Chan­tal Leb­lanc, une bé­né­vole hors-pair

Le Bulletin - - SPORTS - ANTONY DA SIL­VA-CASIMIRO antony.da­sil­va­ca­si­mi­ro@tc.tc

SOC­CER. Lau­réate du prix Bé­né­vole de l’an­née au Ga­la Ex­cel­lence Ou­taouais en juin der­nier, Chan­tal Leb­lanc re­ce­vra plus tard ce mois-ci à Qué­bec le Prix pro­vin­cial du bé­né­vo­lat en loi­sir et en sport Dollard-mo­rin.

La can­di­da­ture de la vice-pré­si­dente de l’as­so­cia­tion de soc­cer de Buckingham (ASB) avait char­mé les membres du ju­ry. Diag­nos­ti­quée d’ataxie spi­no cé­ré­bel­leuse dé­gé­né­ra­tive à Noël 2014, cette jeune mère de fa­mille ne s’est pas ser­vie de cette ex­cuse pour ne pas don­ner de son temps.

Elle au­rait pu lais­ser les tâches à une autre per­sonne, mais elle s’est sen­tie in­ter­pel­lée lors­qu’une me­nace de fer­me­ture de l’as­so­cia­tion pla­nait au-des­sus de la tête des joueurs.

«Mon fils aî­né n’a ja­mais ai­mé le sport, mais quand il a com­men­cé le soc­cer, il a eu la pi­qure pour ça. Mon gars m’a dit qu’il joue­rait pour Buckingham, si­non c’était fi­ni pour lui. C’est mon grand gar­çon qui m’a donc don­né la tape dans le dos pour m’im­pli­quer. Au dé­part, je m’étais dit que je ne se­rais que gé­rante d’équipe.»

C’était il y a deux étés. Une as­sem­blée gé­né­rale spé­ciale avait eu lieu quelques mois après les dé­buts de son fis­ton, le plus vieux des trois en­fants. À ce mo­ment, on crai­gnait pour la sur­vie de l’or­ga­nisme spor­tif.

Elle ne pen­sait pas s’en­ga­ger avec l’as­so­cia­tion bu­cki­noise en rai­son de la ma­la­die. Ayant tra­vaillé dans les fi­nances au gou­ver­ne­ment, elle a ce­pen­dant op­té pour don­ner un coup de main dans cet as­pect. D’un ton fier, Chan­tal Leb­lanc dit que L’ASB re­monte la pente.

«On avait des grosses dettes. On a fait des choix dif­fé­rents et en l’es­pace d’un an, 40% des dettes ont été payées. Mais ce n’est pas grâce à moi. C’est un tra­vail d’équipe. L’as­so­cia­tion de soc­cer de Buckingham est une grande fa­mille.»

Plu­sieurs membres du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion di­ront ce­pen­dant que la VP a été l’une des rai­sons prin­ci­pales qui ont per­mis à l’or­ga­ni­sa­tion d’évi­ter la fer­me­ture dé­fi­ni­tive.

UNE AN­CIENNE SPOR­TIVE

N’eut été de la ma­la­die, Chan­tal Leb­lanc au­rait pu connaître un par­cours dif­fé­rent. En­fant, elle pra­ti­quait plu­sieurs sports, étant fan de l’ac­ti­vi­té phy­sique: soc­cer, football, ski al­pin, etc. Mais à l’âge de 12 ans, ça ar­rê­te­ra brus­que­ment. Les pre­miers symp­tômes de l’ataxie se font res­sen­tir, mais à cette époque, elle ignore to­ta­le­ment c’est quoi.

«Je cou­rais, mais je tom­bais beau­coup. On a mis ça sur la faute d’une che­ville faible, car j’avais tou­jours été ac­tive. Même les IRM di­saient que tout était nor­mal. On ne com­pre­nait pas le pour­quoi, mais à force de tom­ber, on de­vient une cible de mo­que­ries. J’ai donc dé­ci­dé d’ar­rê­ter de faire du sport», ra­conte-t-elle.

Les «dé­barques à ré­pé­ti­tion» n’ont pas été les seuls signes. Après son pre­mier ac­cou­che­ment, elle re­marque qu’elle ne peut plus cou­rir après son gar­çon ou sau­ter.

Elle avait 26 ans à ce mo­ment. En rai­son des IRM, elle at­ten­dra après la nais­sance de son troi­sième en­fant pour al­ler voir un spé­cia­liste.

«Les jambes ne sui­vaient pas. J’ai été voir un neu­ro­logue. Il a vu une dé­gé­né­res­cence du cer­ve­let. Les si­gnaux ne se ren­daient plus au sys­tème ner­veux. Jus­qu’à 33 ans, j’igno­rais pour­quoi je mar­chais ain­si.»

Sou­la­ge­ment de fi­na­le­ment sa­voir ce qui se tra­cas­sait de­puis deux dé­cen­nies? Pas vrai­ment, ad­met la prin­ci­pale in­té­res­sée. Si Chan­tal a pas­sé les tests, c’est avant tout pour ses en­fants. Car si la ma­la­die avait été hé­ré­di­taire ou qu’il y avait un trai­te­ment, ç’au­rait pu les ai­der. Mieux vaut pré­ve­nir que gué­rir.

Mais il y a plu­sieurs points d’in­ter­ro­ga­tion concer­nant l’ataxie: on ignore si c’est hé­ré­di­taire. Et pour le mo­ment, il n’y a pas de trai­te­ment. Rien pour ra­len­tir les ef­fets.

Chan­tal voit ses en­fants cou­rir et avoir du plai­sir. Elle veut jus­te­ment qu’ils de­meurent op­ti­mismes, même si Ma­man est ma­lade.

«S’ils voient que leur mère va bien et fait ce qu’elle veut, ce qu’elle aime, ce se­ra l’es­prit qui l’em­porte sur la ma­tière. Ils au­ront la même men­ta­li­té que moi», dé­clare Chan­tal qui a même par­cou­ru la Foam Race de cinq ki­lo­mètres cet été de­vant les re­gards fiers des membres de sa fa­mille.

Elle n’a pas aban­don­né. Elle veut conti­nuer. Si elle peut don­ner un coup de main à L’ASB pour un, deux ou dix ans même, elle le fe­ra, af­firme-telle, sou­rire en coin.

(Pho­to gra­cieu­se­té)

Chan­tal Leb­lanc, à droite, re­çoit son prix au Ga­la Ex­cel­lence Ou­taouais.

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