Le par­cours aty­pique du pas­teur Yank

Ta­touages au bras, franc-par­ler, c’est dans son bu­reau du Centre Ch­ré­tien-Viens et Vois qu’il livre sans dé­tour son ré­cit, l’his­toire d’une vie qui au­rait pu très mal fi­nir.

Le Carillon - - La Une - ÉLISE MER­LIN elise.mer­lin@eap.on.ca

Le pas­teur pen­te­cô­tiste James Yank, du Centre Ch­ré­tien Viens et Vois, est né à Du­ha­mel, dans une fa­mille de cinq en­fants. Éle­vé par un père al­coo­lique et par une mère conflic­tuelle, il a bien failli ne ja­mais de­ve­nir pas­teur, mais plu­tôt dé­lin­quant. Con­nu pour son franc-par­ler et sa gé­né­ro­si­té, il porte un re­gard réa­liste et mo­derne sur notre monde. C’est dans son bu­reau du Centre Ch­ré­tien Viens et Vois qu’il livre sans dé­tour son ré­cit, l’his­toire d’une vie qui au­rait pu très mal fi­nir.

On peut dire, en écou­tant son ré­cit, que James Yank a eu deux vies. Né dans un foyer où les pro­blèmes et les in­cer­ti­tudes do­mi­naient, James Yank a dû sus­pendre ses études se­con­daires pour pou­voir ga­gner sa vie et avoir une cer­taine au­to­no­mie. « Je de­vais tra­vailler et payer un loyer si je vou­lais de­meu­rer chez mes pa­rents. Je tra­vaillais de 18 hà 2 h et en­suite, il fal­lait que je me lève pour al­ler à l’école. Au bout de six mois, j’ai trou­vé ça trop dur. J’ai ar­rê­té le se­con­daire et je me suis joint à la ma­rine. »

C’est donc à l’âge de 18 ans qu’il joint la ma­rine en tant que tech­ni­cien dans l’ar­mu­re­rie. Mais à 21 ans, il dé­mis­sionne, évo­quant des pro­blèmes avec l’au­to­ri­té et des pro­blèmes de consom­ma­tion d’al­cool.

« Par la suite, j’ai fait des fo­lies, j’ai joint une gang de mo­tards et j’ai fait des choses dont je ne suis pas fier. J’avais une fa­mille dys­fonc­tion­nelle. Mes frères et soeurs ont tous fait de la pri­son et je m’en­li­gnais pour faire la même chose. J’étais un ba­gar­reur. J’ai­mais ça même si je per­dais. J’ai­mais l’adré­na­line de la ba­garre », a-t-il confié.

Trois de ses frères et soeurs sont d’ailleurs morts à cause de pro­blèmes liés à la drogue, entre autres. Jeune re­belle, James Yank ne vou­lait rien sa­voir de Dieu. Ses pa­rents étaient ca­tho­liques, mais pas pra­ti­quants et ce sont ses grands-pa­rents, chez les­quels il a sé­jour­né plu­sieurs fois étant jeune, qui lui ont trans­mis la foi.

À 22 ans, James Yank se ma­rie avec Anne, qui elle aus­si est ac­tuel­le­ment pas­teure. De cette union, cinq en­fants naî­tront. « J’ai ren­con­tré ma femme, car ses pa­rents avaient un cha­let près de Du­ha­mel. À cette époque, dans le vil­lage, on me sur­nom­mait le pouilleux et un soir je suis al­lé à un an­ni­ver­saire. C’est d’ailleurs ce soir-là que j’ai ren­con­tré ma femme, car c’était sa soeur qui fê­tait son an­ni­ver­saire. Ses pa­rents m’ont ac­cueilli avec amour. Ils ne m’ont pas ju­gé. J’ai su ce que c’était d’être ai­mé. J’ai épou­sé cette femme qui m’ai­mait pour qui j’étais et j’ai com­men­cé à chan­ger », a ajou­té M. Yank.

Il change sou­vent d’em­ploi avant de réel­le­ment trou­ver sa voie. « J’ai eu plu­sieurs em­plois et dès que je n’ai­mais plus mon tra­vail, je le quit­tais. J’ai tra­vaillé chez Ge­ne­ral Mo­tors du­rant un an, dans les parcs en plein air, dans la construc­tion aus­si. J’ai trou­vé un em­ploi que j’ai­mais beau­coup, ce­lui d’en­quê­teur pour les com­pa­gnies d’as­su­rance », se rap­pelle-t-il.

À 31 ans : La ré­vé­la­tion

C’est à l’âge de 31 ans que sa vie change et qu’une ré­vé­la­tion se pro­duit. Ain­si, pe­tit à pe­tit, il re­joint le mou­ve­ment re­li­gieux du pen­te­cô­tisme pour y de­ve­nir Pas­teur. Le pen­te­cô­tisme est un mou­ve­ment re­li­gieux pro­tes­tant, né au dé­but du XXe siècle aux États-Unis. C’est un cou­rant de l’évan­gé­lisme. Ce der­nier, plus an­cien, com­porte aus­si une branche « tra­di­tion­nelle », met­tant l’ac­cent sur la pié­té per­son­nelle, la lec­ture de la Bible et la re­cherche de la per­fec­tion chré­tienne.

« Mon beau-frère avait com­men­cé à lire les Évan­giles et à me par­ler de la Bible. Mon épouse m’a de­man­dé si je vou­lais al­ler à l’église. J’ai dit oui et ce jour-là, j’ai re­çu le tou­cher du Sei­gneur. Après, j’ai lu la Bible, la pa­role de Dieu et à par­tir de là, je ne voyais plus la vie de la même fa­çon, ça m’a ou­vert les yeux. Du­rant un an, j’ai don­né des cours de Bible à des pri­son­niers dans une pri­son. J’avais tou­jours mon tra­vail d’en­quê­teur, que j’ai lâ­ché par la suite pour me consa­crer to­ta­le­ment à Dieu », a ajou­té M Yank.

Par après, les choses s’ac­cé­lèrent alors que sa femme et lui s’oc­cupent des iti­né­rants et aident la com­mu­nau­té. À l’époque où ils vivent à Mon­tréal, ils se dé­vouent corps et âme aux autres dans un seul but : ai­der la com­mu­nau­té et ve­nir en aide aux plus dé­mu­nis. C’est à la suite du dé­cès du père de sa femme que les époux re­tournent en Ou­taouais pour s’oc­cu­per d’une église. Puis en 2000, ils s’ins­tallent à Haw­kes­bu­ry pour s’oc­cu­per de l’église à la suite du dé­part du pas­teur de l’époque. « J’ai sen­ti que je de­vais ve­nir à Haw­kes­bu­ry. Le 1er oc­tobre 2000, nous sommes ar­ri­vés, et ce­la fait cinq ans que nous avons ache­té l’église du Centre Viens et Vois. Pour moi, l’église de­vait être pré­sente dans la com­mu­nau­té. Nous nous sommes donc beau­coup in­ves­tis dans la com­mu­nau­té de la ville de Haw­kes­bu­ry », a sou­li­gné M. Yank.

En ef­fet, tous les ven­dre­dis, un re­pas gra­tuit est ser­vi pour les gens de la com­mu­nau­té, dans une des salles du centre. « Entre 120 et 140 per­sonnes viennent pour le re­pas, a ajou­té le pas­teur. Le jeu­di, la salle est ré­ser­vée par la so­cié­té d’Alz­hei­mer et cer­tains mer­cre­dis, le Centre offre des cours de cui­sine avec la Banque ali­men­taire de Haw­kes­bu­ry. Le troi­sième mer­cre­di, on laisse notre salle pour la Boîte verte; les gens vont payer au Bu­reau de san­té et ré­cu­pèrent en­suite des sacs de fruits et lé­gumes. Nous of­frons gra­tui­te­ment la salle du Centre pour plu­sieurs autres évé­ne­ments de la com­mu­nau­té et bien sûr, nous avons les messes le di­manche ma­tin, que je pré­side. »

—pho­tos Élise Mer­lin

Le pas­teur James Yank à l’église du Centre Viens et Vois de Haw­kes­bu­ry.

— pho­to Élise Mer­lin

Le Centre Ch­ré­tien Viens et Vois de Haw­kes­bu­ry.

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