La mal­trai­tance en­vers les aî­nés, un su­jet tou­jours ta­bou

Le Bulletin - - ACTUALITÉS - PAS­CAL LAPLANTE pas­cal.laplante@tc.tc

SANTÉ. Il n’existe peu ou pas de don­nées ré­gio­nales ou pro­vin­ciales sur la mal­trai­tance faite aux aî­nés et c’est prin­ci­pa­le­ment parce que les vic­times ne dé­noncent pas le mal su­bi.

La co­or­don­na­trice en ma­tière de lutte à la mal­trai­tance faite aux aî­nés, Ge­ne­viève Cloutier, in­dique que des études ca­na­diennes es­timent entre 4% à 7% des per­sonnes âgées en se­raient vic­times.

«Elles ont de la dif­fi­cul­té, ne re­con­naissent pas ou ne veulent pas le faire. C’est peut-être juste la pointe de l’ice­berg. Et c’est le constat que l’on en fait: c’est dif­fi­cile de dé­non­cer, parce que la ma­jo­ri­té des si­tua­tions se vivent dans l’en­tou­rage.»

Les aî­nés dé­cident donc de su­bir pour évi­ter un conflit fa­mi­lial, par exemple: «La peur de perdre un lien, la peur de re­pré­sailles, des conflits. Ils sont ti­raillés dans la dé­tresse et ne veulent pas cou­per les ponts. Le lien de dé­pen­dance est très fort.»

Le constat sur le ter­rain est aus­si qu’il y a un manque d’in­for­ma­tion et un manque de com­pé­tences: «Quand j’en parle avec eux, c’est sou­vent mé­con­nu et c’est la rai­son pour la­quelle on veut da­van­tage sen­si­bi­li­ser le grand pu­blic. Ça nous concerne tous. On vise à sen­si­bi­li­ser da­van­tage, ra­tis­ser large pour col­lec­ti­ve­ment dé­non­cer et de faire en sorte d’in­ter­ve­nir.»

L’ÉPUISEMENT MÈNE À L’IM­PA­TIENCE

Ge­ne­viève Cloutier compte sur une im­por­tante ex­pé­rience cli­nique de soins en de­hors du cadre de son rôle comme co­or­don­na­trice ré­gio­nale spé­cia­li­sée dans la lutte contre la mal­trai­tance en­vers les per­sonnes en Ou­taouais. Elle sou­ligne que bien sou­vent, le rôle d’ai­dant na­tu­rel ou­tre­passe l’en­tou­rage d’une per­sonne aî­née ma­lade, par exemple.

«C’est une réa­li­té. L’épuisement s’ins­talle et les proches ai­dants de longue ha­leine vivent une usure. Ça prend des me­sures de sou­tien et de ré­pit, des centres de jour, du sou­tien à do­mi­cile. Ne se­rait-ce que sor­tir quelques heures de la mai­son.»

L’in­for­ma­tion sur les ma­la­dies doit aus­si cir­cu­ler da­van­tage. Bien sou­vent, une per­sonne âgée va pré­sen­ter des pro­blèmes cog­ni­tifs qui ap­pa­raissent pro­gres­si­ve­ment, et com­prendre ce que vit la per­sonne âgée ma­lade.

«L’alz­hei­mer, toutes les ma­la­dies de type dé­mences, les pro­blèmes cog­ni­tifs, les chan­ge­ments de per­son­na­li­té, cer­tains pro­blèmes de com­por­te­ment: ça de­vient une ges­tion au quo­ti­dien et une gym­nas­tique pour les proches ai­dants.»

Mme Cloutier re­com­mande aux proches ai­dants de de­man­der de l’aide, même si les dé­fis sont nom­breux au Centre in­té­gré de santé et de ser­vices so­ciaux. Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a in­jec­té da­van­tage de fi­nan­ce­ment pour le sou­tien à do­mi­cile et les fa­milles ne doivent pas at­tendre avant de s’ins­crire.

«Il y a de belles choses qui se font à do­mi­cile. Pour cer­tains ser­vices, il y a des dé­lais d’at­tente ou d’une prise en charge, mais il ne faut pas hé­si­ter à de­man­der de l’aide: ce n’est pas une culture bien an­crée ici. C’est sou­vent les conjoints qui sont nos proches ai­dants. Il faut réa­li­ser et prendre conscience qu’on n’y ar­rive pas tout seul.» C’est une réa­li­té. L’épuisement s’ins­talle et les proches ai­dants de longue ha­leine vivent une usure. Ça prend des me­sures de sou­tien et de ré­pit, des centres de jour, du sou­tien à do­mi­cile. Ne se­rait-ce que sor­tir quelques heures de la mai­son.»

-Ge­ne­viève Cloutier

(Pho­to: De­po­sit)

La mal­trai­tante chez les aî­nés pro­vient gé­né­ra­le­ment de l’en­tou­rage.

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