JEANNE DROUIN

RE­CON­NAIS­SANCE D’EN­VER­GURE POUR

Le Carillon - - La Une - MI­CHEL LA­MY mi­chel.la­my@eap.on.ca

La doc­teure Jeanne Drouin de Plan­ta­ge­net a ré­cem­ment été dé­co­rée che­va­lière de l’Ordre de la Pléiade pour sa contri­bu­tion ex­cep­tion­nelle en­vers la fran­co­pho­nie on­ta­rienne.

Elle s’est vu dé­cer­ner une mé­daille lors d’une cé­ré­mo­nie of­fi­cielle qui s’est te­nue le 19 mars der­nier à Queen’s Park à To­ron­to. C’est la lieu­te­nante-gou­ver­neure de l’On­ta­rio, Eli­za­beth Dow­des­well, qui pré­si­dait l’in­ves­ti­ture et qui lui a re­mis sa mé­daille.

Dre Drouin a re­çu plu­sieurs re­con­nais­sances au fil des an­nées. Ce­pen­dant, le fait d’avoir été nom­mée che­va­lière de l’Ordre de la Pléiade lui a vé­ri­ta­ble­ment fait chaud au coeur.

« Ce signe de re­con­nais­sance est

très pré­cieux pour moi, a-t-elle dé­cla­ré. Il sou­ligne ma contri­bu­tion à l’épa­nouis­se­ment de la fran­co­pho­nie on­ta­rienne. »

Se­lon elle, la lutte pour les ser­vices en fran­çais est une lutte de tous ins­tants. « Plu­sieurs per­sonnes ont lut­té pour la sur­vie du fran­çais en On­ta­rio, s’est ex­cla­mée avec fier­té la mé­daillée de l’Ordre de la Pléiade. On doit conti­nuer. Si on n’avance pas, on re­cule. » L’Ordre de la Pléiade a été créé en 1976 par l’As­sem­blée par­le­men­taire de la Fran­co­pho­nie qui re­groupe 83 par­le­ments.

LE DROIT AUX SER­VICES EN FRAN­ÇAIS

« Toute jeune, j’ai été sen­si­bi­li­sée au fait que nous de­vions lut­ter pour conser­ver la langue fran­çaise en On­ta­rio, a-t-elle dé­cla­ré, lors d’une en­tre­vue avec notre jour­nal. Mes grands-pa­rents en par­laient sou­vent. Ils trou­vaient in­com­pré­hen­sible

de ne pou­voir ob­te­nir des ser­vices en fran­çais. »

C’est vers l’âge de 12 ans qu’elle s’in­té­resse à la san­té des gens qui avaient de la dif­fi­cul­té à com­mu­ni­quer avec les mé­de­cins an­glo­phones. « J’ai­mais les sciences et j’ai­mais beau­coup ap­prendre. J’ai pour­sui­vi mes études sans être cer­taine de pou­voir réus­sir. Il n’y avait per­sonne dans ma fa­mille qui avait fait des études mé­di­cales. »

L’école de rang loin der­rière elle, Jeanne Drouin re­çoit un di­plôme de la Fa­cul­té des arts (1966) et de la Fa­cul­té de mé­de­cine (1970) de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa (uOt­ta­wa). Elle fait ses études de spé­cia­li­té en mé­de­cine in­terne à Ot­ta­wa et en hé­ma­to­lo­gie à To­ron­to.

Son ma­ri, mé­de­cin éga­le­ment, fut ac­cep­té dans un pro­gramme de ré­si­dence en chi­rur­gie pé­dia­trique dans la ville reine. Le couple y res­te­ra jus­qu’en 1975.De re­tour à

Ot­ta­wa, elle ins­talle sa pra­tique à l’Hô­pi­tal gé­né­ral d’Ot­ta­wa, un hô­pi­tal uni­ver­si­taire. « Un grand nombre de mes pa­tients, ain­si que des membres de ma propre fa­mille, ne com­pre­naient pas les pro­pos des mé­de­cins an­glo­phones. » Se­lon elle, il fal­lait que ça change. Après tout, le fran­çais était et con­ti­nue d’être une des deux langues of­fi­cielles du Ca­na­da. « Pour éta­blir le bon diag­nos­tic, pour dis­cu­ter d’un plan de trai­te­ment, une bonne com­mu­ni­ca­tion avec le pa­tient est es­sen­tielle, a-t-elle fait va­loir. Ce­la fait par­tie de la qua­li­té des soins. »

Dre Drouin par­ti­ci­pe­ra à fond à la vie uni­ver­si­taire, celle-ci com­pre­nant les soins cli­niques, l’en­sei­gne­ment, la re­cherche et di­verses ac­ti­vi­tés ad­mi­nis­tra­tives. Gra­vis­sant les éche­lons, elle at­teint le plus haut rang, ce­lui de pro­fes­seur ti­tu­laire en 1992. Un an plus tard, elle ob­tient un

doc­to­rat en bio­lo­gie hu­maine (PhD) de l’Uni­ver­si­té Claude Ber­nard de Lyon.

SOI­GNER ET ÉDU­QUER EN FRAN­ÇAIS

En 1995, connais­sant son en­ga­ge­ment à pro­mou­voir des soins de san­té de qua­li­té en fran­çais, Dr John See­ly, doyen, et Dr Pierre Jean, vice-doyen aux af­faires fran­co­phones de la Fa­cul­té de mé­de­cine de l’uOt­ta­wa, in­vitent Dre Drouin à contri­buer à mon­ter un pro­gramme d’études mé­di­cales en fran­çais.

« J’avais consta­té, du­rant ma pra­tique, com­bien il y avait de la­cunes à don­ner des soins aux pa­tients fran­co­phones. Nous étions dé­ter­mi­nés à lan­cer un pro­gramme de mé­de­cine en fran­çais en On­ta­rio pour ai­der à com­bler ces be­soins », a té­moi­gné Dre Drouin.

Pre­mière à être re­cru­tée pour le bu­reau, elle ac­cède à sa di­rec­tion en 1997, à la suite du dé­part de vice-doyen qui fut le pre­mier di­rec­teur. Or, la même an­née, le gou­ver­ne­ment me­nace de fer­mer l’Hô­pi­tal Mont­fort, es­sen­tiel à la réa­li­sa­tion du pro­jet.

En ef­fet, l’éta­blis­se­ment était le seul hô­pi­tal d’en­ver­gure de la pro­vince ca­pable d’of­frir une for­ma­tion cli­nique aux étu­diants en fran­çais. Le Bu­reau des af­faires fran­co­phones (BAF) in­ter­vient vi­gou­reu­se­ment au­près des au­to­ri­tés pour faire re­con­naître l’im­por­tance de cet hô­pi­tal en tant que mi­lieu de for­ma­tion uni­ver­si­taire dans le do­maine de la san­té. La po­pu­la­tion fran­co-on­ta­rienne se mo­bi­lise et 10 000 per­sonnes ma­ni­festent dans la ca­pi­tale na­tio­nale. Mal­gré la ma­la­die, le sé­na­teur Jean-Robert Gau­thier, ar­dent dé­fen­seur de la langue fran­çaise, livre un dis­cours ins­pi­rant à la foule. Gi­sèle La­londe, pré­si­dente du mou­ve­ment S.O.S. Mont­fort, avait dé­cla­ré à l’époque : « S’il faut sor­tir nos épingles à cha­peaux, nous le fe­rons. » Elle fai­sait al­lu­sion à l’in­fâme Rè­gle­ment 17 de 1912. Le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial de l’époque avait adop­té une loi (Rè­gle­ment 17) in­ter­di­sant l’en­sei­gne­ment en fran­çais dans les écoles élé­men­taires, après la deuxième an­née. En 1916, des femmes fran­co­phones d’Ot­ta­wa avaient me­na­cé les ins­pec­teurs avec leurs épingles à cha­peaux.

L’Hô­pi­tal Mont­fort a été sau­vé. Mais il au­ra fal­lu se rendre en cour di­vi­sion­naire et en cour d’ap­pel pour ob­te­nir gain de cause quatre longues an­nées plus tard. Dans le cadre de ses fonc­tions, Dre Drouin s’est rendue compte qu’elle de­vait par­faire ses connais­sances en pé­da­go­gie. Dé­ve­lop­per un pro­gramme d’études mé­di­cales et le mettre en oeuvre ne se fait pas de la même ma­nière que d’en­sei­gner à des étu­diants, in­ternes, ré­si­dents et mé­de­cins.

« Tout en tra­vaillant au pro­jet, j’ai en­tre­pris des études afin d’ac­qué­rir les com­pé­tences vou­lues et j’ai ob­te­nu une maî­trise en édu­ca­tion des pro­fes­sion­nels de la san­té (MHPE) de l’Uni­ver­si­té de l’Il­li­nois à Chi­ca­go. »

UNE RE­TRAITE AC­TIVE

En juillet 2001, Dre Drouin prend une

se­mi-re­traite, cesse sa pra­tique mé­di­cale et de­vient consul­tante en édu­ca­tion mé­di­cale au­près du Bu­reau des af­faires fran­co­phones. Ses ac­ti­vi­tés de consul­tante visent, entre autres, à amé­lio­rer les pro­grammes de for­ma­tion en fran­çais et à pro­mou­voir la for­ma­tion pé­da­go­gique et pro­fes­sion­nelle des en­sei­gnants à la Fa­cul­té de mé­de­cine. Pas­sion­née de fo­res­te­rie, Dre Drouin passe une par­tie de ses temps libres à plan­ter des arbres sur sa ferme de 400 acres. C’est sur cette même ferme qu’elle a vu le jour, dans un mi­lieu fran­co­phone.

—pho­to Mi­chel La­my

Jeanne Drouin de Plan­ta­ge­net, s’est vu dé­cer­ner une mé­daille de l’Ordre de la Pléiade. La cé­ré­mo­nie d’in­ves­ti­ture a eu lieu le 19 mars 2018 à To­ron­to.

pho­to Mi­chel La­my

Dre Drouin a été très tou­chée par tous ceux qui l’ont fé­li­ci­tée à la suite de sa no­mi­na­tion.—

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