­trées par les cou­rants ma­rins, elles abondent dans la mer à la­quelle elles ont don­né leur nom, au sud-ouest de l’At­lan­tique Nord, où elles forment une vé­ri­table fo­rêt flot­tante. Ré­gu­liè­re­ment, de pe­tites quan­ti­tés de sargasses at­teignent les côtes de tout l’At­lan­tique, ce qui contri­bue à conso­li­der les dunes et à ali­men­ter les éco­sys­tèmes.

Mais de­puis 2011, d’im­menses ra­deaux de sargasses en­tre­mê­lées se sont échoués à ré­pé­ti­tion dans les Ca­raïbes, en Afrique de l’Ouest et au nord du Bré­sil, au point de re­cou­vrir les plages d’un ta­pis qui peut at­teindre plu­sieurs mètres d’épais­seur en quelques jours. Le sui­vi par sa­tel­lite mis en place en 2013 montre que ces ra­deaux se forment entre le golfe de Gui­née et les côtes du Bré­sil, une nou­velle ré­gion où les algues se sont mises à pro­li­fé­rer, au sud de la mer des Sargasses. Les ra­deaux touchent les côtes des Ca­raïbes de mai à sep­tembre.

Si les sargasses re­je­tées sur les ri­vages ne sont pas ra­mas­sées ra­pi­de­ment, elles pour­rissent et dé­gagent du sul­fure d’hy­dro­gène, un gaz mal­odo­rant, dan­ge­reux à res­pi­rer en grandes concen­tra­tions et très cor­ro­sif. Les algues bloquent aus­si les ports et rendent la na­vi­ga­tion dif­fi­cile.

Dans toutes les ré­gions tou­ris­tiques, c’est le branle-bas de combat pour les ra­mas­ser et ins­tal­ler des bar­rages flot­tants, et éli­mi­ner les mon­ceaux ré­col­tés. Les échouages mas­sifs sont aus­si ca­tas­tro­phiques pour les éco­sys­tèmes cô­tiers, qui étouffent sous les algues. Les sargasses font bar­rage aux tor­tues ma­rines qui nichent sur les plages, en plus de ra­me­ner dé­chets et nou­velles es­pèces po­ten­tiel­le­ment en­va­his­santes. Et pour la na­ture, le net­toyage des plages peut être un re­mède pire que le mal quand la ma­chi­ne­rie ac­cé­lère l’éro­sion et com­pacte le sable.

Les scien­ti­fiques croient que le ré­chauf­fe­ment de l’océan et des ap­ports ac­crus de pous­sière de sable du Sa­ha­ra ou de sé­di­ments de l’Ama­zone pour­raient être en cause. Or, ce phé­no­mène est en­core très mal com­pris et on ne sait pas s’il per­sis­te­ra.

Les cher­cheurs planchent sur des mo­dèles de pré­dic­tion qui per­met­traient de voir ve­nir les sargasses pour mieux leur bar­rer la route, mais les va­can­ciers ne sont pas à l’abri de mau­vaises sur­prises. (Va­lé­rie Borde)

Å Une plage près d’Aku­mal, sur la Ri­vie­ra Maya, au Mexique, en août der­nier.

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