Plu­sieurs dé­cou­vertes à Oda­nak

Fouilles ar­chéo­lo­giques près de la ri­vière Saint-François

Le Courrier Sud - - LA UNE - MARIE-EVE VEILLETTE

Les fouilles me­nées de­puis le 27 mai à Oda­nak par les ar­chéo­logues Ge­ne­viève Trey­vaud et Mi­chel Plourde ont per­mis de mettre à jour de nom­breuses pièces. Dans le lot, on compte plu­sieurs tes­sons de po­te­rie, des éclats de pierre taillée, des os blanchis, plu­sieurs mor­ceaux de faïence et un bout de mé­tal for­gé, sous une forme de tige mé­tal­lique.

Mais la pièce maî­tresse de ces dé­cou­vertes, jus­qu’à pré­sent, est sans doute une pointe de flèche en pierre beige ap­par­te­nant à la pé­riode pré­his­to­rique. Elle a été trou­vée le 11 juin der­nier, sur la com­mune d’Oda­nak. «La forme par­ti­cu­lière de la pointe de pro­jec­tile per­met d’es­ti­mer sa da­ta­tion à en­vi­ron 2000 ans avant J-C, à une époque où le ni­veau du fleuve Saint-Laurent – et par ex­ten­sion, ce­lui de la ri­vière Saint-François – était plus éle­vé d’en­vi­ron dix mètres par rap­port à son ni­veau ac­tuel», ap­prend-on dans un com­mu­ni­qué émis à la suite de cette dé­cou­verte.

Mi­chel Plourde sou­ligne que cette pointe a été re­trou­vée à un de­mi ki­lo­mètre du vil­lage, dans une zone non la­bou­rée. «Il y a en­vi­ron 80% des es­paces qui sont culti­vés et ha­bi­tés. C’est très rare qu’on réus­sit à trou­ver des pièces comme ça dans des en­droits non per­tur­bés», dit-il. Il ajoute que cer­taines ana­lyses ADN pour­raient être ef­fec­tuées sur cette pointe de flèche si les traces de sang y sont suf­fi­santes. «On pour­rait ain­si dé­ter­mi­ner quel type d’ani­mal était chas­sé à cet en­droit à l’époque.»

Tout près du site où a été dé­cou­verte la pointe de flèche, les ar­chéo­logues et leur équipe (Ri­chard Gill, Steve Gill, Ja­cob No l e t t - D e s ch e - neaux) ont mis à jour des os­se­ments d’ani­maux bien conser­vés, qui per­mettent de re­cons­ti­tuer une par­tie de la diète ali­men­taire de l’époque. De plus, les restes d’un foyer en pierres ont per­mis de lo­ca­li­ser au moins une ha­bi­ta­tion.

Sur un autre site de fouille, une pierre à fu­sil es­ti­mée ap­par­te­nir au 18e siècle a été re­trou­vée. Il s’agit d’une pe­tite pierre de si­lex taillée, des­ti­née à en­flam­mer la poudre d’une arme à feu à l’aide d’étin­celles pro­duites par une pièce mé­tal­lique, ap­pe­lée bat­te­rie. La dé­cou­verte de che­vro­tine dans un autre son­dage, à quelques mètres de là, cor­ro­bore la pré­sence d’une arme à feu sur ce site.

En date de jeu­di der­nier, 283 son­dages avaient été ef­fec­tués par les deux ar­chéo­logues. Les son­dages sont des trous d’en­vi­ron 30 ou 40 cen­ti­mètres cubes, réa­li­sés à tous les 10 mètres dans un pé­ri­mètre don­né. «C’est un mode de pros­pec­tion qui nous per­met d’ou­vrir une fe­nêtre sur le temps. Quand on trouve quelque chose dans un son­dage, on res­serre nos re­cherches aux 5 mètres. Si l’on trouve autre chose dans ces nou­veaux son­dages, ça de­vient un site de fouille po­ten­tiel», ex­plique Ge­ne­viève Trey­vaud.

Au to­tal, ces son­dages ont per­mis d e re c u e i l l i r p r è s d e 2 0 0 p i è c e s . Rap­pe­lons que l’ob­jec­tif ul­time des fouilles est de re­trou­ver le Fort d’Oda­nak, qui abri­tait les Abé­na­kis dans les an­nées 1700.

Au mo­ment de mettre sous presse, au­cun pieu de pa­lis­sade de ce fa­meux fort n’avait été trou­vé. «Ça prend les restes des pieux pour dire qu’on a trou­vé le fort. Mais même si on n’en a pas trou­vés, ça ne veut pas dire que ce n’est pas l’en­droit où il était si­tué», pour­suit Mme Trey­vaud.

À son avis, il faut donc pour­suivre les re­cherches. «Quand on com­mence un pro­jet comme ce­lui-là, on ne peut pas s’at­tendre à trou­ver des pieux comme ça en seule­ment quatre se­maines de re­cherches. Tou­te­fois, on dé­niche des in­dices qui vont nous ai­der.» Le pro­jet de fouilles ar­chéo­lo­giques à Oda­nak pour­rait se pour­suivre l’été pro­chain, de même que les trois ou quatre autres étés sui­vants. La di­rec­trice gé­né­rale du Mu­sée des Abé­na­kis, Mi­chèle Bé­lan­ger, in­dique que des ap­proches ont été faites au­près de bâilleurs de fonds ma­jeurs pour ten­ter de fi­nan­cer le pro­jet. «Avec tout ce qui a été trou­vé, on a tout en main pour pour­suivre. L’an pro­chain, on ai­me­rait pou­voir réa­li­ser les fouilles tout l’été pour ame­ner le pu­blic sur le ter­rain.»

Se­lon Ge­ne­viève Trey­vaud, si les bâilleurs de fonds ré­pondent fa­vo­ra­ble­ment et que la com­mu­nau­té lo­cale donne son ac­cord à la pour­suite des fouilles, Oda­nak pour­rait éven­tuel­le­ment ser­vir de site uni­ver­si­taire, un peu comme le sont les sites du fort St-Jean et du fort Car­tier-Ro­ber­val.

Les re­cherches prennent fin ce 23 juin. Les pièces trou­vées peuvent être ad­mi­rées au Mu­sée des Abé­na­kis.

Tesson de po­te­rie.

Un pro­jet à pour­suivre

Pointe de flèche da­tant

de 4000 ans.

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