La pas­sion du mé­tier

Ce qui était au dé­but un loi­sir s’est trans­for­mé en mé­tier pour Jo­seph-Émil Tur­cotte de Saint-Eu­gène.

Le Carillon - - La Une - MI­CHEL LAMY mi­chel.lamy@eap.on.ca

Lors­qu’on entre dans son ate­lier, on est im­mé­dia­te­ment frap­pée par la pro­pre­té et la lu­mi­no­si­té des lieux. Il est clair que nous en­trons dans l’en­ceinte d’un homme pour qui l’en­droit est une source de grande fier­té et de pas­sion.

Bien­ve­nue dans le monde de l’ébé­niste Jo­seph Émil Tur­cotte. Dans cet ate­lier, qu’il a construit lui-même der­rière sa mai­son de Saint-Eu­gène il y a en­vi­ron sept ans, il fa­brique de ses mains des meubles au style unique—com­modes, bu­reaux de tra­vail, tables de nuit, pla­cards, pièces mu­rales en­cas­trées— ain­si que di­verses autres pièces, comme des hor­loges.

Son amour de l’ébé­nis­te­rie a com­men­cé comme un loi­sir il y a une tren­taine d’an­nées pas­sées. Un de ses amis avait son propre ate­lier. En­semble, ils ré­pa­raient des meubles an­tiques. Il a ain­si pu ob­ser­ver com­ment étaient fa­çon­nées les pièces d’an­tan et quels ou­tils ils uti­li­saient pour les construire et les ré­pa­rer.

Avec les an­nées, le loi­sir s’est trans­for­mé en mé­tier. Mais le style qu’il a adop­té a été gran­de­ment in­fluen­cé par les tech­niques de fa­bri­ca­tion d’an­tan qui l’ont mar­qué. Bien que consti­tué d’ou­tils ré­cents, son ar­se­nal com­prend éga­le­ment d’an­ciens ou­tils re­mis à neuf.

Le bois qu’il uti­lise est de la plus grande im­por­tance. Il est es­sen­tiel pour lui d’uti­li­ser du bois d’ori­gine lo­cale comme l’érable, le ce­ri­sier noir et le noyer. Il n’uti­lise pas de bois en voie de dis­pa­ri­tion, pré­fé­rant se concen­trer sur des res­sources re­nou­ve­lables.

« It’s not about time »

L’ébé­niste est par­te­naire avec On­ta­rio Wood, qui a pour mis­sion de pro­mou­voir pro­duc­teurs et ar­ti­sans lo­caux. L’adhé­sion à cet or­ga­nisme, tout en lui confé­rant une cer­taine pres­tance, se porte ga­rante de l’homme et de son tra­vail. Pour l’ache­teur, c’est l’as­su­rance que leur pièce a été fa­çon­née avec du bois lo­cal de qua­li­té.

À la suite d’une in­vi­ta­tion d’On­ta­rio Wood, M. Tur­cotte s’est pré­sen­té comme ex­po­sant au In­te­rior De­si­gn Show à To­ron­to en 2015. Le de­si­gner Brian Gluck­stein a alors eu le coup de foudre pour une de ses pièces, une hor­loge es­sen­tiel­le­ment es­thé­tique af­fu­blée du titre It’s not about time. Le de­si­gner a dé­cla­ré que l’hor­loge était une des plus belles pièces de l’ex­po­si­tion et l’a mise en ve­dette lors de la très po­pu­laire émis­sion Ci­ty Line. On peut voir le seg­ment de l’hor­loge sur YouTube.

L’heure avait son­né pour M. Tur­cotte. L’évè­ne­ment a eu pour ef­fet de le ca­ta­pul­ter vers une no­to­rié­té ac­crue.

Le bouche-à-oreille n’a pas tar­dé à suivre son cours. Par l’en­tre­mise de son site Web, les com­mandes se sont mul­ti­pliées... pas juste pour des hor­loges, mais pour des pièces de tous genres. L’hor­loge, à cô­té de la­quelle M. Tur­cotte est pho­to­gra­phié, par­tait le len­de­main pour un condo voi­sin du Châ­teau Lau­rier dans la ca­pi­tale na­tio­nale.

La concep­tion sur me­sure

L’ar­tiste, qui compte entre autres des clients à Mon­tréal, à Ot­ta­wa ain­si que dans la ré­gion de To­ron­to, fait lui-même la li­vrai­son de ses oeuvres. Il les ins­talle sur place dans les de­meures ou les bu­reaux de ses clients. Il ne prend au­cun risque. Pour les pièces de plus grande di­men­sion, il fait ap­pel à quel­qu’un qui peut l’ai­der, mais en­core là il est pré­sent lors du trans­port et de l’ins­tal­la­tion.

Avant qu’une pièce soit ter­mi­née et li­vrée, il y a plu­sieurs étapes à fran­chir. M. Tur­cotte, qui af­firme ne pas être très bon des­si­na­teur, pré­fère faire une ma­quette de la pièce à construire, sou­vent en pa­pier et en car­ton.

Les ma­quettes sont à l’échelle, quel­que­fois plus pe­tites. Ce­la lui donne un aper­çu de ce à quoi res­sem­ble­ra le pro­duit fi­nal et lui per­met de confir­mer ou d’ajus­ter les pro­por­tions. Il tra­vaille avec le client du dé­but à la fin du pro­jet. Le client voit la ma­quette et y ap­porte des sug­ges­tions ou des mo­di­fi­ca­tions, si né­ces­saire.

La plu­part du temps, l’ar­tiste a une grande la­ti­tude et le client donne son as­sen­ti­ment. Il y a quand même une re­la­tion étroite entre ar­tiste et client. Se­lon la com­plexi­té du tra­vail à ef­fec­tuer, une pièce prend nor­ma­le­ment entre quatre et six mois à ter­mi­ner, à par­tir de sa concep­tion.

L’ar­tiste est tou­jours heu­reux de té­moi­gner de l’en­thou­siasme des clients. Sou­vent, ils rendent vi­site à M. Tur­cotte dans son ate­lier pour voir où en est leur pièce. Ils viennent avec pa­rents ou amis et sont fiers de mon­trer leur in­ves­tis­se­ment.

Une autre source de clien­tèle est ve­nue à l’ar­tiste de fa­çon in­usi­tée. En ef­fet, en plus de l’en­tre­prise d’ébé­nis­te­rie, Jo­seph Émil De­si­gn, M. Tur­cotte a une autre en­tre­prise : Ca­pi­tal Home Sta­ging & De­si­gn. Cette der­nière avait été créée sim­ple­ment afin de mettre ses meubles non ven­dus dans des ré­si­dences à vendre. Le tout afin de re­haus­ser le dé­cor et fa­ci­li­ter la vente d’une mai­son.

Les agents im­mo­bi­liers contactent l’en­tre­prise et louent cer­taines pièces pour des jour­nées portes ou­vertes, par exemple. Ain­si, plu­tôt que de voir ses meubles ra­mas­ser de la pous­sière en en­tre­pôt, il peut les ex­po­ser tout en gé­né­rant un peu de re­ve­nus.

Or, les vi­si­teurs et les agents im­mo­bi­liers ont été frap­pés par ces pièces ain­si ex­po­sées et ont com­men­cé à pas­ser des com­mandes. Même des agents ont ache­té cer­tains de ses meubles. Des vi­si­teurs in­té­res­sés par une mai­son ne l’ont pas ache­tée, mais ont contac­té l’ébé­niste pour ac­qué­rir une de ses créa­tions. D’autres en­core ont ache­té la mai­son et ont ache­té des meubles qui y étaient ex­po­sés lors de la vi­site libre.

Mal­gré tout, l’homme reste humble. L’ébé­nis­te­rie de­meu­re­ra tou­jours un art qui lui pro­cure du plai­sir et qu’il pra­tique avec pas­sion.

—pho­tos four­niers par Jo­seph Émil De­si­gn

Jo­seph Émil Tur­cotte ébé­niste et ar­ti­san de SaintEu­gène à cô­té d’une de ses fa­meuses hor­loges. Au fil des ans, il a été char­gé de construire plus de deux dou­zaines d'entre elles, cha­cune étant unique en soi.

Bu­reau en L fait avec du pin blanc ré­cu­pé­ré.

Ci-des­sus, se­cré­taire en noyer et érable strié. Le striage est cau­sé par des cham­pi­gnons mi­cro­sco­piques qui af­fectent le bois. À droite, pla­card in­té­gré en noyer. Le noyer noir est une es­pèce com­mune en On­ta­rio.

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