La grande cor­vée

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De­vant l’am­pleur des inon­da­tions des deux der­nières se­maines, à Ga­ti­neau, et dans plus de 150 mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec, il me va de soi de re­ve­nir sur le stress et le désar­roi que vivent les per­sonnes si­nis­trées. De­puis le dé­but de la crise, les Ga­ti­nois et les Qué­bé­cois dé­montrent une force de ca­rac­tère re­mar­quable dans cette épreuve.

Je n’ai pas eu le mal­heur de vivre dans une mai­son inon­dée, ou de de­voir l’éva­cuer. Je n’ai pas eu à em­pi­ler des cen­taines de sacs de sable pour ten­ter d’évi­ter le pire. Je n’ai pas eu à tra­vailler d’ar­rache-pied, jour et nuit, en sur­veillant des pompes faire sor­tir l’eau de mon sous-sol. Je n’ai pas eu à al­ler cher­cher en cha­loupe des den­rées de base. Je n’ai pas eu à mettre des bottes de ca­ou­tchouc pour faire le tour de mon ter­rain avec de l’eau à mi-corps pour consta­ter les dé­gâts. Je n’ai pas eu à dor­mir dans des mo­tels ou des chambres d’amis. Je n’ai pas eu à me pro­cu­rer des vê­te­ments de for­tune. Je n’ai pas eu à pleu­rer la dis­pa­ri­tion d’un chat ou d’un chien.

Mais comme tous les ci­toyens de l’ou­taouais, je ne res­sens que com­pas­sion et em­pa­thie pour les mil­liers de lo­ca­taires et de pro­prié­taires inon­dés. Ils ont per­du une par­tie de leurs biens, de leur mai­son, de leur lo­ge­ment. Pour la ma­jo­ri­té d’entre eux, c’est le fruit du tra­vail de toute une vie.

IRO­NIE DU DES­TIN

En cette Se­maine qué­bé­coise des fa­milles, en cette fin de se­maine des Pa­triotes, les 20 et 21 mai, Ga­ti­neau convie ci­toyens et ré­si­dents à une Grande Cor­vée, la pre­mière de l’his­toire de la ville. On est ap­pe­lé aux ‘urnes’ du ra­mas­sage de sacs de sable. On pro­pose quatre points de ras­sem­ble­ment, le ma­tin à 7h30, et l’après-mi­di à 13h : les aré­nas Guer­tin, Du­ches­nay, Ba­ri­beau, Ro­bert-ro­chon.

Des em­ployés mu­ni­ci­paux et des mi­li­taires prê­te­ront main forte aux bé­né­voles vo­lon­taires. De gros conte­neurs à dé­chets pour les or­dures mé­na­gères se­ront ins­tal­lés à cinq en­droits bien iden­ti­fiés. Les ma­té­riaux plus im­po­sants et les sacs de sable souillés pour­ront être pla­cés de­vant chaque mai­son si­nis­trée. Il y au­ra des col­lectes spé­ciales des or­dures au cours des pro­chains jours.

CH­TEAU DE SABLE, CH­TEAU DE SACS

Je sa­lue l’ini­tia­tive d’un gars de chez nous, an­cien ré­sident de Pointe-ga­ti­neau, le ma­gi­cien-ani­ma­teur Da­niel Cou­tu. Tou­ché par la dé­tresse des si­nis­trés, il a écrit un hymne de so­li­da­ri­té. Sa chan­son ‘Châ­teau de sable, châ­teau de sacs’, in­ter­pré­tée par une soixan­taine de per­son­na­li­tés qué­bé­coises qu’il a sol­li­ci­tées, peut être té­lé­char­gée. Tous les pro­fits iront à la Croix-rouge. Deux ar­tistes de la ré­gion, Ge­ne­viève RB et Alain Bar­beau, ont com­po­sé la mu­sique. Charles Fair­field a réa­li­sé l’en­re­gis­tre­ment au stu­dio ga­ti­nois de Denis La­treille, et au stu­dio Tan­ge­rine. Je tiens à les nom­mer, parce que ce sont des gens de coeur. Comme vous tous, les ci­toyens de Ga­ti­neau.

SO­LI­DA­RI­TÉ ET QUES­TIONS

Ce qui est frap­pant, c’est l’élan de so­li­da­ri­té (en­traide, dons d’en­tre­prises, dons de par­ti­cu­liers) qui a tis­sé des liens entre Ga­ti­nois. Ce­la dit, quand la météo se­ra re­ve­nue à la ‘nor­male’, fau­dra ana­ly­ser en pro­fon­deur comment cette crise a été gé­rée. Quelles le­çons de­vons-nous en ti­rer ? Comment être mieux pré­pa­ré la pro­chaine fois ? Les dom­mages se chiffrent en mil­lions de dol­lars. Pertes de biens. Dé­va­lua­tion des mai­sons. As­su­rances dé­fi­cientes. Mais aus­si, an­xié­té, dé­pres­sion, et troubles di­vers pour les vic­times.

Avec les chan­ge­ments cli­ma­tiques en cours, ayons la sa­gesse d’écou­ter les scien­ti­fiques qui pré­disent du temps en dents de scie, peu im­porte les sai­sons. Ces inon­da­tions de­vien­dront-elles mon­naie cou­rante ? De­vons­nous re­voir les zones à risque, res­ser­rer les règles de construc­tion ?

Le fé­dé­ral, le pro­vin­cial, la ville, doivent se concer­ter. Il est temps d’avoir un vé­ri­table plan d’ac­tion, en cas d’ur­gence. L’ère des im­pro­vi­sa­tions, des sem­blants d’em­pa­thie, de la ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique, est ter­mi­née. Le contri­buable ne mor­dra pas deux fois.

CHA­PEAU AU GA­LA DE L’ÉTU­DIANT

En ter­mi­nant, je veux sou­li­gner une soi­rée an­nuelle ex­cep­tion­nelle. Le quin­zième Ga­la de l’étu­diant Ou­taouais avait lieu la se­maine der­nière à la Mai­son de la culture de Ga­ti­neau. On y a ré­com­pen­sé les meilleurs textes écrits par des jeunes de nos écoles se­con­daires. Vous avez pu les lire en cours d’an­née dans les heb­dos de TC Mé­dia. Pour agré­men­ter ces Plumes d’or, d’ar­gent, et de bronze, on a en­core eu droit à tout un spec­tacle, ce­lui de nos chan­teurs de la re­lève. Quelles voix et quelles pré­sences sur scène. L’hu­mo­riste-ani­ma­teur, co­mé­dien po­ly­va­lent, Pa­trice Bé­lan­ger, a en­core dé­mon­tré com­bien il a du ta­lent. Gé­né­ro­si­té et hu­mi­li­té dé­crivent bien en deux mots simples l’homme qu’il est.

Aux Amis de l’étu­diant Ou­taouais, à Mar­tin God­cher, à Sylvain Du­pras, à Ma­rie-ève Bou­chard, aux par­te­naires et aux com­man­di­taires de longue date, aux jour­na­listes en herbe de nos écoles, aux pa­rents qui les ap­puient, aux équipes d’en­sei­gnants qui les en­cadrent, aux membres du ju­ry, fé­li­ci­ta­tions. Bra­vo pour votre en­ga­ge­ment. Quelle sa­tis­fac­tion de mettre en va­leur notre belle jeu­nesse.

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