UNE PLAINTE SANS IS­SUE?

Le Carillon - - La Une - FRÉ­DÉ­RIC HOUN­TOND­JI fre­de­ric.houn­tond­ji@eap.on.ca

Yves Frap­pier et son épouse Hé­lène Frap­pier disent « vivre l’en­fer » de­puis plus de 25 ans à cause de l’en­tre­prise de mé­tal Al-Dan Steel Work, qui opère à trois mètres de leur mai­son à Le­faivre.

Bruit, pol­lu­tion, sta­tion­ne­ment, en­tre­po­sage, sa­le­té, suie, po­lis­sage de mé­tal, ver­mine, gros rats…c’est en ces termes que le couple ré­sume son « en­fer ». D’après M. Frap­pier, le cal­vaire a com­men­cé pour lui et pour sa femme de­puis que la mu­ni­ci­pa­li­té a pro­cé­dé à un chan­ge­ment de zo­nage.

« L’his­toire dure de­puis 25 ans, avec un chan­ge­ment de zo­nage fait en 1983 par la mu­ni­ci­pa­li­té. La mu­ni­ci­pa­li­té avait re­pris cette bâ­tisse (ac­tuelle en­tre­prise) pour non-paie­ment de taxes et avait fait pas­ser le zo­nage (d’agri­cole) à in­dus­triel. Il n’y avait au­cune rai­son pour qu’elle le fasse, lé­ga­le­ment, parce que c’était une coopérative agri­cole », a-t-il dé­plo­ré. Il pour­suit : « Le rè­gle­ment de zo­nage est sor­ti en 1980. Il y avait des normes ri­gou­reuses as­sez sé­vères qui ne per­met­taient pas de chan­ger (le zo­nage) à in­dus­triel (…). Mon beau-frère, qui était dé­cé­dé et à qui ap­par­te­nait la bâ­tisse à l’époque, avait de­man­dé ce zo­nage-là et ça n’avait pas pas­sé, parce que c’était trop proche de chez nous, trop proche du che­min. Le terrain n’est pas as­sez grand pour (le zo­nage) in­dus­triel. La mu­ni­ci­pa­li­té, en 1983, pour non-paie­ment de taxes, l’a chan­gé pour in­dus­triel », a lais­sé en­tendre le plai­gnant. sa­le­tés, bref de la pol­lu­tion de leur cadre de vie par une in­dus­trie ins­tal­lée dans un bâ­ti­ment qui au­rait été construit en 1946 et qui n’au­rait su­bi au­cune amé­lio­ra­tion ma­jeure, se­lon eux.

« J’ai no­té que cer­taines se­maines, de deux à trois re­morques de 45 pieds sortent de cet en­droit, char­gées à pleine ca­pa­ci­té de mor­ceaux de mé­tal, en­duits de pri­mer à mé­tal. Ce­la dé­montre la quan­ti­té de pein­ture qui est uti­li­sée à cet en­droit », a re­le­vé M. Frap­pier.

RÉ­AC­TION DE L’EN­TRE­PRISE AL-DAN STEEL WORK

Da­niel St-Jean, res­pon­sable de l’en­tre­prise, sou­tient pour sa part qu’il res­pecte les normes en vi­gueur et que ses ac­ti­vi­tés et l’em­pla­ce­ment de son usine n’ont rien d’illé­gal.

« Ça fait plu­sieurs an­nées qu’on est ici et ça a tou­jours été un peu la bis­bille. Le moindre bruit qu’on fait, ils (les voi­sins) es­saient tou­jours d’ap­pe­ler le mi­nis­tère qui vient et fait ses ins­pec­tions rou­ti­nières. Tous les mois, on a des do­cu­ments à rem­plir et à en­voyer au mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment. Eux, ils font leur ins­pec­tion. Le fil­treur est chan­gé dans la ma­chine. On a des condi­tions à suivre. Quand les gars tra­vaillent, il faut que les portes soient tou­jours fer­mées. On res­pecte toutes les condi­tions le mieux qu’on peut », a avoué M. St-Jean.

Il a pour­sui­vi en in­di­quant que l’ins­pec­teur du mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment vient par­fois à l’im­pro­viste. Il fait son tra­vail à leur in­su pour en­suite don­ner son ver­dict. « À un mo­ment don­né, l’été pas­sé, l’ins­pec­teur est ar­ri­vé et s’est ga­ré dans le fond de la cour. Mes gars ne le sa­vaient même pas. Il fai­sait son job, sur­veillait comment les gars tra­vaillaient et par après, est al­lé les voir pour leur dire : ‘C’est par­fait, ça fait une de­mi-heure que je suis dans la cour’. Le mi­nis­tère fait des ins­pec­tions à l’in­té­rieur et à l’ex­té­rieur à peu près une fois par mois. Il y a un bon en­tre­tien des fil­treurs. C’est dom­mage que ça soit proche de même, mais on fait tout ce que l’on peut », a com­pa­ti M. St-Jean. Au chapitre du zo­nage, il n’a pas du tout la même lec­ture que M. Frap­pier et son épouse. « Le zo­nage me per­met de faire l’ou­vrage que je fais-là, sur­tout que c’est tran­quille. Les heures nor­males ici, c’est de 8 h à 4 h. Ça peut ar­ri­ver qu’on aille à 5 h quand on a beau­coup d’ou­vrage. C’est plu­tôt rare. On tra­vaille peut-être trois à quatre samedis dans l’an­née. Je prends en consi­dé­ra­tion qu’ils sont proches et c’est pour ça que j’es­saie de faire le moins de bruit pos­sible les fins de se­maine », a-t-il men­tion­né.

M. Frap­pier et son épouse es­timent, à tort ou à rai­son, qu’ils sont aban­don­nés dans cette af­faire par la mu­ni­ci­pa­li­té et le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment. Se di­sant im­puis­sants de­vant toutes ces ins­tances, ils ont dé­ci­dé de vendre leur mai­son pour al­ler vivre ailleurs. Mais se­lon le couple, les ache­teurs sont loin de se bous­cu­ler à leur porte.

—pho­tos Fré­dé­ric Houn­tond­ji

—photo Fré­dé­ric Houn­tond­ji

Le fer en­tre­po­sé dans la cour de l’usine.

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