Ce que #moiaus­si a chan­gé

L’actualité - - PAR ALEC CASTONGUAY -

Calme plat au tra­vail

On au­rait pu s’at­tendre à ce que le séisme #moiaus­si in­cite les pa­trons à prendre des moyens pour as­sai­nir les re­la­tions de tra­vail, sou­te­nir les vic­times po­ten­tielles ou ren­for­cer leurs mé­ca­nismes d’ar­bi­trage des plaintes. Or, 41 % des per­sonnes son­dées af­firment que leur em­ployeur n’a pris au­cune me­sure par­ti­cu­lière, et 15 % n’ont pas su quoi ré­pondre. C’est dire que plus de la moi­tié des tra­vailleurs n’ont rien re­mar­qué de nou­veau, de­puis un an, en ma­tière de lutte contre le har­cè­le­ment sexuel sur leur lieu de tra­vail.

Et s’ils ont re­mar­qué quelque chose, ce fut, le plus souvent, un simple rap­pel des me­sures dé­jà en place. Rares sont ceux qui ont eu droit à une ren­contre d’em­ployés ou en­core à de nou­velles res­sources. Moins de 1 per­sonne sur 10 a no­té qu’un em­ployé avait été l’ob­jet de me­sures dis­ci­pli­naires pour un cas de har­cè­le­ment sexuel.

Peut­être en ré­ac­tion au manque de di­rec­tives de leur em­ployeur, une pro­por­tion ap­pré­ciable de ré­pon­dants — 1 homme sur 4 et 1 femme sur 7 — ont pris l’ini­tia­tive de res­treindre leurs contacts avec les autres au tra­vail. Un dé­noue­ment qui ne peut qu’ac­cen­tuer les in­éga­li­tés, puis­qu’on sait que l’ac­cès à des men­tors haut pla­cés est es­sen­tiel à l’avan­ce­ment d’une car­rière, et que les femmes sont dé­jà désa­van­ta­gées sur ce plan.

Les vic­times mieux sou­te­nues

Les Qué­bé­cois ont bon es­poir que les vic­times bé­né­fi­cient au­jourd’hui de meilleurs ap­puis. Presque 9 per­sonnes sur 10 ont confiance que les plaintes sont dé­sor­mais prises plus au sé­rieux, que ce soit par les em­ployeurs, la po­lice ou l’ap­pa­reil ju­di­ciaire. Beau­coup de gens se disent eux­mêmes prêts, plus qu’avant, à dé­non­cer le har­cè­le­ment qui pour­rait sur­ve­nir sous leurs yeux. C’est une bonne nou­velle, con­si­dé­rant

« J’ai de la peine pour les vic­times. Je crois qu’il était temps que la vé­ri­té soit clai­re­ment ex­pri­mée. Mais il faut faire at­ten­tion de ne pas tom­ber dans l’ex­cès. Cer­tains com­por­te­ments sont car­ré­ment in­ap­pro­priés, peu im­porte la si­tua­tion. D’autres doivent être éva­lués dans leur contexte. Il ne faut pas tout mettre dans le même pa­nier. Quand ce­la im­plique des mi­neurs ou des gens qui ont un pou­voir sur l’autre, c’est non. Entre adultes égaux et consen­tants, les ba­lises sont plus floues. » — FEMME, 35 À 44 ANS —

que l’in­ter­ven­tion des té­moins est re­con­nue comme un puis­sant ou­til pour mettre fin aux vio­lences sexuelles.

Exa­mens de conscience

Le suc­cès de #moiaus­si ne se me­su­re­ra pas qu’au nombre de pré­da­teurs sexuels congé­diés ou em­pri­son­nés. La mo­bi­li­sa­tion au­ra tou­ché sa cible si elle amène cha­cun d’entre nous à faire un exa­men de conscience et à rec­ti­fier ses propres com­por­te­ments.

Sur ce plan, on peut se ré­jouir… un peu. À la lu­mière du mou­ve­ment, la moi­tié des hommes ont ré­exa­mi­né leur vie en se de­man­dant s’ils avaient dé­jà com­mis des gestes qui cor­res­pondent à une agres­sion ou à du har­cè­le­ment sexuels ; le tiers des femmes ont fait de même. Les femmes ont plu­tôt eu ten­dance à se de­man­der si elles avaient dé­jà su­bi de tels actes dans le pas­sé : 62 % d’entre elles se sont po­sé la ques­tion, tout comme 42 % des hommes.

Plus de pru­dence

Les ré­vé­la­tions de la der­nière an­née ont in­jec­té plus de ré­serve — ce que cer­tains ap­pel­le­ront de la froi­deur, d’autres de la dé­li­ca­tesse — dans les rap­ports hu­mains. Plus des trois quarts des gens sont do­ré­na­vant plus pru­dents avant de dire ou de faire quelque chose qui pour­rait bles­ser, cho­quer ou mettre cer­taines per­sonnes mal à l’aise. Dans le contexte des re­la­tions sexuelles aus­si, on est plus cir­cons­pect : au­tour des deux tiers des ré­pon­dants font main­te­nant plus d’ef­forts pour s’as­su­rer du consen­te­ment de leur par­te­naire. Sur le ter­rain de la sé­duc­tion, ce sont les hommes, sur­tout, qui ont mo­dé­ré leurs trans­ports : 55 % d’entre eux hé­sitent da­van­tage à dra­guer au­jourd’hui, contre 35 % des femmes.

« C’est un mou­ve­ment qui mé­lange tout. Il ne laisse place à au­cune nuance et les grandes per­dantes sont les vic­times lé­gi­times. » — HOMME, 18 À 34 ANS —

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