Re­tour en Afrique

Le Carillon - - La Une - STÉ­PHANE LA­JOIE ste­phane.la­joie@eap.on.ca

Quelque 18 ans après avoir tra­vaillé six mois comme in­fir­mière com­mu­nau­taire en Ré­pu­blique du Con­go, Yvette Larocque re­tour­ne­ra sur le con­tinent afri­cain cet été, pour un voyage d’ex­plo­ra­tion au Dji­bou­ti et en Éthio­pie.

Quelque 18 ans après avoir tra­vaillé six mois comme in­fir­mière com­mu­nau­taire en Ré­pu­blique du Con­go, Yvette Larocque re­tour­ne­ra sur le con­tinent afri­cain cet été, pour un voyage d'ex­plo­ra­tion au Dji­bou­ti et en Éthio­pie, au sein de l'As­so­cia­tion ca­na­dienne pour la pro­mo­tion des hé­ri­tages afri­cains (ACPHA).

« Il s'agi­ra d'un pre­mier voyage là-bas pour je­ter les bases de nos pro­jets, ren­con­trer les gens, ex­plo­rer les be­soins et voir ce qu'il ya à ac­com­plir, a in­di­qué l'in­fir­mière et en­sei­gnante au Centre d'édu­ca­tion et de for­ma­tion de l'Est on­ta­rien à Haw­kes­bu­ry. Là­bas, nous al­lons ha­bi­ter avec des membres de l'As­so­cia­tion Dji­bou­ti na­ture, qui s'oc­cupe de la pro­tec­tion de la faune et de la flore, en plus d'avoir des pro­jets au ni­veau de la san­té et de l'édu­ca­tion des po­pu­la­tions. »

Ori­gi­naire de La­chute, Yvette Larocque ha­bite à Plan­ta­ge­net de­puis près de 20 ans et a tra­vaillé 11 ans à l'Hô­pi­tal gé­né­ral de Haw­kes­bu­ry, en plus d'ai­der les gens dans les dif­fé­rents foyers de la ré­gion. Vou­lant tou­jours par­ta­ger ses connais­sances, elle a en­sei­gné aux adultes pen­dant 11 ans à Ot­ta­wa et conti­nue de le faire à Haw­kes­bu­ry. Son pre­mier voyage en Afrique a chan­gé sa vi­sion de la vie en com­mu­nau­té, l'ame­nant a re­le­ver des dé­fis pour ai­der ceux dans le be­soin.

« En 1988, je tra­vaillais avec les in­fir­mières com­mu­nau­taires au Con­go, à faire la tour­née des vil­lages afin d’ai­der les gens avec la ges­tion des eaux usées, la pro­tec­tion contre les mous­tiques et aus­si un vo­let nu­tri­tion, s'est-elle rap­pe­lée. À l'époque, dans un des vil­lages, j'étais la pre­mière blanche qu'ils voyaient. Cer­tains vil­lages n'avaient pas l'eau cou­rante et c'était les en­fants qui mar­chaient des ki­lo­mètres avec le seau d'eau sur la tête, par­fois pen­dant deux heures, pour rap­por­ter de l'eau à la mai­son. Le ter­rain était ac­ci­den­té et nous vou­lions faire des ca­na­li­sa­tions pour ame­ner l'eau au vil­lage, mais nous n'avons pas pu y re­tour­ner en rai­son de la guerre. Nous avions aus­si trans­for­mé cinq am­bu­lances en cli­niques am­bu­la­toires, mais tout a bas­cu­lé avec la guerre et le dis­pen­saire a été aban­don­né et les gens tués. »

Mal­heu­reu­se­ment, la pau­vre­té af­flige

en­core bien des ré­gions sur le con­tinent afri­cain, où le manque de res­sources et les mal­ver­sa­tions éco­no-so­ciales plongent les col­lec­ti­vi­tés ru­rales dans un cercle vi­cieux. Le fos­sé social et éco­no­mique est grand entre les élites de la ville et les po­pu­la­tions pauvres des bi­don­villes et des vil­lages. Face à cette si­tua­tion, l'ACPHA, dont Yvette Larocque est membre-fon­da­trice, veut contri­buer à l'amé­lio­ra­tion de l'infrastructure ru­rale avec une édu­ca­tion conti­nue et une sen­si­bi­li­sa­tion ac­crue.

« Je se­rai ac­com­pa­gnée de deux col­lègues en­sei­gnants, Jean- Gar­dy Du­mou­lin, qui est spé­cia­li­sé en ges­tion de l'eau et en ur­ba­nisme, et Ab­di Bi­leh Di­rir, qui est lui-même Dji­bou­tien, et qui s'oc­cu­pe­ra du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et social, ar ajou­té Yvette Larocque. I ly adé­jà des pro­jets de sta­tions d'eau, où les gens du vil­lage peuvent s'ap­pro­vi­sion­ner, se la­ver et al­ler aux toi­lettes, qui doivent être faits. Il y a éga­le­ment un grand be­soin au ni­veau de l'édu­ca­tion des en­fants et la construc­tion d'une école pri­maire et se­con­daire est un autre pro­jet. À plus long terme, la for­ma­tion d'en­sei­gnants et la pé­da­go­gie se­ront des dé­fis éga­le­ment. »

Pe­tit pays cô­tier de l'Est, le Dji­bou­ti est un im­por­tant port de ra­vi­taille­ment et pro­duc­teur de sel. Un pays ma­jo­ri­tai­re­ment mu­sul­man, le fran­çais y est tout de même très ré­pan­du, le ter­ri­toire étant une an­cienne co­lo­nie fran­çaise. L'ac­cès aux soins de san­té y est li­mi­té en ré­gion et l'es­pé­rance de vie n'y est que de 63 ans. Même si 18 ans ont pas­sé, Yvette Larocque y re­trou­ve­ra cer­taines des mêmes pro­blé­ma­tiques qu'au Con­go. Pa­reille­ment en Éthio­pie, un pays consi­dé­ré comme le ber­ceau de l’hu­ma­ni­té, où 90 mil­lions d'ha­bi­tants ont pas­sé au tra­vers de nom­breuses fa­mines, cau­sées en par­tie par leur agriculture de sub­sis­tance for­te­ment in­fluen­cée par les condi­tions cli­ma­tiques.

« Par­fois, ça ne prend qu'un coup de pouce pour dé­mar­rer quelque chose, comme la fois où nous avions ap­por­té un pe­tit ro­to­cul­teur pour créer un jar­din com­mu­nau­taire, a-t-elle dit. Ce­la leur a per­mis d'avoir leurs propres to­mates et de faire la cui­sine sans avoir à al­ler en ville. Aus­si, le Dji­bou­ti a une po­pu­la­tion vieillis­sante et cer­tains pré­ju­gés, ali­men­tés par l'igno­rance, rendent la si­tua­tion dif­fi­cile pour les per­sonnes âgées et les han­di­ca­pés. C'est à ce ni­veau que la for­ma­tion et l'en­sei­gne­ment se­ront aus­si très im­por­tants. »

Le voyage de juillet en Afrique se­ra un moyen pour Yvette Larocque de re­con­nec­ter avec des en­jeux in­ter­na­tio­naux, des dé­fis qui ont chan­gé sa vi­sion du monde et qui l'ont ame­né à mieux ap­pré­cier les ser­vices d'ici et leur im­por­tance.

« Nous sommes chan­ceux ici et ai­der les gens là­bas m'a per­mis de mieux ai­der ceux ici, a-t-elle conclu. Main­te­nant, je suis prête à y re­tour­ner, car j'ai ce dé­sir en moi de les ai­der et de faire avan­cer les choses. J'avais mis les voyages dans mes ti­roirs après la guerre et mon but se­rait de me consa­crer à de tels pro­jets lorsque je pren­drai ma re­traite dans quelques an­nées. J'ai beau­coup à of­frir et je veux de tout mon coeur ai­der ces gens. »

—pho­to Sté­phane La­joie

Cet été, l'in­fir­mière et en­sei­gnante Yvette Larocque re­tour­ne­ra en Afrique pour ai­der les com­mu­nau­tés ru­rales, comme elle

l'avait fait dans les an­nées 1980.

Yvette Larocque avec des en­fants et fa­milles lors de l'une

de ses vi­sites dans un vil­lage du Con­go, en 1988.

pho­to UNI­CEF

L’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau est un dé­fi quo­ti­dien dans cer­taines ré­gions du Dji­bou­ti,

où la sé­che­resse a ta­ri les puits.—

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