MAR­TIN RICHER : JEUNE CHER­CHEUR DE L’AN­NÉE

L'Argenteuil - - LA UNE - EVE­LYNE BER­GE­RON eve­lyne.ber­ge­ron@eap.on.ca

Un sar­rau blanc, des for­mules scien­ti­fiques, des équi­pe­ments so­phis­ti­qués, voi­là ce que l’on trouve dans son la­bo­ra­toire. Le doute, la per­sé­vé­rance et la soif d’ap­prendre, voi­là de quoi il est ha­bi­té.

De­puis un peu plus de trois ans, Mar­tin Richer di­rige son propre la­bo­ra­toire à l’Uni­ver­si­té McGill à Mon­tréal. Il a été em­bau­ché comme pro­fes­seur agré­gé du dé­par­te­ment de mi­cro­bio­lo­gie-im­mu­no­lo­gie, l’en­droit même où il a ob­te­nu son bac­ca­lau­réat au mi­lieu des an­nées 1990.

Après avoir fait son doc­to­rat à l’Uni­ver­si­té de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique, puis son post-doc­to­rat à l’Uni­ver­si­té de l’Io­wa aux États-Unis, il est, pour ain­si dire, de re­tour au ber­cail. Na­tif de La­chute, Mar­tin Richer a choi­si de s’éta­blir à Mon­tréal avec son épouse et as­so­ciée de re­cherche, Stéphanie Con­dot­ta.

De­puis son re­tour, il n’a pas tar­dé à se dé­mar­quer et à faire va­loir ses re­cherches au sein de la com­mu­nau­té scien­ti­fique ca­na­dienne. En juin pro­chain, la So­cié­té ca­na­dienne d’im­mu­no­lo­gie, qui compte plus de 250 membres à tra­vers le pays, lui dé­cer­ne­ra le prix Nou­veau cher­cheur. Lorsque nous l’avons ren­con­tré dans son la­bo­ra­toire, Mar­tin Richer s’est mon­tré très fier de cette pres­ti­gieuse dis­tinc­tion. « C’est une fier­té d’être re­con­nu par ses pairs, at-il ex­pri­mé. Mais c’est un prix que je dois en grande par­tie à mes étudiants, car ce n’est pas moi qui fais le tra­vail de jour en jour. Oui, ce sont sou­vent mes idées, mais ce sont mes étudiants, qui sont vrai­ment su­perbes, qui font le tra­vail », a-t-il ajou­té. Ses re­cherches ac­tuelles portent sur le fonc­tion­ne­ment d’une cer­taine ca­té­go­rie de cel­lules de notre sys­tème immunitaire, les cel­lules CD8. Celles-ci ont comme tra­vail de com­battre des vi­rus. De­puis quelques an­nées, les cher­cheurs s’in­té­ressent de plus en plus à ces cel­lules puis­qu’il est de plus en plus dé­mon­tré que celles-ci pour­raient ai­der à com­battre le can­cer.

« Leur job prin­ci­pal, c’est de tuer des cel­lules. Elles re­con­naissent des cel­lules in­fec­tées ou des cel­lules can­cé­reuses, puis elles sont ca­pables de les tuer », a ex­pli­qué le scien­ti­fique. Mais ces cel­lules ne semblent pas s’ac­ti­ver de la même fa­çon chez cha­cun, ni pour cha­cune des in­fec­tions. Mar­tin Richer et son équipe tentent donc de mieux com­prendre leur fonc­tion­ne­ment.

Mieux les com­prendre pour mieux les uti­li­ser, les sti­mu­ler ou les contrô­ler. M. Richer a in­di­qué que les cel­lules CD8 sont de plus en plus uti­li­sées dans des trai­te­ments d’im­mu­no­thé­ra­pie contre le can­cer. Mais là ne semble pas en­core être la so­lu­tion mi­racle. « Dans cer­tains cas, ça fonc­tionne bien, mais ça ne marche pas dans tous les cas », a-t-il re­con­nu.

TRANS­METTRE SA PAS­SION

Dans son la­bo­ra­toire, Mar­tin Richer est bien en­tou­ré. En plus de son épouse, ils sont cinq étudiants à tra­vailler avec lui. Deux sont au ni­veau du pre­mier cycle uni­ver­si­taire, deux autres en sont à leur maî­trise, et un autre fait son doc­to­rat. Bien que sa for­ma­tion de scien­ti­fique ne l’ait pas ou­tillé plus qu’il ne le faut en pé­da­go­gie, Mar­tin Richer se dé­couvre des in­té­rêts dans l’en­sei­gne­ment. Il faut dire que ses deux pa­rents (Louise Ville­neuve et Ro­land Richer) ont fait car­rière dans le do­maine de l’éducation, de même que sa soeur (Anick Richer).

« La par­tie pré­fé­rée de mon tra­vail, c’est de voir mes étudiants de­ve­nir tran­quille­ment des scien­ti­fiques », a-t-il re­con­nu. Il est de ceux qui laissent beau­coup de li­ber­té à ses étudiants. Il leur de­mande de dé­ve­lop­per leur ju­ge­ment, d’ana­ly­ser des textes, de pro­po­ser des choses… Bien sûr, il les in­fluence, mais il aime les voir dé­ve­lop­per leur per­son­na­li­té et leur pensée scien­ti­fique.

« C’est la par­tie la plus le fun de la job, mais aus­si la plus dif­fi­cile. Ce se­rait plus fa­cile de leur dire quoi faire, a-t-il té­moi­gné. Oui, j’ai des bonnes idées, mais la jour­née où je crois que je suis le meilleur dans ce que je fais, que c’est moi qui ai les meilleures idées, je suis aus­si bien de fermer la porte. »

C’est de cette fa­çon qu’il a ap­pris à tra­vailler avec ses men­tors de doc­to­rat, à l’Uni­ver­si­té de Co­lom­bie-Bri­tan­nique, et de post-doc­to­rat, à l’Uni­ver­si­té de l’Io­wa. « J’ai tra­vaillé avec des gens qui ont vrai­ment chan­gé ma fa­çon de voir les choses en tant que scien­ti­fique », a-t-il pré­ci­sé. C’est au­près d’eux qu’il a dé­ve­lop­pé sa pa­tience, sa ca­pa­ci­té de se re­mettre en ques­tion et sa per­sé­vé­rance. En science, le taux d’échec d’une ex­pé­rience est très éle­vé. Comme l’a sou­li­gné Mar­tin Richer, ça peut être long avant de trou­ver le fil sur le­quel ti­rer pour que tout dé­boule. Et même lors­qu’on l’a trou­vé, il faut tou­jours re­com­men­cer. Ne ja­mais s’as­seoir sur ses lau­riers. « C’était la fa­çon de pen­ser de mon men­tor en Io­wa. Et mon père m’au­rait dit la même chose », a-t-il in­di­qué. Et voi­là ce que Mar­tin Richer tente au­jourd’hui de trans­mettre à ses étudiants.

UN P’TIT GARS D’ICI

Le par­cours im­pres­sion­nant, et loin d’être ter­mi­né, de Mar­tin Richer a de quoi ins­pi­rer des jeunes d’Ar­gen­teuil. Le jeune gar­çon de La­chute – et fier de l’être – a eu un dé­but de par­cours sco­laire tra­di­tion­nel. Après son école pri­maire à l’école Saint-Alexandre, il a fait ses études se­con­daires à l’école MgrLa­course et à l’École po­ly­va­lente La­vigne. À cette époque, au dé­but des an­nées 1990, Mar­tin Richer était un pre­mier de classe. À ce mo­ment, il se voyait en mé­de­cine. « Je ne sa­vais même pas que le mé­tier de cher­cheur exis­tait », a-t-il af­fir­mé. Il a donc poursuivi ses études en Sciences de la san­té au Cé­gep Bois-de-Bou­logne à Mon­tréal, pour en­suite s’ins­crire au bac­ca­lau­réat en Mi­cro­bio­lo­gie-im­mu­no­lo­gie à l’Uni­ver­si­té McGill.

Après sa maî­trise à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal, il a dé­ci­dé de prendre une an­née sab­ba­tique et de voya­ger. À son re­tour, il est al­lé tra­vailler comme tech­ni­cien de la­bo­ra­toire à l’Uni­ver­si­té de Co­lom­bieB­ri­tan­nique. « C’est là que j’ai réa­li­sé que je vou­lais conti­nuer de fa­çon plus avan­cée », a-t-il ra­con­té.

—pho­to Eve­lyne Ber­ge­ron

Mar­tin Richer se compte très chan­ceux de pou­voir comp­ter sur l’ap­port de son épouse et as­so­ciée de re­cherche, Stéphanie Con­dot­ta, qui dé­tient elle aus­si un post-doc­to­rat dans le do­maine. « J’ai quel­qu’un de très qua­li­fié qui tra­vaille avec moi. Sans elle, on ne se­rait pas ren­du aus­si loin, ça c’est sûr », a-t-il confié.

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