KRISTINA SER­VANT

L'Argenteuil - - PORTRAIT - Kristina.ser­vant@eap.on.ca

Da­vid La­treille roule sa bosse dans l’in­dus­trie du ci­né­ma de­puis une di­zaine d’an­nées. Le ci­néaste ori­gi­naire de l’Île-auxC­hats réus­sit à faire rayon­ner ses films dans de nom­breux fes­ti­vals, no­tam­ment ce­lui de Cannes, où un de ses courts mé­trages se­ra pré­sen­té au Cannes Court mé­trage en lien avec le pres­ti­gieux évè­ne­ment ci­né­ma­to­gra­phique.

Da­vid La­treille est un pe­tit gars bien de chez nous. Il a fait ses études pri­maires à l’école Saint-An­dré, son se­con­daire à l’école Mon­sei­gneur-La­course et à la Po­ly­va­lente La­vigne. Sa mère vit tou­jours dans la ré­gion, donc le Mon­tréa­lais d’adop­tion y re­vient tou­jours en fai­sant un ar­rêt à la Pa­tate La­belle. Pour lui, pas ques­tion de l’ap­pe­ler le res­tau­rant La­belle, c’est la Pa­tate La­belle, comme la ma­jo­ri­té des La­chu­tois sur­nomme l’éta­blis­se­ment.

Après ses an­nées au se­con­daire, il a fait ses études en arts vi­suels au CÉGEP de SaintJé­rôme puis a pris la di­rec­tion de l’UQAM, où il a sui­vi un cours complémentaire sur la vi­déo, ce qui lui a don­né la pi­qûre du ci­né­ma.

« C’était le fun, je pou­vais mettre de la musique, du son avec les images. J’ai eu la pi­qûre tout de suite », a men­tion­né Da­vid. Il a donc quit­té l’UQAM pour s’ins­crire en ci­né­ma à l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia, puis­qu’il était plus fa­cile pour lui d’écrire en an­glais.

Après ses études uni­ver­si­taires, il a tra­vaillé pen­dant deux ans à To­ron­to, pour une firme de de­si­gn 3D et d’ani­ma­tion qui fai­sait af­faire avec des gens du mi­lieu ci­né­ma­to­gra­phique. Après le ra­chat de la com­pa­gnie, il est re­ve­nu à Mon­tréal où ses amis lui ont mis de la pres­sion pour qu’il fasse un pro­jet ci­né­ma­to­gra­phique.

D’un échec à une sé­lec­tion

« J’avais fait un pro­jet vi­déo à l’UQAM et j’ai cou­lé mon cours. J’ai tout de même en­voyé mon pro­jet au Fes­ti­val des films du monde en 1999 et ils ont pris le pro­jet. J’ai croi­sé le prof, tout à fait par ha­sard, et il se sou­ve­nait de moi puisque le film ne col­lait pas du tout avec le cours. Quand je lui ai dit que j’étais en pro­duc­tion ci­né­ma­to­gra­phique à Con­cor­dia et que le film était pré­sen­té au FFM, il est sor­ti de l’as­cen­seur comme une fu­sée. Je pense qu’il était trou­blé ! », a ajou­té le ci­néaste.

Tra­vailler sans fi­nan­ce­ment

Da­vid La­treille fait es­sen­tiel­le­ment des courts mé­trages puisque ce sont les seuls qu’il peut fi­nan­cer lui-même. Il n’a ja­mais de­man­dé de fi­nan­ce­ment et fait tout de ses propres moyens. Il se dit très chan­ceux d’être en­tou­ré d’une équipe très dé­diée qui fait ça par pas­sion.

Il est éga­le­ment très re­con­nais­sant en­vers son di­rec­teur photo, Ni­co­las Venne, qui mal­gré ses nom­breux pro­jets, est tou­jours dis­po­nible. Comme il tra­vaille sans fi­nan­ce­ment, le pla­teau est tou­jours à pe­tite échelle, mais « de­meure tout de même très or­ga­ni­sé, se­lon le ci­néaste. Ha­bi­tuel­le­ment, je tourne très ra­pi­de­ment ».

Ce­pen­dant, il est conscient qu’il de­vrait pas­ser à une autre étape : de­man­der du fi­nan­ce­ment et gros­sir son équipe. « C’est sûr que le long mé­trage, c’est tou­jours un ob­jec­tif », mais il est tou­jours at­ta­ché au court mé­trage, qu’il trouve « sous-es­ti­mé ». D’ailleurs, il laisse en­tendre qu’écrire des his­toires courtes est la forme d’écri­ture la plus dif­fi­cile. Même chose au ci­né­ma « parce qu’il faut ex­pri­mer sur une courte pé­riode de temps, les mêmes émo­tions qui sont aus­si pe­santes et qui af­fectent au­tant que si c’était un film d’une heure trente mi­nutes ».

Pré­sence dans les fes­ti­vals

Son der­nier court mé­trage, I am a rose, se­ra pré­sen­té au Fes­ti­val de Cannes, lors du Cannes Court mé­trage. De­puis quelques an­nées, Té­lé­film Ca­na­da et Dan­ny Len­non pré­sentent Ta­lent tout court afin de mon­trer que les courts mé­trages existent et qu’ils mé­ritent éga­le­ment la re­con­nais­sance. Une belle vi­trine qui per­met­tra à 29 ci­néastes de voir leur film prendre l’af­fiche à Cannes et ain­si, peut-être que cer­tains de ceux-là se pro­mè­ne­ront dans d’autres fes­ti­vals. « C’est un beau pe­tit spot­light, Dan­ny Len­non est ex­trê­me­ment ta­len­tueux et in­tel­li­gent », a com­men­té le ci­néaste.

« C’est sûr que c’est in­té­res­sant d’avoir la re­con­nais­sance d’un pair, sur­tout Dan­ny, qui voit des courts mé­trages par cen­taine, et de sa­voir que son oeil ai­gui­sé at dit oui à mon film », s’est ré­joui Da­vid.

Son der­nier film n’est pas le pre­mier à être pré­sen­té dans les fes­ti­vals. Chaque an­née, il en­voie plus de 1000 sou­mis­sions dans les dif­fé­rents fes­ti­vals de films, par­tout dans le monde, et il par­ti­cipe à en­vi­ron 100 fes­ti­vals.

Le faire pour soi en pre­mier

Da­vid La­treille a un autre emploi, en plus de conti­nuer ses pro­jets de films, chose qui n’est pas fa­cile, mais qui lui per­met d’être in­tègre dans ses va­leurs. « Je n’irai pas faire une pu­bli­ci­té pour vendre quelque chose si je n’y crois pas, ou faire une vi­déo d’un ar­tiste que je n’aime pas. » Chose dif­fi­cile dans ce do­maine puis­qu’il est fa­cile d’ac­cep­ter un contrat sans que le pro­jet vous tienne à coeur, par manque d’ar­gent.

De­puis 10 ans, il a contre­fait sa si­gna­ture pour qu’on puisse le reconnaître par­mi les autres ci­néastes. En vi­sion­nant des ex­traits de ses films, on y re­marque un grain ca­rac­té­ris­tique de l’uti­li­sa­tion des films de l’époque, ce qui lui confère un style dis­tinc­tif qu’on ne voit pas sou­vent. Da­vid La­treille et son di­rec­teur photo, Ni­co­las Venne, sur le pla­teau du der­nier court mé­trage, I am a rose, qui se­ra pré­sen­té dans le cadre du Fes­ti­val de Cannes au mois de mai pro­chain.

Pour suivre les dif­fé­rents pro­jets de Da­vid La­treille, les in­té­res­sés peuvent consul­ter what­sup.da­vid­la­treille.com

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