On ne meurt qu’une fois…

Une conver­sa­tion sur l’état ac­tuel de l’aide mé­di­cale à mou­rir au Qué­bec.

Le Délit - - Actualités - Alexandre Zol­ler Le Dé­lit

Étaient pré­sents pour en par­ler la Dr. Jo­ce­lyn Dow­nie, pro­fes­seure de droit et d’éthique dans le do­maine de la san­té à la fa­cul­té de droit Schu­lich de l’uni­ver­si­té Dal­hou­sie, le Dr. Alain Naud, mé­de­cin au CHU de Qué­bec et pro­fes­seur à la fa­cul­té de mé­de­cine de l’uni­ver­si­té La­val et Me. Jean-pierre Mé­nard, avo­cat exer­çant de­puis plus de trente ans qui s’est fait par­ti­cu­liè­re­ment re­mar­quer au cours de sa car­rière pour ses dos­siers en lien avec le do­maine mé­di­cal. L’évè­ne­ment, qui était or­ga­ni­sé par le Me­di­cal Student Stu­dy Group on Phy­si­cian-As­sis­ted Dying, la Re­vue de droit et de san­té de Mcgill et l’as­so­cia­tion des étu­diants en droit de Mcgill, s’est dé­rou­lé lun­di der­nier au New Chan­cel­lor Day Hall.

Faire le point : deux ans de pra­tique

Le Dr. Alain Naud est le pre­mier à prendre la pa­role. Il connait bien l’eu­tha­na­sie. Il a eu l’oc­ca­sion de la pra­ti­quer à plu­sieurs re­prises. « Tout com­mence avec le for­mu­laire de de­mande », de­vant être si­gné de la main du pa­tient de­vant trois té­moins pré­cise-t-il. « Le pre­mier té­moin doit être un pro­fes­sion­nel de san­té […], ce ne doit pas être obli­ga­toi­re­ment un mé­de­cin […], et les deux autres [té­moins] ne doivent être ni de la fa­mille du pa­tient ni im­pli­qués dans son trai­te­ment ». Il se lance alors dans une des­crip­tion des der­nières heures pré­cé­dant le dé­cès du pa­tient: « J’ar­rive tou­jours une heure avant pour ras­su­rer le pa­tient [et dire] que je suis là, que je ne vais pas être en re­tard. On ne peut pas être en re­tard quand il s’agit d’un mo­ment en lien avec la mort. Je ren­contre tou­jours la fa­mille aus­si, c’est im­por­tant […]. Je leur ex­plique ce que je vais faire, ce qu’ils vont voir […]. On re­de­mande en­suite au pa­tient s’il n’a pas chan­gé d’avis, c’est un des cri­tères ». Après avoir lais­sé au pa­tient du temps avec sa fa­mille pour ce der­nier mo­ment de com­mu­nion, il re­vient cinq mi­nutes avant l’heure pré­vue: « Quand le pa­tient est prêt, il me dit: ‘’Al­lons-y’’ et je dé­bute les in­jec­tions […]. Le pre­mier pro­duit per­met d’en­dor­mir le pa­tient. Le se­cond sert à lut­ter contre l’ir­ri­ta­tion pro­vo­quée par le pre­mier pro­duit. Le troi­sième est un anes­thé­siant gé­né­ral […], le qua­trième pro­voque l’ar­rêt des muscles et donc de la res­pi­ra­tion […], mais au bout [de l’in­jec­tion] du troi­sième pro­duit, le pa­tient a dé­jà ar­rê­té de res­pi­rer ».

Un pro­blème de conscience?

Dr. Naud ajoute qu’il est tout à fait com­pré­hen­sible que cer­tains mé­de­cins ne soient pas à l’aise avec la mort, évo­quant même un pro­blème de conscience pour cer­tains. Il in­siste tou­te­fois sur le fait que le mé­de­cin a le de­voir de trou­ver une so­lu­tion pour son pa­tient qui de­mande l’aide mé­di­cale à mou­rir. À ce pro­pos, Jo­ce­lyn Dow­nie pré­sente des chiffres frap­pants. D’après une étude, seuls 22% des mé­de­cins au­raient réel­le­ment un pro­blème de conscience, les 78% res­tants re­fu­sant en rai­son de « la culpa­bi­li­té qu’ils res­sen­ti­raient, le manque d’ex­per­tise, la peur de la stig­ma­ti­sa­tion par ses pairs et le fait que ce pro­ces­sus prenne trop de temps ».

Tou­jours sur la même voie, Jo­ce­lyn Dow­nie adresse un pro­blème im­por­tant qui est le manque d’ac­cès à l’aide mé­di­cale à mou­rir, al­lant même jus­qu’à com­pa­rer cer­tains cas à des « his­toires d’hor­reurs» , fai­sant ré­fé­rence à des pa­tients ayant le droit de bé­né­fi­cier de cette pra­tique, sou­hai­tant mettre fin à leurs souf­frances […] et qui pour­tant en sont em­pê­chés. Me. Mé­nard rap­pelle ce­pen­dant que les hô­pi­taux pu­blics au Qué­bec pra­tiquent tous l’aide mé­di­cale à mou­rir.

Les pro­pos du Dr. Dow­nie rap­pellent à quel point la vie est de­ve­nue dif­fi­cile pour ces per­sonnes vou­lant bé­né­fi­cier de l’eu­tha­na­sie. D’après le por­tail san­té du gou­ver­ne­ment du Qué­bec, les exi­gences re­quises sont les sui­vantes: «être as­su­ré au sens de la Loi sur l’as­su­rance ma­la­die; être ma­jeure; être apte à consen­tir aux soins; être en fin de vie; avoir une si­tua­tion mé­di­cale qui se ca­rac­té­rise par un dé­clin avan­cé et ir­ré­ver­sible de ses ca­pa­ci­tés; éprou­ver des souf­frances phy­siques ou psy­chiques constantes in­sup­por­tables et qui ne peuvent être apai­sées dans des condi­tions ju­gées to­lé­rables».

Alors que, l’évè­ne­ment prend fin, tout le monde semble avoir por­té un grand in­té­rêt au su­jet qui n’en de­meure pas moins sen­sible, comme sou­vent lors­qu’il est ques­tion de la fin de vie. x

ca­pu­cine lor­ber

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