Da­nielle Du­plan­tie : une femme qui s’as­sume

Le Carillon - - News - ÉLISE MER­LIN elise.mer­lin@eap.on.ca

Che­veux courts, sou­rire aux lèvres, te­nue dé­con­trac­tée, mais chic… Da­nielle Du­plan­tie, âgée de 61 ans, est une femme bien dans sa peau. C’est une femme en­thou­siaste qui conta­mine sa bonne hu­meur lorsque l’on s’en­tre­tient avec elle. On lui confi­rait avec plai­sir ses se­crets. Elle laisse le sou­rire aux lèvres de bien des per­sonnes qui croisent sa route.

Très ac­tive au sein de la com­mu­nau­té, Da­nielle Du­plan­tie a gran­di à Haw­kes­bu­ry jus­qu’à l’âge de 10 ans. Elle a fré­quen­té l’école l’As­somp­tion, si­tuée sur la rue Ca­me­ron. C’est d’ailleurs là qu’a gran­di cette femme, aux ongles ver­nis de cou­leur jaune paille­tée, a gran­di. Ses pa­rents avaient une mai­son si­tuée sur la rue Ca­me­ron, son père, Jé­rôme, était en­sei­gnant de for­ma­tion, mais tra­vaillaient au ser­vice de la paie à la CIP, et sa mère était une en­sei­gnante. Mais comme c’était sou­vent l’ha­bi­tude à l’époque, sa mère ar­rê­ta de tra­vailler lors­qu’elle s’est ma­riée à 21 ans.

« Je suis et je se­rai tou­jours une fille de Haw­kes­bu­ry. C’est ma ville de coeur. J’y ai pas­sé des mo­ments for­mi­dables avec ma soeur. J’avais beau­coup d’amis… c’étaient mes cou­sins », confie Mme Du­plan­tie. Son père est le der­nier d’une fa­mille de 13 en­fants. Des cou­sins, Da­nielle en a donc beau­coup. « J’avais quelques cou­sins dans la ré­gion, on les vi­si­tait sou­vent. J’ai gran­di au­près d’eux à Haw­kes­bu­ry. C’étaient mes amis avec qui je jouais », pour­suit-elle.

L’un de ses meilleurs sou­ve­nirs de jeu­nesse à Haw­kes­bu­ry c’est, entre autres, lors­qu’elle a joint les Jean­nettes à l’âge de 8 ans. « J’étais at­ti­rée par l’uni­forme des Jean­nettes, et le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à un groupe me plai­sait énor­mé­ment. On était im­por­tante, c’était va­lo­ri­sant » ex­plique-telle. Elle l’ex­prime sans hé­si­ta­tion qu’elle a eu une jeu­nesse heu­reuse. Mais le choc de sa vie a été en 1962 lorsque, à l’âge de 10 ans, elle quitte Haw­kes­bu­ry.

Un jour, son oncle ap­pelle à la mai­son pour pro­po­ser à son père un poste d’en­sei­gnant à l’École se­con­daire de Corn­wall, son père ac­cepte ra­pi­de­ment et la fa­mille part en dé­cembre 1962 s’ins­tal­ler à Corn­wall. « C’était le choc de ma vie, je ne par­lais pas an­glais, et tous les élèves de mon école par­laient an­glais. J’étais per­due au dé­but dans cette foule an­glo­phone. Ce fut un choc cultu­rel », confie-t-elle. Mais elle va se sur­pas­ser, tra­vailler, et lire dans la langue de Sha­kes­peare, pour ap­prendre cette langue qu’elle ne connaît pas. « Les notes étaient très im­por­tantes pour mes pa­rents. En plus, ils sont tous les deux en­sei­gnants, il fal­lait que j’ob­tienne de bonnes notes » ex­plique Da­nielle.

Ce cha­pitre plus dif­fi­cile de sa vie, elle va le vaincre avec cou­rage et à la fin du se­con­daire, elle pour­suit ses études en ob­te­nant un di­plôme de for­ma­tion des maîtres. Elle de­vient d’ailleurs en­sei­gnante à l’élé­men­taire du­rant sa car­rière pro­fes­sion­nelle à Corn­wall. Puis elle s’in­té­res­se­ra aux pro­blèmes d’ap­pren­tis­sage liés à cer­tains élèves et de­vien­dra conseillère pé­da­go­gique. Puis, à l’ap­proche de la re­traite, elle monte les grades, et de­vient di­rec­trice de l’École ca­tho­lique Jean XXII de Corn­wall.

Pour cette pas­sion­née de la langue fran­çaise, la fa­mille c’est sa­crée, ce qui ex­plique, le lien si par­ti­cu­lier qu’elle en­tre­tien avec ses propres en­fants. Elle est mère d’une fille, Ma­rie-An­drée, 38 ans et d’un gar­çon, Yves, âgé de 34 ans. Yves ha­bite la ré­gion, et sa fille, c’est en Nouvelle-Zé­lande qu’elle a po­sé ses va­lises et qu’elle s’est ma­riée.

Da­nielle a une per­son­na­li­té aty­pique, elle est créa­tive, ses pas­sions sont cen­trées sur l’art et la dé­cou­verte.

Elle a voya­gé un peu par­tout : Eu­rope, Nouvelle-Zé­lande, États-Unis à plu­sieurs re­prises, c’est une aven­tu­rière.

Elle peint, elle lit beau­coup, elle adore le théâtre, elle a fi­na­le­ment un goût pro­non­cé pour les arts. Co­mé­dienne à ces heures au sein de l’Amal­game, elle a par­ti­ci­pé à plu­sieurs pièces de théâtre comme

de Mi­chel Trem­blay; elle s’est vu at­tri­buer le rôle de la dame en fau­teuil rou­lant. La pho­to­gra­phie est aus­si l’un de ses passe-temps.

Da­nielle est at­ti­rée par les nou­veau­tés. Un brin hy­per­ac­tive, lors­qu’elle prend sa re­traite, pas ques­tion de s’en­nuyer. Elle dé­cide de de­ve­nir fa­mille d’ac­cueil pour un pro­gramme d’échanges d’élèves. Elle ouvre sa mai­son à deux élèves échange de la Chine qui fré­quentent l’École se­con­daire de Corn­wall. Les deux « filles adop­tives » de Da­nielle viennent de la ré­gion de Har­bin, si­tuée dans le Nord Est de la Chine. Le but pour ces deux élèves est de per­fec­tion­ner leur an­glais. Elles se sur­nomment Jen­ni­fer et Snow, des pré­noms an­glo­phones leur ont été at­tri­bués du­rant cet échange.

« Je suis heu­reuse d’ac­cueillir chez moi ces deux élèves échanges. Une agence in­ter­na­tio­nale tra­vaille avec des conseils sco­laires ca­na­diens dans le but d’al­ler cher­cher des étu­diants échange dans le monde en­tier (…) Des gens de par­tout viennent chez moi, car le conseil sco­laire peut très bien at­tri­buer, dans les foyers, des élèves du Bré­sil, de l’Ita­lie », ex­plique Da­nielle Du­plan­tie. Jen­ni­fer vit de­puis main­te­nant un an chez Da­nielle, et Snow est ar­ri­vée de­puis cette an­née. « J’es­saie de les faire par­ler une autre langue que le man­da­rin, à la mai­son, elles parlent an­glais », ex­plique Da­nielle.

Da­nielle Du­plan­tie est aus­si à l’ori­gine du concours LOL, qui connaît un vé­ri­table suc­cès de­puis sa créa­tion. « Je suis très fière de ce pro­jet, c’est l’une de mes fier­tés » avoue Da­nielle. Le but était de trou­ver des jeunes qui pou­vaient ma­ni­fes­ter leur amour de la langue fran­çaise par le biais de l’hu­mour. « Près de 80 élèves se sont ins­crits, ils ont très vite réa­li­sé que l’hu­mour c’était du tra­vail. Pour moi c’est aus­si im­por­tant de dé­mon­trer que dans l’On­ta­rio fran­çais que nous sommes ca­pables de faire de belles choses », ex­plique Mme Du­plan­tie.

Le pre­mier concours LOL fut un vé­ri­table suc­cès. « La salle du col­lège était rem­plie, des cen­taines de per­sonnes sont ve­nues à la re­pré­sen­ta­tion, il y avait qua­si­ment plus de sièges vides pour la fi­nale », ex­plique Da­nielle.

Elle pour­suit en sou­le­vant l’en­ga­ge­ment du per­son­nel en­sei­gnant et des autres per­sonnes qui ont contri­bué pour me­ner à bien le concours

« Tout le monde a em­bar­qué dans le pro­jet, cha­cun a mis la main à la pâte, et en­core au­jourd’hui ce­la se pour­suit. C’est en­cou­ra­geant, on va sou­hai­ter que le suc­cès conti­nu, car en 2017, nous al­lons avoir un concours pro­vin­cial dans le cadre du 150ème an­ni­ver­saire du Ca­na­da », ex­plique Da­nielle.

Cette femme, peu ba­nale, confie son at­ti­rance pour les gens ori­gi­naux, qui n’ont pas peur de faire leur marque, elle est en­ga­gée au sein de quatre conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, dont L’As­so­cia­tion ca­na­dienne-fran­çaise de l’On­ta­rio (ACFO) de Stor­mont, Dun­das et Glen­gar­ry ; l’Amal­game qui est un groupe de théâtre de lec­ture et d’écri­ture ; La Cli­nique ju­ri­dique et la Gé­néa­lo­gie et Ar­chives StLaurent, qui est un groupe des­ti­né à faire des re­cherches sur la gé­néa­lo­gie. Da­nielle est aus­si membre de trois co­mi­tés fran­co­phones et du Club Ri­che­lieu.

Cette femme libre, dont le sou­rire lu­mi­neux et la gé­né­ro­si­té conta­gieuse ir­ra­dient l’en­tou­rage, est une femme tout sim­ple­ment bien dans sa peau.

Da­nielle Du­plan­tie en com­pa­gnie de ses deux élèves échanges.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.