Le coût de la ren­trée

Le Bulletin - - ACTUALITÉS -

Si vous êtes pa­rents d’en­fants et d’ado­les­cents, vous sa­vez que le ni­veau de stress monte d’un cran, si­non de plu­sieurs crans, à cette pé­riode-char­nière de l’an­née : celle de la ren­trée sco­laire. On y dé­note une ten­dance lourde. Le re­tour en classe coûte de plus en plus cher. Tous les frais di­rects et in­di­rects aug­mentent chaque an­née. Plus ra­pi­de­ment que les hausses de sa­laire du tra­vailleur moyen.

Au pri­maire, comme au se­con­daire, il nous est im­pos­sible comme pa­rents d’échap­per à un mi­ni­mum d’achats obli­ga­toires. Ma­té­riel et four­ni­tures sco­laires, livres, vê­te­ments de base, équi­pe­ment pour les ac­ti­vi­tés cultu­relles et spor­tives. On parle de plu­sieurs cen­taines de dol­lars de dé­penses par en­fant. À cette dé­pense s’ajou­te­ront d’autres dol­lars pour les sor­ties pa­ra­sco­laires.

Chaque en­sei­gnant fait sa propre liste de four­ni­tures, la sou­met à la di­rec­tion de l’école. On la trans­met par la suite aux pa­rents. Je ne blâme per­sonne pour la quan­ti­té et le choix poin­tu d’ar­ticles de­man­dés. Je ne suis pas pé­da­gogue. Nos en­fants doivent avoir les meilleurs ou­tils pour réus­sir. (En pas­sant, amis fonc­tion­naires du mi­nis­tère de l’édu­ca­tion, à quand des or­di­na­teurs dans toutes les classes comme dans d’autres pro­vinces ca­na­diennes et pays eu­ro­péens ?)

Ce­la dit, je crois fer­me­ment que la trousse sco­laire de base de­vrait être of­ferte gra­tui­te­ment à chaque élève au Qué­bec. On vit dans une so­cié­té dé­mo­cra­tique li­bé­rale qu’on veut éga­li­taire. En On­ta­rio, de­puis des an­nées, le ma­té­riel pé­da­go­gique est dis­tri­bué gra­tui­te­ment dans toutes les écoles pu­bliques et ca­tho­liques. Si né­ces­saire, des or­ga­nismes com­mu­nau­taires four­nissent un sac d’école aux en­fants des fa­milles plus dé­mu­nies. Et même une boîte à lunch !

Cette me­sure s’avère po­si­tive. On y en­re­gistre un taux in­fé­rieur de dé­cro­chage. Il y a moins d’en­sei­gnants en ‘bur­nout’, et sans doute beau­coup moins de pa­rents en­det­tés et à bout de souffle. Ce­la évite les in­éga­li­tés entre jeunes et le cli­vage so­cial.

Il est temps d’avoir une ré­flexion po­li­tique pro­fonde sur notre vi­sion glo­bale du monde de l’édu­ca­tion. Quel genre de so­cié­té vou­lons-nous ? Qu’on ajuste les bud­gets al­loués aux com­mis­sions sco­laires, qu’on fasse le mé­nage dans les dé­penses ad­mi­nis­tra­tives in­utiles, qu’on ré­vise les taxes en consé­quence. J’y re­vien­drai.

DANS LES AN­NÉES 80

Quand mes deux en­fants fré­quen­taient l’école pri­maire pu­blique à Ayl­mer, je re­ce­vais de l’école, à fin de l’été, une courte liste de ma­té­riel sco­laire à ache­ter. De mé­moire, il y avait peu de choses sur cette liste. Les four­ni­tures étaient toutes fa­ciles à trou­ver, sou­vent dans un seul ma­ga­sin. Cer­tains items pou­vaient res­ser­vir d’une an­née à l’autre. Faire les achats pre­nait une heure ou deux. Ce­la me coû­tait une cen­taine de dol­lars. J’en fai­sais une sor­tie agréable, en pro­met­tant un cor­net de crème gla­cée à mes en­fants, s’ils étaient sages.

Au­jourd’hui, après avoir payé tout le ma­té­riel sco­laire exi­gé, les pa­rents sont sai­gnés à blanc. Stres­sés, ils doivent cou­rir d’un ma­ga­sin à l’autre à la re­cherche des bons crayons, des bons ca­hiers à an­neaux triple ligne, du bon at­las, du bon dic­tion­naire, et par­fois même du bon ipod. Et les au­baines se font rares. Pour beau­coup, la ren­trée sco­laire est loin d’être une par­tie de plai­sir. Ré­duire ce far­deau fi­nan­cier pour les moins nan­tis de­vrait être une prio­ri­té du gou­ver­ne­ment. Il faut que la ren­trée re­de­vienne agréable.

DANS LES AN­NÉES 50 ET 60?

On mar­chait jus­qu’à l’école. Au so­leil, sous la pluie, dans la neige. On se le­vait quand l’en­sei­gnante en­trait. On la vou­voyait. L’in­dis­ci­pline, le manque de res­pect, l’agi­ta­tion, étaient pu­nis. Peu im­porte la dé­ci­sion, nos pa­rents don­naient tou­jours rai­son à la di­rec­tion de l’école. Grand-ma­man était notre gar­dienne at­ti­trée après les heures de classe.

On n’avait pas be­soin d’es­pa­drilles Adi­das ou Nike pour jouer dans la cour d’école. Après le sou­per, on fai­sait nos de­voirs sur le coin de la table de cui­sine. Sans or­di­na­teur, cel­lu­laire, ou té­lé­vi­sion. Au be­soin, ma­man ou pa­pa pou­vaient nous don­ner un coup de main, parce qu’ils com­pre­naient les de­voirs exi­gés. Et ils n’avaient pas à vendre des ta­blettes de cho­co­lat à leur en­tou­rage, à or­ga­ni­ser des la­vages de voi­tures, à sol­li­ci­ter les voi­sins, pour nous payer une sor­tie à la Ronde, ou un voya­geé­change à Pa­ris ou à Rome. Les cours de mu­sique, de danse, de théâtre, de ju­do, de pa­ti­nage, les soirs de se­maine, et le wee­kend ? Quelques en­fants de riches y avaient droit. Nous, on se ren­dait au parc, ou on s’amu­sait dans la rue.

Des maux de tête ? Le nez qui coule ? Des al­ler­gies ? La fa­tigue ? La mau­vaise hu­meur ? Au­cune ex­cuse ne te­nait pour man­quer l’école. C’était un pri­vi­lège d’y avoir ac­cès, après des an­nées de noir­ceur et d’in­jus­tices so­ciales. Livres, car­tables, crayons, étaient four­nis en dé­but d’an­née. Et il fal­lait en prendre soin.

Je sais que la so­cié­té a chan­gé. Je vous ra­conte seule­ment com­ment ce­la se pas­sait.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.