« J'ai com­pris pour­quoi je fonc­tion­nais dif­fé­rem­ment des autres »

Le Carillon - - News - ÉLISE MER­LIN elise.mer­lin@eap.on.ca

Mé­la­nie Ville­neuve, 37 ans, a été diag­nos­ti­quée As­per­ger il y a seule­ment deux ans. À l’oc­ca­sion de la jour­née mon­diale de sen­si­bi­li­sa­tion à l’au­tisme, cette ré­si­dente d’Al­fred a li­vré un dis­cours, ven­dre­di dernier à Em­brun, lors du le­ver du dra­peau. L’évè­ne­ment était or­ga­ni­sé par le Re­grou­pe­ment Au­tisme Pres­cott et Rus­sell avec la mu­ni­ci­pa­li­té de Rus­sell. Mme Ville­neuve brise les pré­ju­gés sur le syndrome d’As­per­ger. Voi­ci son té­moi­gnage.

« J’ai été diag­nos­ti­qué As­per­ger à 35 ans, après des an­nées d’er­rance de diag­nos­tics. L’au­tisme est connu de­puis les an­nées 1950, mais c’était les au­tistes mo­dé­rés à sé­vères qui étaient diag­nos­ti­qués. Les femmes As­per­ger passent sou­vent comme non dé­tec­tée dans le sys­tème. Il y a plus de gar­çons que de filles en temps nor­mal qui sont diag­nos­ti­qués. Par­fois, des filles passent leur vie à ne pas être diag­nos­ti­quées, ou alors at­tendent plu­sieurs an­nées. Nos symp­tômes ne sont par­fois pas évi­dents à dé­tec­ter », a ex­pli­qué Mme Ville­neuve.

Pour Mé­la­nie Ville­neuve, ce diag­nos­tic a été li­bé­ra­teur. Elle a en­fin pu mettre un mot sur sa dif­fé­rence. Pour beau­coup d’autres au­tistes diag­nos­ti­qués à l’âge adulte, il s’agit avant tout d’un sou­la­ge­ment. « J'ai com­pris pour­quoi je fonc­tion­nais dif­fé­rem­ment des autres, pour­quoi ce qui était com­pli­qué pour les autres était fa­cile pour moi, et in­ver­se­ment », a in­di­qué Mme Ville­neuve.

Le syndrome d'As­per­ger est un trouble du spectre de l'au­tisme ou trouble en­va­his­sant du dé­ve­lop­pe­ment, qui se ca­rac­té­rise, comme les autres formes d'au­tisme, par des dif­fi­cul­tés si­gni­fi­ca­tives dans les in­ter­ac­tions so­ciales as­so­ciées à des in­té­rêts res­treints ou des com­por­te­ments ré­pé­ti­tifs.

« J’ai beau­coup de connais­sances aca­dé­miques, mais au ni­veau au­to­no­mie, je vais avoir des la­cunes et so­cia­le­ment aus­si. On a ten­dance à uti­li­ser des plus grands mots ou des mots plus spé­ci­fiques. Les gens nous trouvent par­fois bi­zarres. Il y a l’au­tisme sé­vère, mo­dé­ré ou lé­ger et non ver­bal. Moi je suis un cas lé­ger et je suis ver­bal. Si quel­qu’un passe une se­maine chez nous, il va se rendre compte de la dif­fé­rence avec une autre personne », a rap­por­té Mme Ville­neuve.

Les re­la­tions so­ciales peuvent de­ve­nir épui­santes pour cer­tains au­tistes qui ont de la dif­fi­cul­té à créer des liens, à com­prendre l'im­pli­cite et qui parlent pour ne rien dire. « Mais j'ai une ca­pa­ci­té de concen­tra­tion bien su­pé­rieure à la moyenne, sur les su­jets qui m'in­té­ressent, et je suis donc ca­pable d'abattre énor­mé­ment de tra­vail en peu de temps.

Les au­tistes fonc­tionnent dans les ex­trêmes : nous avons cer­taines dif­fi­cul­tés, mais aus­si d’hy­per com­pé­tences, a ex­pli­qué Mme Ville­neuve. Chaque au­tiste est dif­fé­rent. Cer­tains aiment les arts, l’ex­cen­tri­ci­té, on est des gens avec une bonne mé­moire. Sou­vent, on a as­so­cié à l’au­tisme des troubles d’an­xié­té. Je suis an­xieuse, je prends des mé­di­ca­ments pour ça », a-t-elle ajou­té.

De très bonnes ca­pa­ci­tés au ni­veau aca­dé­mique

Au ni­veau sco­laire, Mé­la­nie Ville­neuve n’a ja­mais connu de vé­ri­tables dif­fi­cul­tés. Elle a ef­fec­tué son se­con­daire tout en main­te­nant la moyenne au ni­veau aca­dé­mique. « Quand j’étais pe­tite, j’étais sou­vent dis­per­sée. J’avais pas tou­jours les mots pour m’ex­pri­mer. Ce­la tombe sur les nerfs. Là je le com­prends, car ma fille est comme moi, à mon âge. J’étais dans la moyenne aca­dé­mique, mais je n’avais pas d’amis. J’ai eu très peu d’amis de la ma­ter­nelle au se­con­daire », a-t-elle confié.

Mé­la­nie Ville­neuve a en­suite va­li­dé ses deux an­nées col­lé­giales pour de­ve­nir tech­ni­cienne en géo­lo­gie, car à l’âge de sept ans, elle dé­ve­loppe une vé­ri­table pas­sion pour les di­no­saures. C’est en­suite le che­min de l’uni­ver­si­té à do­mi­cile, pour étu­dier l’an­thro­po­lo­gie, qu’elle prend, mais qu’elle ar­rê­te­ra

au bout de quelques an­nées lors­qu’elle de­vient en­ceinte de son premier en­fant, sa fille Alexie.

« J’ai deux en­fants, Alexie, neuf ans et An­toine, huit ans, qui ont été diag­nos­ti­qués au­tistes aus­si. Nous avons dû ap­prendre à vivre tous les trois en­semble, car je me suis sé­pa­rée très tôt d’avec leur père », a in­di­qué Mme Ville­neuve. Son fils An­toine a été le premier à être diag­nos­ti­qué à l’âge de trois ans. « Il ne com­mu­ni­quait pas, ne par­lait pas, on al­lait chez l’or­thop­tiste, l’er­go­thé­ra­peute pour les deux, car les deux avaient un re­tard de lan­gage, de com­pré­hen­sion », a raconté Mme Ville­neuve.

C’est après quelques vé­ri­fi­ca­tions que Mé­la­nie Ville­neuve se rend compte que ses en­fants ont tous les symp­tômes de l’au­tisme et plus tard les mé­de­cins confir­me­ront les ré­sul­tats. « Mon pe­tit ali­gnait toutes les voi­tures, je ne pou­vais pas les dé­pla­cer si­non c’était la crise », a af­fir­mé Mme Ville­neuve. Sa fille Alexie est, quant à elle, diag­nos­ti­quée pour des troubles de l’at­ten­tion et d’hy­per­ac­ti­vi­té avec une lé­gère dé­fi­cience et d’un trouble du spectre de l’au­tisme.

Une vie de tous les jours bien mou­ve­men­tée

« Nous vi­vons dans une mai­son où il ne faut pas faire trop de désordre, parce que je ca­pote, et pas trop bien or­don­né, car je ne suis pas bien non plus. Il faut que ce soit entre le style cha­let et le style cam­ping, a-telle pour­sui­vi. Quand c’est trop propre, je ne suis pas à l’aise et si c’est trop désor­don­né, je ne suis pas bien non plus. »

Le quo­ti­dien n’a pas été tou­jours fa­cile pour cette fa­mille dont la vie a été mou­ve­men­tée à plu­sieurs re­prises. « Quand mes en­fants étaient pe­tits, ils n’avaient au­cune no­tion du dan­ger, ils criaient, ils cra­chaient, ils pou­vaient ta­per sur la table. Ils pou­vaient faire des crises par­fois. Ils met­taient par terre tout ce qu’il y avait sur la table », a confir­mé la jeune mère mo­no­pa­ren­tale.

Mé­la­nie Ville­neuve ad­met que son fils était par­fois plus agres­sif que sa fille. C’est grâce à des aides et la prise de mé­di­ca­ments tem­po­raires que les choses se sont adou­cies dans leur fa­mille. Mé­la­nie Ville­neuve se change les idées et s’évade lors­qu’elle se re­trouve avec ses nou­velles pas­sions. «

À 35 ans, je ne sais pas pour­quoi, j’ai chan­gé de pas­sion. Ce ne sont plus les di­no­saures, mais l’ar­ti­sa­nat au­toch­tone. J’ai com­men­cé par faire des des­sins à main le­vée. Je fais de la pein­ture sur de l’écorce de bou­leau, sur des bûches, je fa­brique aus­si des cap­teurs de rêves et des ob­jets avec du cuir », a conclu Mme Ville­neuve.

—pho­to four­nie

Mé­la­nie Ville­neuve avec ses en­fants, Alexie et An­toine

—pho­to Élise Mer­lin

Mé­la­nie Ville­neuve a 37 ans, elle a été diag­nos­ti­quée As­per­ger à l’âge de 35 ans

—pho­to four­nie

Mé­la­nie Ville­neuve est pas­sion­née par l’art, elle tient ici l’une de ses oeuvres

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