Pas­sion­nés de der­by de dé­mo­li­tion

L'Argenteuil - - DOSSIER - KRISTINA SERVANT kristina.servant@eap.on.ca Ser vant —pho­to Kristina

Chaque an­née, près d’une cen­taine de conduc­teurs par­ti­cipent au der­by de dé­mo­li­tion de l’Ex­po­si­tion agri­cole de La­chute. Un évè­ne­ment at­ten­du chaque an­née, tant chez les conduc­teurs que les spec­ta­teurs en quête de sen­sa­tions fortes.

Que l’on soit à La­chute, Saint-Hya­cinthe, Saint-Bri­gide-d’Iber­ville, Bed­ford, SaintCh­ry­so­stome ou Sainte-Mar­gue­rite, les der­bys de dé­mo­li­tion at­tirent la foule et les concur­rents. Par­tout où il y a un der­by, il y a des gra­dins pleins à cra­quer et des spec­ta­teurs en quête du meilleur spec­tacle pos­sible.

Dès que les noms des cou­reurs se font en­tendre dans les haut-par­leurs, la foule se met à crier en guise d’en­cou­ra­ge­ment. Un sen­ti­ment agréable pour les cou­reurs, comme le men­tionne Ma­thieu La­plante, un par­ti­ci­pant au der­by de dé­mo­li­tion de l’Ex­po­si­tion agri­cole 2017. « C’est le fun de sa­voir que tu es ap­pré­cié ! La voi­ture a beau faire beau­coup de bruit, mais tu les en­tends. »

Réunion de fa­mille

Chez les La­plante, le der­by est une his­toire de fa­mille. Son père était un des or­ga­ni­sa­teurs des der­bys avec Pierre Sa­bou­rin, à l’époque, et sa mère était se­cré­taire-tré­so­rière pour le La­chute Mo­tor­sport Club, l’or­ga­nisme res­pon­sable du der­by. Le père de Ma­thieu fai­sait lui-même des der­bys et avait tou­jours plu­sieurs voi­tures dans la cour. « J’avais quatre ans et je pein­tu­rais les voi­tures », s’est sou­ve­nu Ma­thieu La­plante.

Lorsque son père fai­sait des der­bys, nom­breux étaient les membres de la fa­mille qui ve­naient as­sis­ter à ses courses. La fa­mille qui vi­vait plus loin res­tait dor­mir à La­chute, c’était un mo­ment par­fait pour se réunir en fa­mille. Une chose qu’ai­me­rait re­pro­duire Ma­thieu : réunir la fa­mille à nou­veau pour qu’elle vienne le voir sur la piste.

Dans le cas de Ré­mi Le­blanc, un ha­bi­tué des der­bys, il a dé­cou­vert ce sport ex­trême alors qu’il al­lait à l’Ex­po­si­tion agri­cole de La­chute avec sa fa­mille lors­qu’il était en­fant. Comme chez les La­plante, les Le­blanc viennent en­cou­ra­ger Ré­mi lors­qu’il fait un der­by et se fait en­tendre dans les gra­dins.

Quelques cou­reurs vont faire le der­by pour quel­qu’un, pour une cause ou pour rendre hom­mage à quel­qu’un, en plus de le faire pour eux-mêmes. Cette an­née, la course de Ma­thieu de­vait être pour son gar­çon Ra­phael.

« Je fai­sais le der­by pour mon gar­çon puis­qu’il de­vait naître au mois de mai. Mal­heu­reu­se­ment, le 23 avril der­nier, il est dé­cé­dé dans le ventre de ma conjointe. Alors je fais le der­by en son hon­neur », a men­tion­né le cou­reur, la voix émo­tive.

La voi­ture de Ma­thieu était donc dé­co­rée spé­cia­le­ment pour lui rendre hom­mage : des ailes d’anges, une au­réole ain­si que le nom de Ra­phael et sa date de dé­cès.

Pour of­frir du sou­tien à Ma­thieu La­plante, d’autres cou­reurs ont dé­ci­dé de faire une voi­ture spé­ciale pour rendre hom­mage à Ra­phael, en in­cluant des ailes d’anges ou le ru­ban bleu et rose sym­bo­li­sant le deuil pé­ri­na­tal.

Pré­pa­ra­tion de la voi­ture et…phy­sique

Pour par­ti­ci­per à un der­by de dé­mo­li­tion, il ne suf­fit pas de prendre une voi­ture qui en est à la der­nière étape de sa vie. Il faut la met la touche fi­nale à sa voi­ture.

Un der­by spé­cial

ré­ser­voir à es­sence res­pec­tant les rè­gle­ments du der­by. Ré­mi Le­blanc sur une de ses voi­tures lors d’un der­by à Saint-Hya­cinthe, il y a quelques an­nées. Ma­thieu La­plante pose sur sa voi­ture ren­dant hom­mage à son gar­çon pour le der­by de La­chute.

rendre sé­cu­ri­taire, tant pour le conduc­teur, pour les autres concur­rents et même pour les spec­ta­teurs.

« C’est beau­coup de pré­pa­ra­tion, a men­tion­né Ré­mi Le­blanc. Pour la rendre sé­cu­ri­taire, il faut donc en­le­ver les fe­nêtres et mo­di­fier un peu la voi­ture tout en res­pec­tant les rè­gle­ments de l’en­droit. » Chaque évè­ne­ment com­porte ses propres rè­gle­ments, mais « ça se res­semble par­tout », a in­di­qué Ma­thieu La­plante, qui pos­sède la sé­rie do­cu­men­taire Bing Bang chez lui.

La pré­pa­ra­tion consiste à en­le­ver toutes les fe­nêtres, les poi­gnées des portes, les sièges pas­sa­gers et re­mettre le ré­ser­voir d’es­sence dans la voi­ture, à la place des sièges ar­rière. La porte cô­té conduc­teur est éga­le­ment ren­for­cée avec une barre de mé­tal.

En­fin, cer­tains conduc­teurs ha­bi­tués connaissent les li­mites de leur corps et prennent un ren­dez-vous chez le chi­ro ou le mas­so­thé­ra­peute pour le lun­di sui­vant la course. « L’an der­nier, j’ai été ra­qu pour une se­maine », a re­con­nu le conduc­teur La­plante.

Adré­na­line, dé­fou­le­ment et tôle frois­sée

L’adré­na­line, le dé­fou­le­ment et même voir la tôle frois­sée sont une les rai­sons qui font en sorte que les conduc­teurs re­viennent an­née après an­née. « C’est une peur, c’est un ac­ci­dent et tu causes un ac­ci­dent lé­gal. C’est ça qui fait que j’aime ça et ça me donne de l’adré­na­line ! », a pré­ci­sé Ma­thieu La­plante.

Le der­by per­met éga­le­ment de se dé­fou­ler. « Tu n’aimes pas une per­sonne ? Ça ne se règle pas avec des coups de poing, ça se règle dans la voi­ture, dans l’arène ! », a com­men­té le conduc­teur La­plante.

Ce­pen­dant, pour les deux conduc­teurs,

une chose est claire : le der­by n’est pas là pour bles­ser un autre par­ti­ci­pant, mais bien pour s’amu­ser et of­frir un spec­tacle au pu­blic.

« Voir de la tôle frois­sée » plaît éga­le­ment à Ré­mi Le­blanc, qui est heu­reux de voir l’état gé­né­ral de sa voi­ture après les évè­ne­ments. Si la voi­ture n’est pas as­sez frois­sée et qu’elle est en­core ca­pable d’en prendre, il n’hé­site pas à re­mettre la voi­ture lors d’un autre der­by.

En­fin, le der­by consti­tue un éva­cua­teur de stress quo­ti­dien pour Ma­thieu La­plante. « Ça change les idées aus­si. Quand tu entres sur la piste, tu ne penses qu’au der­by et tu ne penses plus à l’école, au tra­vail. Tu penses au mo­ment pré­sent. »

La­chute et ailleurs

Un wee­kend de der­by à La­chute n’est pas suf­fi­sant pour cer­tains cou­reurs, alors nom­breux sont ceux qui pré­parent plu­sieurs voi­tures afin d’al­ler faire des der­bys dans les autres évè­ne­ments de la pro­vince et en On­ta­rio. Même si Ma­thieu La­plante n’a fait que des der­bys à La­chute, il ai­me­rait bien es­sayer ce­lui de Saint-Ch­ry­so­stome, qui se fait sur un ter­rain as­phal­té contrai­re­ment aux autres pistes de ce genre qui sont en terre.

Quant à Ré­mi Le­blanc, il a com­men­cé ses der­bys à La­chute, mais comme il ha­bite main­te­nant dans la ré­gion de Brome-Mis­sis­quoi, il fait prin­ci­pa­le­ment ses der­bys à Saint-Hya­cinthe, Bed­ford et Saint-Bri­gi­ded’Iber­ville. Il avoue avoir une pe­tite pré­fé­rence pour l’Ex­po­si­tion agri­cole de SaintHya­cinthe, car avant le grand spec­tacle de der­by, les voi­tures par­ti­cipent à une course en ovale.

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