Nuan­cer le pro­grès: de la so­cié­té de de­main à la com­mu­nau­té LGBTQ+

Le Délit - - Éditorial - La­ra Be­nat­tar, Gré­goire Col­let ET Si­mon Tar­dif

Nous nous plai­sons à scan­der la ver­tu du pro­grès, pour­tant ce même plai­sir laisse sou­vent place à la pour­suite d’un re­mède flou dont on au­rait tout in­té­rêt à dé­fi­nir clai­re­ment les contours. Dans cette pers­pec­tive, la sec­tion Culture a ten­té d’in­ter­ro­ger les dé­fis, les mo­da­li­tés et les ef­fets de la re­pré­sen­ta­tion des com­mu­nau­tés LGBTQ+ dans l’art. Dans les pages So­cié­té, nous avons ten­té d’ou­vrir des brèches afin de per­mettre l’ap­pa­ri­tion d’un cer­tain type de dis­cours dont notre so­cié­té de de­main au­ra gran­de­ment be­soin; les ques­tions uto­piques et dé­crois­san­tistes jonchent le sol des pos­si­bi­li­tés et il nous in­combe de les faire fleu­rir.

À l’aube d’une crise éco­lo­gique sans pré­cé­dent, il ap­pa­raît évident que la pé­ren­ni­té de nos so­cié­tés dé­pen­dra de notre ca­pa­ci­té à en­tre­voir le monde comme nous ne sommes plus ha­bi­tués à le conce­voir. Ce monde de­vra être à l’op­po­sé du nôtre, ce­lui- là même qui de­puis des siècles est mar­qué d’un pro­fond manque de li­mites; le pro­grès en soi n’est pas mau­vais, en­ten­dons­nous bien, mais il prend des tour­nures dé­ca­dentes dès l’ins­tant où nous ne sa­vons plus pen­ser et conce­voir ce que l’on fait. L’en­tre­prise de re­con­fi­gu­ra­tion de nos so­cié­tés qui s’offre à nous com­mande que l’on puisse pen­ser, à la ma­nière de Spi­no­za, qu’alors que l’op­ti­miste rit et le pes­si­miste pleure, le tra­gique, quant à lui, com­prend. En ce sens, pour sau­ver l’hu­ma­ni­té, il nous fau­dra pen­ser de ma­nière gran­diose, de ma­nière in­croya­ble­ment tra­gique. Mais aus­si, c’est la beau­té du monde qu’il nous convient de sau­ver.

À l’aube de la Saint-va­len­tin, alors que les roses pleuvent et les at­tentes abondent, il semble que les normes nous dictent comment ai­mer. Cette fête nous in­vite à tendre la main vers l’autre, cher­cher à com­prendre sa vo­lon­té et prendre le temps de cé­lé­brer l’amour. Ce­la nous amène à pen­ser à celles et ceux qui aiment au­tre­ment et qui s’iden­ti­fient dif­fé­rem­ment mais qu’on ne re­pré­sente pas as­sez. Les ef­forts sont sou­vent mal­adroits, pro­ve­nant de per­sonnes que les pro­blé­ma­tiques ne touchent pas, et vé­hi­cu­lant une image des com­mu­nau­tés LGBTQ+ sté­réo­ty­pée et ré­duc­trice. Ce­pen­dant, ils sym­bo­lisent une dy­na­mique po­si­tive, por­tant en son sein le po­ten­tiel d’une plus grande in­clu­sion. Cette ligne est aus­si tra­cée par l’encre d’ar­tistes LGBTQ+ se re­ven­di­quant comme en­ga­gé·e·s ou non, per­met­tant à nombre d’entre nous de se voir mieux re­flé­té · e · s dans le mi­roir qu’il · elle · s nous tendent. La pa­lette des ar­tistes gagne en cou­leurs, lais­sant peu à peu plus de place à celles de l’ar­cen- ciel. Ain­si, c’est la beau­té de cet en­ri­chis­se­ment qu’il nous convient de sa­luer.

Les en­jeux nous in­vitent à la nuance; ils ap­pa­raissent sous de nom­breuses formes et né­ces­sitent des so­lu­tions bien par­ti­cu­lières.

Pour­suivre la crois­sance éco­no­mique ne ré­pon­dra pas aux pro­messes que ses prêtres clament of­frir et n’of­fri­ra pas né­ces­sai­re­ment un monde vi­vable pour l’être hu­main; de­vant une telle pos­si­bi­li­té, nous de­vrions être nuan­cé · e · s, vi­gi­lant · e · s.

Pour­suivre la crois­sance de la re­pré­sen­ta­tion des com­mu­nau­tés LGBTQ+ dans l’art ne mène pas né­ces­sai­re­ment à une meilleure in­clu­sion de leurs membres à la so­cié­té, pou­vant lais­ser au contraire place à des vagues d’op­pres­sion et de stig­ma­ti­sa­tion.

Être pu­bli­que­ment sou­cieux·se·s des pro­blèmes éco­lo­giques ne suf­fit pas et n’im­plique pas né­ces­sai­re­ment de vrais chan­ge­ments. Être is­su·e·s des com­mu­nau­tés LGBTQ+ ne suf­fit et n’im­plique pas né­ces­sai­re­ment de par­ler en d’autre nom que le sien.

Ce qui ap­pa­raît être du pro­grès dans les pro­cé­dés tech­no­lo­giques de nos so­cié­tés ne l’est pas né­ces­sai­re­ment, pou­vant se ré­vé­ler la source de grands ca­ta­clysmes. Ce qui ap­pa­raît être du pro­grès dans les condi­tions des per­sonnes LGBTQ+ ne l’est pas né­ces­sai­re­ment, pou­vant se ré­vé­ler la source d’évè­ne­ments des­truc­teurs.

En bref, la nuance est un ou­til pour mieux pen­ser afin de mieux agir. Bien qu’unique, le dra­peau LGBTQ+ re­pré­sente une di­ver­si­té de com­mu­nau­tés. Sans doute de­vrions-nous nous en ins­pi­rer pour pen­ser en­semble la so­cié­té de de­main. x

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