Eric Page vise grand

Le Bulletin - - SPORTS - AN­TO­NY DA SIL­VA-CASIMIRO ada­sil­va­ca­si­mi­ro@lexis­me­dia.ca

COU­RAGE. Le soir du 21 avril 2005. C’est à ce mo­ment-là que la vie d’eric Page, 43 ans, bas­cu­la. Une niai­se­rie pour la­quelle il a payé très cher.

Re­cu­lons 13 ans en ar­rière. Cet homme de Bu­ckin­gham est un ama­teur de sen­sa­tions fortes. Pra­ti­quant le vé­lo de mon­tagne, il est tou­jours à la re­cherche d’en­droits pour tes­ter ses ca­pa­ci­tés.

La veille de l’ac­ci­dent qui le trans­for­me­ra à tout ja­mais, Eric s’y rend avec un ami à un en­droit si­tué près de l’au­to­route 50. Après avoir vi­si­té les lieux, il dé­ci­de­ra d’y re­tour­ner le len­de­main, seul, car son co­pain ne pou­vait y être, pour la pre­mière sor­tie de l’an­née. Il ef­fec­tue quelques sauts. Tout va bien.

Pour l’ins­tant.

La noir­ceur com­mence à poin­ter le bout de son nez. Un der­nier saut, se dit-il, en­suite, il rentre à la mai­son.

Sauf que son re­tour à la mai­son a dû être re­pous­sé. N’al­lant pas as­sez vite, Eric rate son der­nier saut et se re­trouve éjec­té de son bo­lide à deux roues. La suite est à gla­cer le sang.

Non seule­ment, il tombe, mais il passe au-des­sus d’une fa­laise pour chu­ter de 21 pieds.

Ré­sul­tat: pa­ra­ly­sie ins­tan­ta­née des quatre membres et cou cas­sé.

«J’ai at­ter­ri comme si je plon­geais, mais la tête a frap­pé dans le sable. Mon casque de mo­to­cross a fen­du. J’étais sur le ventre et je n’ar­ri­vais pas à me re­tour­ner. En fait, je ne sen­tais plus rien après le nom­bril. Je n’étais pas ca­pable de me re­tour­ner. Même mes doigts avaient pa­ra­ly­sé. Je ne pou­vais pas en­le­ver mon casque.»

Eric a fait le cal­cul: il ve­nait de pa­ra­ly­ser. Mais il igno­rait à quel point la sé­vé­ri­té des dé­gâts.

«Je me suis trai­té de tous les noms. Tout ça, pour une ride de bi­cycle à pé­dales?»

Son cel­lu­laire étant res­té dans son sac au haut de la fa­laise, il se re­trouve seul, dans le bois. Pre­nant tout son pe­tit change, il ar­rive à se re­tour­ner. Les pou­mons ayant su­bi un gros choc, cet an­cien di­rec­teur chez Ro­na éprou­vait même de la dif­fi­cul­té à de­man­der de l’aide, de­vant y al­ler par syl­labe pour ap­pe­ler «Au se­cours!».

Si ça n’avait été d’un pe­tit gar­çon qui pas­sait par là avec son père, Eric se­rait mort. Ils ont ap­pe­lé les au­to­ri­tés qui l’ont ame­né à l’hô­pi­tal de Hull. Il ar­ri­ve­ra aux ur­gences en stade d’hy­po­ther­mie avec des chocs spi­naux. Quelques mi­nutes de plus et c’en était fi­ni pour lui.

«J’étais sur le bord de mou­rir. Mais ce soir-là, ce n’était pas le bon soir. Ce n’était pas mon tour de mou­rir», ra­conte le prin­ci­pal in­té­res­sé.

Un scan confir­me­ra son cou cas­sé. On le trans­fé­re­ra donc à Mont­réal pour l’opé­rer et y mettre des plaques. Il re­vien­dra en­suite dans la ré­gion à Ot­ta­wa pour sa ré­adap­ta­tion, mais on re­mar­que­ra que sa co­lonne ver­té­brale n’a pas fu­sion­né. Re­tour au bloc opé­ra­toire.

«C’est comme si tu re­ve­nais quand tu étais en­fant avec la couche aux fesses, mais dans un corps d’adulte. Donc, tu sais tout ce qui se passe au­tour. Si ça me pi­quait le nez, je ne pou­vais même pas me grat­ter.»

Sa main gauche n’est pas fonc­tion­nelle. Il peut se ser­vir de sa main droite, mais elle n’est pas à 100%. Quant à ses jambes, il peut se te­nir de­bout pen­dant quelques mi­nutes.

Eric Page ne le cache pas: la mo­ti­va­tion n’a pas été fa­cile. Il a pas­sé à tra­vers de plu­sieurs deuils. D’abord, sa mo­bi­li­té. Puis, sa conjointe de l’époque, qui l’a quit­té. Et même son lo­ge­ment car il ré­si­dait au troi­sième étage.

En en­tre­vue, Eric dit être un gars de dé­fi, tou­jours prêt à pous­ser ses li­mites. Il ad­met que quand sa blonde l’a quit­té, ç’a été le coup de pied au cul qu’il avait be­soin pour se prendre en mains. Il vou­lait prou­ver qu’il n’avait be­soin de per­sonne.

«Si le bon Dieu a dé­ci­dé que c’était ma des­ti­née, je vais m’en sor­tir. Je suis sur une chaise, mais ce n’est pas la fin du monde.»

Il dé­cou­vri­ra un an après son ac­ci­dent le sport, es­sayant le pa­ra­cy­clisme et le rug­by en fau­teuil rou­lant pour fi­na­le­ment re­ve­nir au vé­lo à bras à trois roues.

Eh oui! Bien que ce soit un ac­ci­dent en vé­lo qui lui a coû­té ses bras et ses jambes, Eric n’a pas peur de pé­da­ler à nou­veau.

Et la vie a bien fait les choses. Il n’est plus seul. Il a re­fait sa vie, trou­vé une de­moi­selle avec qui il s’est ma­riée et de­puis deux ans, Eric peut dire qu’il est père d’une ma­gni­fique pe­tite fille qui ne cesse de le sur­prendre, de jour en jour.

Ça lui ar­rive aus­si faire la tour­née des écoles et par­ler de son his­toire, de sa ré­si­lience.

«Tout le monde a ses hauts et ses bas, des mo­ments plus dif­fi­ciles. Moi, je me sers de ça pour me mo­ti­ver, pour pous­ser mes li­mites», a lan­cé le qua­dra­gé­naire qua­dra­plé­gique.

(Pho­to gra­cieu­se­té)

La vie d’eric Page a chan­gé du tout au tout en avril 2005. Au­jourd’hui, il re­garde la vie avec le sou­rire.

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