L’Est on­ta­rien comme terre d’accueil

Le Carillon - - News - ALEXAN­DRA MONT­MI­NY alexan­dra.mont­mi­ny@eap.on.ca

La ré­cente crise des mi­grants sy­riens a re­mis la ques­tion de l’im­mi­gra­tion au goût du jour, en sou­le­vant des dis­cus­sions et des dé­bats dans toutes les col­lec­ti­vi­tés à tra­vers le pays. Plus près de chez nous, plu­sieurs personnes visent à fa­ci­li­ter l’in­té­gra­tion des nou­veaux ca­na­diens dans la fran­co­pho­nie on­ta­rienne.

Par­mi les or­ga­nismes ré­pon­dant à l’ap­pel, le pro­gramme du Ré­seau de sou­tien à l’im­mi­gra­tion fran­co­phone de l’est de l’On­ta­rio (RSI­FEO) tente de concer­ter dif­fé­rents par­te­naires, afin de pro­mou­voir une stra­té­gie d’im­mi­gra­tion fran­co­phone dans les com­tés de Pres­cott et Rus­sell ain­si que dans Stor­mont, Dun­das et Glen­gar­ry.

« Le RSI­FEO est un ré­seau. Nous fa­vo­ri­sons donc la concer­ta­tion, un ras­sem­ble­ment re­grou­pant dif­fé­rents or­ga­nismes et par­te­naires. Nous n’of­frons au­cun service di­rect aux im­mi­grants fran­co­phones. Ça peut ar­ri­ver que des gens nous trouvent sur Facebook et nous posent des questions par rap­port à l’im­mi­gra­tion au Ca­na­da. Ça ar­rive ré­gu­liè­re­ment. Lorsque ce­la ar­rive, on les ré­fère, puisque nous avons une pa­no­plie de par­te­naires; on sait exac­te­ment où les en­voyer afin qu’ils aient des ré­ponses à leurs in­ter­ro­ga­tions. On ras­semble, on fa­vo­rise des stra­té­gies, des pro­jets, on ini­tie des choses avec les par­te­naires de pre­mière ligne, qui eux tra­vaillent di­rec­te­ment avec les nou­veaux ar­ri­vants. Aus­si, nous ne sommes pas un or­ga­nisme. C’est im­por­tant. Nous sommes un pro­gramme du Conseil éco­no­mique et so­cial d’Ot­ta­wa-Car­le­ton, qui est un or­ga­nisme d’éta­blis­se­ment des nou­veaux ar­ri­vants fran­co­phones », a ex­pli­qué Bri­gitte Du­guay Lan­glais, co­or­don­na­trice du Ré­seau de sou­tien à l’im­mi­gra­tion fran­co­phone de l’est de l’On­ta­rio.

Se­lon Mme Du­guay Lan­glais, le RSI­FEO et ses dif­fé­rents collabora­teurs forment un par­te­na­riat très in­té­res­sant et ce à plu­sieurs ni­veaux, puisque ces par­te­naires sont is­sus de tous les mi­lieux. « Nous avons la chance d’avoir des par­te­naires au ni­veau de l’im­pli­ca­tion com­mu­nau­taire, comme les as­so­cia­tions fran­co­phones, les di­rec­tions d’écoles et les conseils sco­laires. À pro­pos des par­te­naires des dif­fé­rents sec­teurs, je vous di­rais qu’on sent de plus en plus un en­ga­ge­ment in­té­res­sant, qui dé­montre que de plus en plus, dans l’est de l’On­ta­rio, on veut être prêt (à ac­cueillir de nou­veaux mi­grants)», a-t-elle pour­sui­vi.

Le rôle du RSI­FEO est de fa­vo­ri­ser l’accueil des im­mi­grants qui ar­rivent au Ca­na­da et qui maî­trisent l’une des deux langues. « Ceux qui disent ‘moi, c’est le fran­çais’, c’est avec eux que l’on tra­vaille », a dé­cla­ré Mme Du­guay Lan­glais. Ré­cem­ment, le Ré­seau a te­nu un événement à Corn­wall. Ce 5 à 7 fai­sait par­tie de la mis­sion ras­sem­bleuse du RSI­FEO, qui co­or­donne et ap­porte un ap­pui aux ac­ti­vi­tés, un sou­tien fi­nan­cier et lo­gis­tique.

« Notre tra­vail est de re­cru­ter des par­te­naires, de concer­ter tout ce beau monde-là, a-t-elle ren­sei­gné à pro­pos de la mis­sion du Ré­seau. Lors de la soi­rée à Corn­wall, on en­cou­ra­geait les gens à de­ve­nir des am­bas­sa­deurs de l’im­mi­gra­tion fran­co­phone. On leur en­seigne à dé­mys­ti­fier l’im­mi­gra­tion. On leur donne des ou­tils afin de pou­voir ren­sei­gner la po­pu­la­tion concer­nant l’im­mi­gra­tion, que ce soit sur les ré­seaux so­ciaux ou au Tim Hor­ton’s », a-t-elle ex­pli­qué. Ces am­bas­sa­deurs de l’im­mi­gra­tion fran­co­phone se­ront ren­con­trés de temps en temps par le Ré­seau. « On va les te­nir au cou­rant, on va les ou­tiller pour qu’ils puissent re­mettre les pendules à l’heure dans la com­mu­nau­té sur ce su­jet », a pour­sui­vi Mme Du­guay Lan­glais.

Ef­fec­ti­ve­ment, l’édu­ca­tion de­meure une pièce im­por­tante pour la réus­site de RIS­FEO et de ses par­te­naires. « L’édu­ca­tion en langue fran­çaise joue un rôle très im­por­tant dans l’in­clu­sion des nou­veaux ar­ri­vants au sein de la com­mu­nau­té, a ex­pli­qué Mme Du­guay Lan­glais. Se­lon moi, une des portes d’en­trée d’un nou­vel ar­ri­vant dans une com­mu­nau­té fran­co­phone, c’est l’ins­crip­tion des en­fants dans une école de langue fran­çaise. Par la suite, il pour­ra as­sis­ter aux ren­contres

de pa­rents fran­co­phones, il se­ra ap­pe­lé à faire des ac­ti­vi­tés com­mu­nau­taires, so­ciales et spor­tives en fran­çais. Se­lon moi, c’est un bon moyen de se faire un ré­seau fran­co­phone et de cette fa­çon, de s’in­té­grer sys­té­ma­ti­que­ment dans la com­mu­nau­té de langue fran­çaise. »

Il est donc im­por­tant, voire pri­mor­dial, de pro­mou­voir l’édu­ca­tion en fran­çais au­près des nou­veaux ar­ri­vants se­lon elle. « Trop sou­vent, pour les im­mi­grants fran­co­phones qui veulent s’éta­blir au Ca­na­da, il y un mythe qui dit qu’il faut ab­so­lu­ment qu’ils migrent au Qué­bec et que, s’ils viennent en On­ta­rio, ils de­vront ap­prendre l’an­glais sys­té­ma­ti­que­ment. Et ça, pour nous, c’est une grande perte. D’abord pour les en­fants qui ont tou­jours été à l’école en fran­çais et qui se re­trouvent à l’école an­glaise. En­suite, c’est une perte pour notre com­mu­nau­té fran­co­phone. Il y a un gros tra­vail de dé­mys­ti­fi­ca­tion à faire. En On­ta­rio, on peut vivre en fran­çais », a af­fir­mé la co­or­don­na­trice du RSI­FEO.

D’ailleurs, l’Est on­ta­rien se trouve dans une po­si­tion fa­vo­rable à l’accueil de nou­veaux ar­ri­vants, puisque la région re­gorge d’avan­tages pour les fa­milles qui sou­hai­te­raient s’y éta­blir. Mais il reste en­core des dé­fis à re­le­ver. « Se­lon moi, d’une part, il y a les par­te­naires à l’im­mi­gra­tion qui sont in­croyables, mais il y a en­core un tra­vail de sen­si­bi­li­sa­tion à faire au ni­veau des com­mu­nau­tés, ain­si qu’au ni­veau des mu­ni­ci­pa­li­tés. Ça, pour nous, ça reste de grands dé­fis. Le troi­sième grand dé­fi, c’est la sen­si­bi­li­sa­tion au ni­veau des em­ployeurs. Parce que les gens qui s’ins­tallent dans nos com­mu­nau­tés doivent travailler. On a de belles com­mu­nau­tés et de belles écoles à leur pré­sen­ter, ain­si que de beaux or­ga­nismes com­mu­nau­taires et ser­vices à leur of­frir, mais il faut qu’ils puissent travailler. Donc, toute la sen­si­bi­li­sa­tion dans ce do­maine, ça re­pré­sente un dé­fi in­té­res­sant à re­le­ver », a-t-elle sou­le­vé.

Ce n’est tou­te­fois pas le manque d’em­plois qui cau­se­raient des pro­blèmes lors de l’ar­ri­vée des nou­veaux ar­ri­vants. Se­lon Mme Du­guay Lan­glais, il fau­drait plu­tôt créer le ré­flexe, chez les em­ployeurs, d’al­ler cher­cher la main d’oeuvre qua­li­fiée par­mi les mi­grants. « Les trois pre­mières étapes sont de les lo­ger, d’ins­crire leurs en­fants à l’école et de se trou­ver un em­ploi. Dans cer­tains en­droits, il manque de main d’oeuvre qua­li­fiée, et c’est ce que nous es­sayons d’of­frir. Mais le ré­flexe d’al­ler cher­cher des im­mi­grants pour contri­buer à l’ex­pan­sion des en­tre­prises n’est pas en­core ac­quis. Ce n’est pas en­core automatique, a-t-elle ex­pli­qué. Ce n’est pas que c’est plus dif­fi­cile de trou­ver des em­plois, mais c’est plu­tôt parce que c’est la prio­ri­té, donc ça de­vient urgent. C’est qu’à très court terme, les nou­veaux ar­ri­vants ont be­soin de travailler. » En ef­fet, un em­ploi pour­ra non seule­ment as­su­rer les besoins pri­maires de ces nou­velles fa­milles, mais per met­tra éga­le­ment u n e in­té­gra­tion plus facile dans une so­cié­té où leur ta­lent et leurs com­pé­tences pour­ront être mis à pro­fit.

« Un fo­rum prov in c i a l au­ra lieu le 24 mars pro­chain. On a aus­si eu un mi­ni fo­rum, ré­cem­ment, pour les cher­cheurs d’em­ploi et les em­ployeurs. On leur donne des séances d’in­for­ma­tion sur ce à quoi on peut s’at­tendre lors­qu’on em­bauche un em­ployé d’une autre cul­ture, d’une autre religion. Com­prendre le Ra­ma­dan par exemple. On leur donne aus­si des for­ma­tions sur le re­cru­te­ment à l’in­ter­na­tio­nal, sur les pro­grammes qui existent. On les in­forme sur les foires d’em­ploi qui existent à Mont­réal. Beau­coup de gens à Mont­réal, qui sont ar­ri­vés ré­cem­ment, ne tra­vaillent pas et se­raient prêts à dé­mé­na­ger en On­ta­rio fran­çais. On dit aux em­ployeurs de ne pas ou­blier cette op­tion. Et s’ils sou­haitent avoir des em­ployés bi­lingues, on a des par­te­naires au­tour de la table qui peuvent leur don­ner des cours d’an­glais », a ex­pli­qué Bri­gitte Du­guay Lan­glais.

Ce ne sont donc pas les res­sources qui manquent pour les mi­grants qui veulent s’éta­blir dans l’est de l’On­ta­rio. Un plus grand po­ten­tiel d’accueil se ma­ni­feste no­tam­ment dans la région de Corn­wall, se­lon Mme Du­guay Lan­glais. « Corn­wall a ef­fec­ti­ve­ment les in­fra­struc­tures, elle pos­sède tout ce dont une ville a be­soin pour ac­cueillir des im­mi­grants fran­co­phones, comme le trans­port en com­mun par exemple. C’est ce qui li­mite un peu Pres­cott-Rus­sell et le reste de SDG. Oui, on pour­rait bâ­tir quelque chose de très in­té­res­sant à Corn­wall. Mais pour le reste de la région, ce sont les mêmes dé­fis partout », a-t-elle com­men­té.

Ce qui reste plus dif­fi­cile pour les com­tés de Pres­cott et Rus­sell et SDG, ce n’est pas tellement d’ac­cueillir les mi­grants, mais plu­tôt de les at­ti­rer dans ces ré­gions. « Il faut qu’on se fasse conna î t re. C’est dif­fi­cile. On a des cam­pagnes d’édu­ca­tion en langue fran­çaise en On­ta­rio, l’ELF. Ils font de la publicité sur les ré­seaux de té­lé­vi­sion an­glo­phones. Les conseils sco­laires font b e au­coup de publicité sur les au­to­routes, ain­si que des jour­nées d’in­té­gra­tion. Sin­cè­re­ment, je ne sais pas ce que l’on peut faire de plus. On est prêt à ac­cueillir les jeunes dans nos écoles, on a de la place. On a du tra­vail à faire. Une chance que nos par­te­naires sont en­ga­gés et per­sé­vé­rants, afin de réus­sir notre mis­sion », a-t-elle ex­pli­qué.

C’est ce qu’elle a pu consta­ter lors de la ré­cente crise des mi­grants sy­riens. « Pour la si­tua­tion par­ti­cu­lière des mi­grants sy­riens, ça s’est vé­cu plu­tôt en an­glais. Il y a eu beau­coup de mo­bi­li­sa­tion ci­toyenne, mais plus du cô­té de la com­mu­nau­té an­glo­phone. Ça m’a un peu dé­çue. Je sais que les fran­co­phones sont un peu moins nom­breux, mais on a été un peu moins ra­pides. Il y a eu une mo­bi­li­sa­tion in­croyable. Le mi­nistre de l’Im­mi­gra­tion, John McCal­lum, a dit : « L’im­mi­grant al­lo­phone qui ar­rive est une ar­doise vierge », ce qui veut dire que n’im­porte quelle com­mu­nau­té peut les ac­cueillir. En fait, le pro­blème, c’est qu’il n’y a au­cun or­ga­nisme fran­co­phone qui ac­cueille les ré­fu­giés en On­ta­rio. On n’a donc pas ac­cès à ces personnes qui sont ac­cueillies dans des centres an­glo­phones, et on les perd. Mais ça, c’est spé­ci­fique à la si­tua­tion des mi­grants Sy­riens et ce n’est pas le cas pour les autres ar­ri­vants », a-t-elle pour­sui­vi.

Mal­gré ce­la, Bri­gitte Du­guay Lan­glais a la cer­ti­tude que cette si­tua­tion cri­tique a eu plu­sieurs im­pacts po­si­tifs. « Toute la stra­té­gie en­tou­rant l’accueil des ré­fu­giés sy­riens dans l’est de l’On­ta­rio a du bon, beau­coup de bon. Pas seule­ment parce qu’on va ac­cueillir des ré­fu­giés mais aus­si, parce que ça a eu un ef­fet de ré­veil com­mu­nau­taire. De­puis les der­niers mois, l’in­té­rêt mar­qué de cer­taines mu­ni­ci­pa­li­tés et de cer­tains par­te­naires a pro­vo­qué un ef­fet boule de neige qui, même à la suite du re­trait du gou­ver­ne­ment (puisque cette stra­té­gie d’accueil était très ponc­tuelle), lais­se­ra des marques dans la com­mu­nau­té, des marques très po­si­tives », a-t-elle conclu.

— pho­to Francis Ra­cine

Le Ré­seau de sou­tien à l’im­mi­gra­tion fran­co­phone de l’Est de l’On­ta­rio a or­ga­ni­sé un cinq à sept, le 11 fé­vrier der­nier, au Best Wes­tern. Sur la pho­to,

on re­con­naît Louise Lau­zon, Jacques Des Bec­quets, Jean-Marc Elie, Elise Edi­mo, Bri­gitte Du­guay Lan­glais et Éric Gé­nier.

pho­to Francis Ra­cine

La co­or­don­na­trice du Ré­seau de sou­tien à l’im­mi­gra­tion fran­co­phone de l’est de l’On­ta­rio,

Bri­gitte Du­guay Lan­glais.—

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