«An­non­cer un cancer, c’est comme lar­guer une bombe»

Cé­lé­brer pour se dé­fou­ler du cancer

Le Bulletin - - ACTUALITÉS - SYL­VAIN DUPRAS sdu­pras@lexis­me­dia.ca

MARCHE. Lors­qu’un pa­tient re­çoit un diag­nos­tic de cancer, la no­tion de dé­fou­le­ment entre en ligne de compte, et elle va­rie d’une per­sonne à l’autre.

La pre­mière marche du Grand Dé­fou­le­ment, or­ga­ni­sée le 13 oc­tobre à Ga­ti­neau par la Fon­da­tion qué­bé­coise du cancer, fait ré­fé­rence à cette pre­mière étape d’un long pro­ces­sus au cours du­quel au­ront no­tam­ment lieu les trai­te­ments.

Pour Ca­role Tur­pin, 49 ans, du sec­teur de Mas­son-an­gers, ce fut fou­droyant. C’était en 2016. «J’avais une bosse sur le sein et c’était clair dans ma tête que c’était le cancer que j’avais. Lorsque l’on m’a confir­mé que j’avais le cancer, j’ai per­du la tête pour 10 à 15 se­condes. J’ai dit à mon mé­de­cin que j’étais le seul pa­rent res­tant de ma fille et que je ne vou­lais pas mou­rir.»

«Puis, en sor­tant du bu­reau du mé­de­cin, je me suis mise à trem­bler et j’étais per­due. Je ne pou­vais pas conduire. J’étais face à l’hô­pi­tal de Ga­ti­neau et je suis al­lée voir ma fille qui tra­vaille à l’ur­gence pour le lui an­non­cer.»

Le cancer touche tel­le­ment de monde, in­cluant la fa­mille et les amis. Et Mme Tur­pin a choi­si d’at­tendre avant de l’an­non­cer aux autres per­sonnes de son en­tou­rage. «Je vou­lais le vivre seule et as­si­mi­ler tout ce qui s’en ve­nait pour moi. Je pen­sais être plus en contrôle. Un mo­ment don­né, je suis al­lée voir mon in­fir­mière pi­vot et elle m’a dit, tu t’en vas là de­main», en par­lant du Centre ré­gio­nal et d’hô­tel­le­rie de l’ou­taouais (CRHO) à Ga­ti­neau.

«J’y suis al­lée pour res­pec­ter mon en­ga­ge­ment, mais après, il fal­lait me sor­tir d’ici tant j’y ai trou­vé ré­con­fort, ami­tié et par­tage. Le fait de ve­nir ici, c’était de confir­mer que j’em­bar­quais dans le pro­ces­sus et ça m’a fait le plus grand bien. L’hô­tel­le­rie sert sur­tout pour les gens de l’abi­ti­bi et des sec­teurs ru­raux de l’ou­taouais, mais on y dis­pense éga­le­ment une pa­no­plie de ser­vices qui s’adresse à tout le monde. Le fait de s’en­tre­te­nir avec des gens qui vivent la même chose que toi, ça fait du bien aus­si.»

COMME LAR­GUER UNE BOMBE

Et an­non­cer cette nou­velle à ses proches, c’est dif­fi­cile, tant le mot cancer fait peur. «C’est tel­le­ment lourd pour tout le monde. C’est une bombe que tu largues».

Voi­là les pre­miers grands dé­fou­le­ments de Ca­role Tur­pin qui est am­bas­sa­drice de cette pre­mière marche au parc Mous­sette. Au­jourd’hui, Mme Tur­pin est re­tour­née sur le mar­ché du tra­vail et ad­met qu’elle voit la vie sous un autre angle.

«J’ai ga­gné ma ba­taille, tout va bien, c’est der­rière moi. Je l’ai vain­cu. Je me porte très bien. Ça fait par­tie de ma vie. Je vois main­te­nant la vie dif­fé­rem­ment. Au­jourd’hui, dans tout ce que je fais, je dois re­trou­ver ces trois mots: lé­ger, fa­cile et agréable.»

Elle re­con­naît que ses vi­sites au CRHO ont été dé­ter­mi­nantes, au­tant pour elle que pour sa fille. «Ma fille est ve­nue en art-thé­ra­pie et elle m’a dit que ça lui avait fait du bien d’y as­sis­ter. Le cancer, c’est dif­fi­cile pas seule­ment pour la per­sonne qui en souffre, mais pour tous nos proches. C’est très lourd pour la fa­mille.»

Outre l’art-thé­ra­pie, le CRHO offre entre autres des café-ren­contres, du yo­ga, de la mé­di­ta­tion, des mas­sages, de la ki­né­sio­lo­gie et dif­fé­rents autres ate­liers. La di­rec­trice du centre, Co­rinne Lor­man, men­tionne que de­puis 13 ans, le centre peut hé­ber­ger 26 per­sonnes à la fois. Le taux d’oc­cu­pa­tion est de 90% et 600 per­sonnes ont bé­né­fi­cié de ce ser­vice l’an der­nier.

Entre 150 et 200 per­sonnes sont at­ten­dues à la marche du 13 oc­tobre et un mon­tant de 30 000$ est fixé comme ob­jec­tif. Il est pos­sible de for­mer des équipes en se ren­dant sur le site In­ter­net de la Fon­da­tion. Deux autres ac­ti­vi­tés de grand dé­fou­le­ment ont aus­si lieu du­rant l’an­née: le grand dé­fou­le­ment dans les écoles ain­si que le dé­fou­le­ment à ma fa­çon qui per­met aux gens d’or­ga­ni­ser des ac­ti­vi­tés ci­blées à dif­fé­rentes dates.

(Pho­to La Re­vue – Syl­vain Dupras)

Ca­role Tur­pin, à droite, qui a ga­gné son com­bat contre le cancer, est l’am­bas­sa­drice de la toute pre­mière marche du Grand Dé­fou­le­ment à Ga­ti­neau. Elle est ac­com­pa­gnée de la di­rec­trice du Centre ré­gio­nal et Hô­tel­le­rie de l’ou­taouais, Co­rinne Lor­man,...

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