Spé­cial Jour du Sou­ve­nir : pour ne ja­mais ou­blier

Images d’arhives de la ré­gion; en­tre­vue avec le vé­té­ran Ralph El­lis; com­mé­mo­ra­tions.

Le Carillon - - News - ÉLISE MER­LIN elise.mer­lin@eap.on.ca

L’an­née 2016 est celle du 72e an­ni­ver­saire du dé­bar­que­ment. En amont des com­mé­mo­ra­tions qui au­ront lieu dans les villes et vil­lages de la ré­gion, nous vous pro­po­sons cette se­maine un témoignage d’un de ceux qui ont par­ti­ci­pé à la li­bé­ra­tion de plu­sieurs pays.

Un petit re­tour en ar­rière en sep­tembre 1939. Le Canada pro­clame l’état de guerre et se porte à la dé­fense de ses al­liés. Le pays en­gage toutes ses res­sources hu­maines, in­dus­trielles et fi­nan­cières dans un ef­fort de guerre conti­nu et mo­bi­lise la plus puis­sante force mi­li­taire de son his­toire. Sur les mers, sur terre et dans les airs, le Canada par­ti­cipe aux grandes cam­pagnes qui pro­vo­que­ront la ca­pi­tu­la­tion de l’Al­le­magne et le re­tour à la paix.

Les mi­li­taires ca­na­diens ont joué un rôle im­por­tant dans l’ef­fort de guerre des Al­liés en étant dé­ployés sur tous les fronts dont l’Ita­lie, l’Eu­rope du Nord, l’Afrique du Nord, Hong Kong et les îles Aléou­tiennes. Le Canada a été très ac­tif dans la dé­fense des routes ma­ri­times de l’At­lan­tique Nord et la Ma­rine mar­chande ca­na­dienne a com­plé­té plus de 25 000 voyages trans­at­lan­tiques.

Ce sont, en tout, quelque 1,1 mil­lion de Ca­na­diens qui ont ser­vi dans l’une des trois forces ar­mées ou avec les forces al­liées au cours des six ans que du­ra la Se­conde Guerre mon­diale. Il est vrai que les vé­té­rans ont tou­jours oc­cu­pé une grande place dans l’es­prit et le coeur des Ca­na­diens, peut-être parce qu’ils in­car­naient le sa­cri­fice d’une guerre ter­rible. Voi­ci deux por­traits de vé­té­rans, ori­gi­naires de la ré­gion.

La guerre se dé­clare en 1939 et l’âge mi­ni­mum re­quis est 18 ans pour pou­voir s’en­rô­ler. En­vi­ron 700 000 Ca­na­diens qui ont ser­vi dans les forces ar­mées du­rant la Se­conde Guerre mon­diale étaient âgés de moins de 21 ans.

Cer­tains gar­çons âgés de 13 ans ont men­ti sur leur âge et ten­té de s’en­rô­ler. Ceux qui avaient l’air plus vieux réus­sis­saient à le faire. D’autres, qui ne pou­vaient pas en­trer dans les forces ar­mées, ont sou­te­nu l’ef­fort de guerre au­tre­ment; ils se sont en­rô­lés dans la ma­rine mar­chande afin de trans­por­ter des troupes et du ra­vi­taille­ment outre-mer.

Ralph El­lis, vé­té­ran de la Se­conde Guerre mon­diale, est ori­gi­naire de L’Ori­gnal. M. El­lis a main­te­nant 93 ans. Il a dé­ci­dé de s’en­rô­ler très jeune, comme il le ra­conte avec beau­coup d’émo­tion. Il nous lais­se­ra en­tendre qu’il n’avait pas peur de l’en­ne­mi, c’est à dire les Al­le­mands.

« En jan­vier 1942, je suis par­ti faire la guerre, je vou­lais ai­der mon pays, être un homme pa­trio­tique, je n’avais pas peur de mou­rir », a ra­con­té M. El­lis. Lui aus­si, il n’hé­site pas à men­tir sur son âge pour pou­voir par­tir au front. « J’avais à peine 18 ans lorsque j’ai vou­lu m’en­rô­ler. J’ai dit mon âge à l’of­fi­cier qui re­cru­tait les sol­dats, il m’a ré­pon­du : Non mon­sieur, il faut être âgé de 19 ans pour al­ler dans ce ré­gi­ment! L’of­fi­cier ne me re­gar­dait même pas. J’étais tel­le­ment dé­ter­mi­né que j’ai re­mis mon bé­ret, mon man­teau et j’ai été re­faire la ligne. Lorsque je suis ar­ri­vé pour la se­conde fois de­vant l’of­fi­cier, il a ré­pé­té sa ques­tion ha­bi­tuelle : Quel âge avez-vous ? Et cette fois-ci j’ai ré­pon­du, avec dé­ter­mi­na­tion, j’ai 19 ans mon­sieur. Je suis donc par­ti pour la guerre peu de temps après, a confié M. El­lis. Je suis d’abord al­lé en An­gle­terre et à par­tir de 1943, j’ai fait la cam­pagne d’Ita­lie où je suis res­té un an et de­mi. J’étais sol­dat com­bat­tant et en plus de ce­la, j’ai­dais dans la construc­tion des ponts », a ex­pli­qué M. El­lis.

En 1942, Ralph El­lis se re­trouve donc au front à titre de sol­dat com­bat­tant. Comme lui, ils se­ront des mil­liers à ris­quer leur vie aveu­glé­ment. Plu­sieurs mil­liers de morts par jour, ain­si que des bles­sés, la vie était un bien pré­cieux et fra­gile. Des sou­ve­nirs mar­quants de cette guerre, Ralph El­lis n’en manque pas. En 1943, il part pour l’Ita­lie, où il res­te­ra du­rant un an et de­mi. Du­rant la cam­pagne d’Ita­lie, il connaî­tra plu­sieurs grosses ba­tailles, comme par exemple la ba­taille mar­quante de Monte Cas­si­no qui a du­ré du 17 jan­vier au 19 mai 1944. En­vi­ron 70 000 hommes y ont d’ailleurs pé­ri.

« Les Al­le­mands étaient en haut des fa­laises, les Po­lo­nais et les Ca­na­diens es­sayaient d’at­teindre le haut des fa­laises, mais les Al­le­mands nous ti­raient des­sus. Des Amé­ri­cains et des Po­lo­nais réus­sis­saient à mon­ter en haut grâce aux sol­dats ca­na­diens. Nous guet­tions les en­ne­mis. Nous pro­té­gions les sol­dats pour qu’ils puissent mon­ter en

haut des fa­laises », a ex­pli­qué M. El­lis.

Ralph El­lis nous livre l’un de ses sou­ve­nirs mé­mo­rables du­rant la ba­taille de Monte Cas­si­no. « J’étais en­voyé par mon Ma­jor pour dé­ployer un of­fi­cier avec des hommes que je de­vais conduire au front avec ma Jeep, a ra­con­té M. El­lis. Jus­qu’ici tout va bien, mais très vite, des hommes hur­laient en di­rec­tion de toutes les jeeps pour qu’elles puissent s’en­le­ver du che­min. Nous avons dû nous sta­tion­ner sur le cô­té de la route, nous en­ten­dions des si­rènes, des cris, il y avait plein de si­gnaux qui nous an­non­çaient qu’une voi­ture de­vait pas­ser avec un homme im­por­tant. J’ai vu pas­ser, de­vant mes yeux, cette fa­meuse voi­ture qui avait blo­qué toute la route et je me sou­vien­drai tou­jours de ce mo­ment. L’homme qui était dans cette fa­meuse voi­ture était nul autre que Chur­chill. Il par­tait au front, c’était un homme brave qui n’avait pas peur d’al­ler au front », a ra­con­té Ralph El­lis avec beau­coup d’émo­tion.

Son plus dur sou­ve­nir, c’est du­rant la ba­taille d’Or­to­na, en Ita­lie. M. El­lis ra­conte avec nos­tal­gie que du­rant cette Se­conde Guerre mon­diale, il fal­lait tuer le plus d’Al­le­mands pos­sible. « Si c’est pas les Al­le­mands qui te tuent, c’est à toi de les tuer, a confié M. El­lis, main­te­nant âgé de 93 ans. Un jour à Or­to­na, nous avons dû rem­plir une mai­son de dy­na­mite. C’était une grosse mai­son pleine d’Al­le­mands qui y ve­naient. Nous avons ins­tal­lé les ex­plo­sifs, at­ten­du que les Al­le­mands ar­rivent dans la mai­son et fait ex­plo­ser la mai­son. Ce­la m’a bou­le­ver­sé, même si c’était les en­ne­mis nu­mé­ro 1 », a li­vré M. El­lis.

Des em­bus­cades, des construc­tions de ponts dans le but de chas­ser les Al­le­mands, des ba­tailles, Ralph El­lis en a fait de nom­breuses. Un sou­ve­nir lui re­vient et son sou­rire ré­ap­pa­raît lors­qu’ il ra­conte ce beau sou­ve­nir qui lui est ar­ri­vé en 1943 en Ita­lie.

« Un jour, j’étais per­du en Ita­lie. Je ne sa­vais pas dans quelle ville j’étais ren­du. J’ai croi­sé, sur mon che­min, un mon­sieur qui sem­blait ha­bi­ter la ville. Je lui ai de­man­dé : Où sommes-nous mon­sieur ? Il m’a ré­pon­du : Vous n’êtes pas ca­tho­lique mon jeune gar­çon. J’ai donc ré­pon­du non et ce n’est pas ma ques­tion. Le mon­sieur a sou­ri et m’a dit : Tu es à As­sise et ce bâ­ti­ment est l’église de Saint-Fran­çois d’As­sise », a ex­pli­qué Ralph El­lis.

Le mon­sieur, qui s’est avé­ré être un prêtre, a de­man­dé à Ralph El­lis de le suivre dans l’église pour la vi­si­ter. « J’ai dit au mon­sieur, je n’ai pas le temps de vi­si­ter une église, je dois al­ler faire la guerre. Ce sou­ve­nir m’a mar­qué car le prêtre a ajou­té : La guerre peut at­tendre, viens avec moi ! J’ai donc vu de ma­gni­fiques choses dans cette po­pu­laire église, tout était ma­gni­fique, c’est là qu’était le corps de Saint-Fran­çois d’As­sise », a conclu M. El­lis.

—pho­to Élise Mer­lin

Ici, Ralph El­lis de L’Ori­gnal, un an­cien com­bat­tant de la Se­conde Guerre mon­diale

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