Les in­fir­mières se livrent

Le Carillon - - La Une - ÉLISE MER­LIN elise.mer­lin@eap.on.ca

Pour la Se­maine na­tio­nale des soins in­fir­miers, qui a lieu du 8 au 14 mai, nous avons ren­con­tré quatre in­fir­mières qui nous ont ra­con­té leur par­cours.

La Se­maine na­tio­nale des soins in­fir­miers a lieu cette an­née du 8 au 14 mai. C’est pour­quoi nous sommes par­tis à la ren­contre de quatre in­fir­mières de l’Équipe de san­té fa­mi­liale du Bas-Ou­taouais, dans leur bu­reau de Haw­kes­bu­ry. Ain­si, nous ren­dons hom­mage à cette pro­fes­sion, par le biais de té­moi­gnages dans les­quels ils parlent, entre autres, de leurs condi­tions de tra­vail, de leurs doutes et de leurs as­pi­ra­tions.

Les in­fir­miers as­pirent à soi­gner leurs pa­tients avec co­hé­rence et in­tel­li­gence, à les ac­com­pa­gner, à les écou­ter, à sau­ver des vies. Ju­lie Le­febvre, 33 ans, So­nia Clou­tier, 41 ans, Pris­cil­la Tay­lor, 22 ans, et Valérie Bel­le­feuille âgée de 23 ans sont toutes in­fir­mières au sein de l’

Ou­taouais, dont les bu­reaux sont si­tués sur la rue Main à Haw­kes­bu­ry. Elles font l’un des plus beaux mé­tiers du monde, mais le quo­ti­dien est par­fois dif­fi­cile et quelques sou­ve­nirs re­font sur­face quant aux si­tua­tions dif­fi­ciles qu’elles ont ren­con­trées dans leur car­rière.

« La seule fois où j’ai pleu­ré, c’était il y a huit ans, mais je m’en sou­viens comme si c’était hier, a ra­con­té So­nia Clou­tier. « Je tra­vaillais aux soins in­ten­sifs d’un hô­pi­tal, il y a quelques an­nées, et une jeune mère de 16 ans, qui avait un bé­bé de six mois, était ve­nue pour un pro­blème car­diaque, son coeur fonc­tion­nait mal. Son état em­pi­rait et les pa­rents ont dû prendre la dé­ci­sion de lais­ser par­tir leur fille, cette jeune mère de 16 ans. J’avais de la peine pour la fa­mille. Je m’en sou­viens comme si c’était hier. La jeune femme est dé­cé­dée. Son bé­bé de six mois était po­sé sur sa poi­trine et le pe­tit est res­té col­lé à sa ma­man jus­qu’à son der­nier souffle », a-t-elle re­la­té, la voix trem­blante.

Être in­fir­mier, c’est soi­gner, ac­com­pa­gner les per­sonnes qui vont mou­rir, ac­cueillir les fa­milles, ex­pli­quer les exa­mens pra­ti­qués. C’est éga­le­ment per­ce­voir l’an­goisse des ma­lades, cher­cher à l’at­té­nuer, faire face aux si­tua­tions de crises et gé­rer l’im­pré­vu.

« Je tra­vaille aus­si aux ur­gences dans un hô­pi­tal du Qué­bec et un jour, deux jeunes avaient re­trou­vé leur mère qui s’était don­né la mort dans le sous-sol de la mai­son. La mère a été em­me­née à l’hô­pi­tal pour que le dé­cès soit consta­té. Ils ont contac­té leur père pour qu’il se rende à l’hô­pi­tal, en lui ex­pli­quant la si­tua­tion. Le père a conduit trop vite pour se rendre le plus vite pos­sible à l’hô­pi­tal. Il a eu un ac­ci­dent et il est dé­cé­dé sur le coup. Toute l’équipe mé­di­cale était sous le choc ce jour-là », a ex­pli­qué Pris­cil­la Tay­lor, in­fir­mière de 22 ans.

Les si­tua­tions cri­tiques qu’elles ont ren­con­trées dans leur car­rière n’en­lèvent pas la pas­sion qu’elles vouent à leur mé­tier. Cer­tains disent que c’est une vo­ca­tion d’être in­fir­mière. Pour Ju­lie Le­febvre, in­fir­mière pra­ti­cienne, qui peut donc faire des pres­crip­tions, les soins in­fir­miers fai­saient vrai­ment une dif­fé­rence chez les pa­tients, la proxi­mi­té des gens était un vé­ri­table atout. « Je ne sa­vais pas trop quoi faire au dé­but quand j’étais jeune. J’ai­mais les cours qu’une amie fai­sait en soins in­fir­miers et je me suis dit, je vais faire ça et je ver­rai bien », a-t-elle confié. « Fi­na­le­ment je suis res­tée, car j’ai vrai­ment ai­mé, sur­tout la san­té men­tale. Je voyais que ça fai­sait vrai­ment une dif­fé­rence chez les gens. »

So­nia Clou­tier, qui a le plus d’an­cien­ne­té au sein de l’équipe, a vou­lu en pre­mier lieu de­ve­nir mé­de­cin, mais le contact avec les pa­tients était plus im­por­tant du cô­té des soins in­fir­miers. « Je vou­lais m’en al­ler en

mé­de­cine, mais j’ai pré­fé­ré le contact que les in­fir­miers avaient avec les pa­tients. J’ai fait mon bac en soins in­fir­miers et j’aime pas­ser du temps avec les pa­tients, faire l’édu­ca­tion, voir l’amé­lio­ra­tion, a-t-elle in­di­qué. Quand on était en stage, je voyais les ré­si­dents en mé­de­cine qui pas­saient très peu de temps avec les pa­tients, je n’ai­mais pas la re­la­tion de ce cô­té-là »

Valérie Bel­le­feuille, 23 ans et fraî­che­ment di­plô­mée des soins in­fir­miers, a tout d’abord vou­lu être or­tho­pé­diste. « C’est comme ça, j’ai per­du l’in­té­rêt et j’ai chan­gé pour les soins in­fir­miers. J’aime ai­der les gens et voir l’amé­lio­ra­tion que l’on ap­porte à leur vie », a confié la jeune femme.

Les quatre jeunes femmes ont trou­vé un juste mi­lieu en tra­vaillant pour l’ l’

Ou­taouais dans leur bu­reau de Haw­kes­bu­ry. Elles se sentent chan­ceuses de bé­né­fi­cier des jours fé­riés et d’avoir des ho­raires conve­nables, ce qui n’est pas tou­jours le cas pour cer­tains de leurs confrères.

« Dans les hô­pi­taux, les in­fir­miers n’ont pas for­cé­ment leurs fins de se­maine ou que des ho­raires de jour, a pour­sui­vi Sylvie Le­febvre. On est chan­ceux, on n’a pas ça ici. Nous sommes as­sez flexibles dans nos ho­raires. Le but est de faire 37,5 heures par se­maine. Les fêtes et jours fé­riés, nous ne tra­vaillons pas. Ça n’a pas tou­jours été le cas dans nos car­rières. J’ai dé­jà été in­fir­mière aux ur­gences et c’était dif­fi­cile de conci­lier les ho­raires. Mais j’ai­mais aus­si, on ne sa­vait ja­mais ce qui al­lait pas­ser par les portes.

En 2017, de plus en plus, les mé­de­cins réa­lisent leur be­soin des in­fir­mières et la re­con­nais­sance qu’ils leur portent. « Nous sommes leurs yeux et leur sou­tien constant, nous tra­vaillons en­semble, nous leur ap­por­tons tou­jours notre aide », a confié Valérie Bel­le­feuille.

Les oc­ca­sions qu’offre le mé­tier d’in­fir­mière sont di­verses. « Tu peux tra­vailler aus­si bien à l’ur­gence, aux soins in­ten­sifs, en chi­rur­gie, ou en­core à la ma­ter­ni­té; tu peux chan­ger quand tu veux, c’est vrai­ment bien. La for­ma­tion est la même pour tout le monde », a pré­ci­sé Pris­cil­la Tay­lor. So­nia Clou­tier ajoute qu’elle a eu de la chance de pou­voir exer­cer aux États-Unis du­rant une di­zaine d’an­nées. « J’ai tra­vaillé en Ca­ro­line du Sud, au Ver­mont, en Alas­ka. Je suis res­tée aux États-Unis du­rant 10 ans en­vi­ron, pour tra­vailler en tant qu’in­fir­mière, c’était une très bonne ex­pé­rience », a-t-elle conclu.

—pho­to Élise Mer­lin

À l'oc­ca­sion de la Se­maine na­tio­nale des soins in­fir­miers, Ju­lie Le­febvre, 33 ans, So­nia Clou­tier, 41 ans, Pris­cil­la Tay­lor, 22 ans, et Valérie Bel­le­feuille, 23 ans, toutes in­fir­mières au sein de l’Équipe de san­té fa­mi­liale du Bas-Ou­taouais, parlent de leur mé­tier.

—pho­to

So­nia Clou­tier en pleine pré­pa­ra­tion de pi­qûre

Ju­lie Le­febvre se pré­pare à re­ce­voir ses pa­tients—

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