Entre éru­di­tion et fé­mi­nisme

Les Mar­gue­rite(s) brise l’es­pace et le temps et pro­voque la ren­contre d’icônes.

Le Délit - - Culture - Aziya­dé Abau­zit Les Mar­gue­rite(s) à L’es­pace Go Jus­qu’au 17 mars Mise en scène par De­nis Mar­leau & Sté­pha­nie Jas­min ca­ro­line la­berge

Sté­pha­nie Jas­min, au­trice et met­teuse en scène avec De­nis Mar­leau des Mar­gue­rite(s), re-consti­tue le por­trait de Mar­gue­rite Po­rète. Cette écri­vaine presque in­con­nue du 13e siècle a été condam­née au bû­cher pour son trai­té Mi­roir des âmes simples anéan­ties dans le­quel elle re­met­tait en ques­tion l’au­to­ri­té de l’église.

Une pièce in­no­vante

Le pro­cès de Mar­gue­rite Po­rète, pen­dant le­quel l’ac­cu­sée est res­tée si­len­cieuse, est évo­qué dans la pre­mière par­tie. La dan­seuse et cho­ré­graphe Louise Le­ca­va­lier, ac­com­pa­gnée de vio­lons stri­dents, se meut len­te­ment sur scène. La deuxième par­tie, d’au­tant plus at­ten­due par le spec­ta­teur du fait que la pre­mière par­tie dure (trop) long­temps, est sans doute la plus in­té­res­sante. Cinq Mar­gue­rite his­to­riques —de Cons­tan­ti­nople, d’york, de Na­varre, d’oingt, Du­ras— ra­content leurs liens réels ou ima­gi­nés avec la femme du Moyen-âge. Elles té­moignent éga­le­ment de leur propre his­toire de reine, prin­cesse, re­li­gieuse ou femme de lettres et de l’in­fluence du trai­té de Mar­gue­rite Po­rète sur leur vie. Sté­pha­nie Jas­min et De­nis Mar­leau font re­vivre ces Mar­gue­rite à tra­vers cha­cun de leur por­tait sculp­té grâce à un sys­tème vi­déo. Ce­lui-ci pro­jette sur les sculp­tures le vi­sage de Cé­line Bon­nier qui in­ter­prète les cinq Mar­gue­rite en avants­cène. L’idée est ori­gi­nale et bien trou­vée, mais fi­nit en fait par des­ser­vir la pièce. Voir un vi­sage par­ler sans le reste du corps de­vient pé­nible, ce qui in­cite à re­gar­der la co­mé­dienne. Mais une im­po­sante ca­mé­ra est fixée tout au­tour de sa tête, ce qui gêne éga­le­ment la vue ain­si que le jeu pour­tant juste et agréable de Cé­line Bon­nier. Cette idée de mise en scène est exé­cu­tée pour cha­cune des Mar­gue­rite, ce qui rend la deuxième par­tie très ré­pé­ti­tive.

La pièce s’achève par le té­moi­gnage d’une jeune femme d’au­jourd’hui, tom­bée par ha­sard sur Le Mi­roir des âmes simples et anéan­ties. La co­mé­dienne, quoi­qu’à la dic­tion par­faite, ré­cite son texte ex­trê­me­ment ra­pi­de­ment et sans au­cune in­ter­pré­ta­tion, ce qui est d’au­tant plus dom­mage que le texte est beau et très bien écrit.

Une am­bi­tion qui s’es­souffle

En­fin, à part le jeu des lu­mières par­ti­cu­liè­re­ment es­thé­tique et agréable, la scé­no­gra­phie des Mar­gue­rite(s) est as­sez simple et en plu­sieurs points su­per­flue. La pièce se dé­roule dans un dé­cor épu­ré, un ate­lier d’ar­tiste où se mêlent es­ca­beaux et sculp­tures. Du fait de sa len­teur et de son sta­tisme, la pièce semble du­rer bien plus long­temps qu’elle ne dure réel­le­ment. Ain­si, Les Mar­gue­rite(s) est à voir pour son cô­té ins­truc­tif et éru­dit, mais à évi­ter si l’on re­cherche du spec­ta­cu­laire ou une pièce plus conven­tion­nelle avec dra­ma­tur­gie et coups de théâtre. x

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