At­ten­tion a la bor­dure du quai

Des­tier­ros ex­plore la vio­lence de la mi­gra­tion en Amé­rique cen­trale..

Le Délit - - Culture -

Une gare, en Amé­rique cen­trale. Les trains se suc­cèdent. Des hommes y montent, d’autres res­tent sur le quai en at­ten­dant le pro­chain pas­sage. Dans le cadre des Ren­contres In­ter­na­tio­nales du Do­cu­men­taire de Mon­tréal (RIDM), Hubert Ca­ron-guay a pré­sen­té son film, Des­tier­ros, en com­pé­ti­tion na­tio­nale longs mé­trages. Le do­cu­men­taire em­barque le spec­ta­teur dans le voyage de mi­grants sud-amé­ri­cains ten­tant de re­joindre la fron­tière amé­ri­caine, à pied ou sur les trains de mar­chan­dise re­liant le Mexique aux Etats-unis. La plu­part sont gua­té­mal­tèques, mexi­cains et hon­du­riens, fuyant les ma­ras (gang ar­més, ndlr), la vio­lence ins­ti­tu­tion­nelle ou des condi­tions d’exis­tence ex­trê­me­ment pré­caires. Des­tier­ros im­merge le spec­ta­teur dans cette ex­pé­rience de la tra­ver­sée, per­met­tant de mieux com­prendre les mo­ti­va­tions des hommes et des femmes pre­nant part à ce voyage, sou­vent au pé­ril de leur vie et de celle de leur fa­mille. La vo­lon­té d’hubert Ca­ron-guay de réa­li­ser ce do­cu­men­taire est née de son ex­pé­rience dans les re­fuges qui ac­cueillent des mi­grants, ja­lon­nant leur par­cours jus­qu’à la fron­tière amé­ri­caine. L’équipe de réa­li­sa­tion de Des­tier­ros ne s’est com­po­sée que de deux per­sonnes, per­met­tant au réa­li­sa­teur de créer une vé­ri­table in­ti­mi­té avec les per­sonnes ren­con­trées et in­ter­ro­gées au cours du tour­nage. Cette proxi­mi­té trans­pa­raît dans les nom­breux té­moi­gnages in­times qui ponc­tuent le film, suc­cé­dant aux sé­quences de dé­pla­ce­ment.

Tou­chant sans être voyeu­riste

Ac­com­pa­gnant des mi­grants dans les re­fuges, at­ten­dant le pas­sage du train sur une bor­dure de quai, fuyant avec eux la po­lice mi­gra­toire, Hubert Ca­ron-guay a éga­le­ment do­cu­men­té leur ex­pé­rience concrète de marche vers le nord, sans pour au­tant mon­ter dans le train. Au cours de la dis­cus­sion sui­vant la projection du do­cu­men­taire, Hubert Ca­ron-guay ex­pli­quait n’avoir pas vou­lu fil­mer cette étape, d’une part en rai­son de sa dan­ge­ro­si­té, mais éga­le­ment en rai­son de sa conscience d’avoir le pri­vi­lège de dis­po­ser du vi­sa que ces hommes et femmes dé­si­rent et ne peuvent avoir, ne le contrai­gnant pas à ef­fec­tuer ce voyage pé­rilleux, der­nier re­cours des pro­ta­go­nistes du film.

L’al­ter­nance entre ré­cits per­son­nels et ob­ser­vat ê ion des condi­tions ma­té­rielles du voyage per­met au réa­li­sa­teur d’illus­trer la vio­lence psy­cho­lo­gique à l’oeuvre der­rière cette mi­gra­tion et d’hu­ma­ni­ser les per­sonnes qui y prennent part. Les hommes et les femmes qui se suc­cèdent de­vant la ca­mé­ra re­tracent leurs par­cours per­son­nels, leurs ex­pé­riences de la vio­lence, mais aus­si leurs es­poirs quant à ce voyage vers le nord sou­vent ef­fec­tué à plu­sieurs re­prises sans suc­cès. Seuls leurs vi­sages éclai­rés ap­pa­raissent à l’écran, le reste de leur corps étant plon­gé dans le noir. Ce jeu sur la lu­mière par­court le film, per­met­tant au réa­li­sa­teur d’illus­trer vi­suel­le­ment la ten­sion entre les as­pi­ra­tions des mi­grants et l’in­ten­si­té de la vio­lence vé­cue. Des­tier­ros par­vient à mon­trer la bru­ta­li­té de l’exil, l’in­cer­ti­tude qui l’ha­bite et les as­pi­ra­tions qui l’animent. Hubert Ca­ron- Guay signe un do­cu­men­taire émou­vant et élo­quent. Par un tour de force ci­né­ma­to­gra­phique, Des­tier­ros redonne la pa­role à ces hommes et ces femmes sou­vent in­vo­qués dans les dé­bats pu­blics nord-amé­ri­cains re­la­tifs à la mi­gra­tion,mais ja­mais réel­le­ment écou­tés. x

Hubert Ca­ron Guay films du 3 mars

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