Éva­sion toute en len­teur

Le temps s’ar­rête au Théâtre Mai­son­neuve.

Le Délit - - Culture - clé­mence au­zias Le Dé­lit

Il faut par­fois sa­voir ra­len­tir le temps et prendre le temps de vivre. C’est ce que per­met de faire la cho­ré­graphe taï­wa­naise Lin Lee- Chen à tra­vers son nou­veau spec­tacle, Ré­sur­gences Oni­riques. La len­teur, la pu­re­té mais aus­si l’éner­gie sont au ren­dez-vous sur la scène du Théâtre Mai­son­neuve pour of­frir à l’au­dience un spec­tacle hors du temps.

La len­teur prend le des­sus

Lee- Chen crée im­mé­dia­te­ment une am­biance lente avec l’en­trée en scène de deux mu­si­ciens qui s’avancent pas à pas pour fi­na­le­ment com­men­cer à jouer une mu­sique in­tense. Le pu­blic, prin­ci­pa­le­ment amé­ri­cain ou eu­ro­péen, ne tient pas en place de­vant ce choc de cultures. Cer­tains tous­sotent, d’autres se jettent des re­gards confus et tous se de­mandent quand le spec­tacle pren­dra son en­vol.

Si leur idée d’un spec­tacle consiste en des mou­ve­ments tech­niques en­chaî­nés à vive allure, ils pour­ront at­tendre long­temps; la len­teur est om­ni­pré­sente et il faut ap­prendre à l’ap­pri­voi­ser.

Heu­reu­se­ment, dans le monde de LeeC­hen, len­teur n’équi­vaut pas à en­nui ou manque d’éner­gie. Au contraire, l’au­dience peut res­sen­tir le dy­na­misme bouillon­nant des dan­seurs, chan­teurs et mu­si­ciens. Dès le com­men­ce­ment, une dan­seuse seule, presque nue, re­cou­verte de poudre blanche et pa­rée d’une che­ve­lure dé­me­su­rée, fait tour­ner sa tête et ses che­veux au son des tam­bours. Lee- Chen in­tro­duit au fil du spec­tacle les thèmes de la pu­re­té et de la na­ture qu’elle conti­nue de dé­ve­lop­per à tra­vers chaque mise en scène.

Pu­re­té et éner­gie

Pour ce qui est de la pu­re­té, les cos­tumes tra­di­tion­nels re­couvrent très peu le corps des dan­seurs, et leurs mou­ve­ments res­tent sobres. Éclai­rés de ma­nière à in­ten­si­fier les contrastes de cou­leur, ils font sur­gir des en­chaî­ne­ments presque in­hu­mains par leurs quelques mou­ve­ments purs et lents.

Le spec­tacle prend un tour­nant quand, sou­dain, alors que tout est fait dans le cal­cul lent des mou­ve­ments, toute l’éner­gie jus­qu’alors conte­nue, ex­plose au grand jour dans une suite de mou­ve­ments tri­baux, qui res­semblent à une lutte sans con­tact. Les dan­seurs tournent, crient, courent sur scène et en­traînent le pu­blic dans un tour­billon d’éner­gie qui marque, d’au­tant plus qu’il est in­at­ten­du au mi­lieu de toute cette len­teur.

Si cette ex­plo­sion d’éner­gie est de toute beau­té et em­barque le spec­ta­teur, il est dom­mage que le spec­tacle ne se ter­mine pas sur cette note. En ef­fet, il fut dif­fi­cile de re­ve­nir à la len­teur pas­sée et la fin s’est fait at­tendre. Si ce­la peut af­fa­dir la ma­gie créée par Lee- Chen, les ap­plau­di­se­ments et les re­gards du pu­blic té­moignent de son émer­veille­ment.

Créer un uni­vers hors du temps

Quand les lu­mières se ral­lument c’est un vé­ri­table re­tour à la réa­li­té qui se pro­duit. C’est comme si l’au­dience re­ve­nait d’un long voyage, pen­dant le­quel elle n’a pas mar­ché au rythme de la tech­no­lo­gie et de l’em­pres­se­ment constant mais plu­tôt à ce­lui des tam­bours et des cycles de la na­ture. Lee- Chen offre donc quelques heures hors du temps pour s’éva­der du stress quo­ti­dien et s’en­vo­ler vers une at­mo­sphère pai­sible. x

MI­CHEL CAVALCA

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