Trente ans comme bri­ga­dière

La rue Prin­ci­pale de La­chute tient lieu de bu­reau pour Gi­nette Le­febvre et le pan­neau Ar­rêt-Stop reste son in­sé­pa­rable ou­til de tra­vail.

L'Argenteuil - - La Une - FRÉ­DÉ­RIC HOUNDTONDJI fre­de­ric.hountondji@eap.on.ca

De­puis plus de 29 ans, la rue Prin­ci­pale de La­chute lui tient lieu de bu­reau et le pan­neau Ar­rêt-Stop reste son in­sé­pa­rable ou­til de tra­vail. La bri­ga­dière sco­laire Gi­nette Le­febvre, qui aide les en­fants à tra­ver­ser la voie, est un maillon es­sen­tiel dans la chaîne sé­cu­ri­taire. Le 15 avril pro­chain, ce­la fe­ra 30 ans qu’elle est en­ga­gée et payée par la Ville pour évi­ter des ac­ci­dents de la cir­cu­la­tion aux élèves.

Rien pour le mo­ment ne rem­place le plai­sir qu’éprouve la bri­ga­dière au gi­let fluo­res­cent, qui se re­fuse ca­té­go­ri­que­ment à exer­cer un autre mé­tier que ce­lui qui l’amène à in­ter­rompre la cir­cu­la­tion pour faire pas­ser les élèves, et par­fois avec leurs pa­rents. En 2015, elle se sou­vient d’avoir ai­dé des éco­liers de­ve­nus au­jourd’hui pa­rents. « J’ai fait tra­ver­ser les pa­rents et après leurs en­fants, a ra­con­té Mme Le­febvre, vi­si­ble­ment contente d’avoir bien ac­com­pli sa tâche. « J’adore vrai­ment mon job et ça va du­rer jus­qu’au mo­ment où la san­té me le per­met­tra. »

Amour des en­fants

Elle a choi­si d’être bri­ga­dière sco­laire à cause de son amour pour les en­fants et pour les gens qui laissent échap­per au pas­sage quelques douces pa­roles à son en­droit. « Sur­tout les en­fants qui passent avec un pe­tit bon­jour, c’est mer­veilleux, a-t-elle spé­ci­fié. J’adore énor­mé­ment ça. Quand les gens passent, ils viennent m’ap­por­ter du ca­fé,

un cho­co­lat chaud, ils sont gen­tils, je suis gâ­tée. » Du lun­di au ven­dre­di, Mme Le­febvre prend, chaque jour, trois ren­dez-vous avec sa clien­tèle : le ma­tin de 7h15 à 8h15, le mi­di de 11h à 13h et l’après-mi­di de 14h15 à 15h15. Le ven­dre­di, elle tra­vaille une heure de plus et ter­mine à 16h15, ce qui lui fait ain­si 20h et de­mi de bri­gade sco­laire par se­maine. Elle pé­tille d’aise à l’idée de sa­voir qu’il y a, à part elle, d’autres bri­ga­dières sco­laires à La­chute et qu’elle est la plus an­cienne par­mi elles avec bien­tôt trente ans à son comp­teur pro­fes­sion­nel.

C’est sur­tout dans le re­gard des autres que Mme Le­febvre puise l’éner­gie qui lui per­met d’aimer for­te­ment son mé­tier. « Quand les pa­rents m’en­voient la main, c’est de toute beau­té, s’est-elle ré­jouie. Si j’étais un cerf-vo­lant, je condui­rais les en­fants jus­qu’à l’école, mais je ne peux pas. Je les sur­veille beau­coup et re­garde s’ils sont bien en sé­cu­ri­té. Je les suis jus­qu’à ce que je ne les vois plus ». Ca­jo­ler un en­fant qu’elle aide à tra­ver­ser, la comble in­fi­ni­ment de bon­heur.

Éter­nel sou­rire

C’est en été qu’elle a le plus de per­sonnes à faire tra­ver­ser parce que les pa­rents pré­fèrent lais­ser plus mar­cher les en­fants à cause du beau temps, ex­plique-t-elle. Tout en fai­sant son tra­vail de gaie­té de coeur, elle est obli­gée en hi­ver de cher­cher re­fuge au­près des com­merces de la place afin de se pro­té­ger contre le froid in­tense. « Quand on aime son mé­tier, en hi­ver

quand il fait froid, ce n’est pas grave », ba­na­lise-t-elle. Sur ses lèvres, se loge pres­qu’éter-nel­le­ment un sou­rire franc au­quel per­sonne n’est in­dif­fé­rent. « Garde ton sou­rire, tu es tel­le­ment belle ain­si », lui lancent plu­sieurs pas­sants pour sa­luer son dé­voue­ment. Mme Le­febvre veille à la sé­cu­ri­té des en­fants dans la rue, mais doit éga­le­ment pen­ser à la sienne sur son lieu de tra­vail.Elle re­con­naît qu’il y a par­fois des conduc­teurs qui ne veulent pas s’ar­rê­ter quand elle

bran­dit son en­seigne d’ar­rêt. « C’est bien rare, se ré­serve-t-elle. Ils ne voient pas tout le temps ou au der­nier mo­ment. Un jour un ca­mion s’en ve­nait, j’ai mis mon ar­rêt, mais lui n’avait pas de frein. Il s’est ar­rê­té fi­na­le­ment, je n’ai pas du tout de pro­blème avec les conduc­teurs ». Comme qua­li­tés in­dis­pen­sables qu’il faut avoir pour pou­voir exer­cer le mé­tier de bri­ga­dier sco­laire, elle ré­vèle qu’il faut sou­rire, ado­rer les en­fants et aimer les gens.

Gi­nette Le­febvre, fière d’être bri­ga­dière et fière de son gi­let fluo­res­cent

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