Créer au-de­là de la ma­la­die men­tale

Un club mc­gil­lois or­ga­nise une ex­po­si­tion d’ar­tistes at­teint·e·s de ma­la­dies men­tales.

Le Délit - - Actualités - Louise mor­te­veille Le Dé­lit ca­pu­cine lor­ber

Ce jeudi 5 avril a eu lieu le «pro­jet ima­gi­na­tion», l’évè­ne­ment le plus im­por­tant or­ga­ni­sé par les élèves du club Mc­gill Stu­dents for San­tro­pol Rou­lant. Cette soi­rée re­grou­pait de nom­breux membres de l’as­so­cia­tion San­tro­pol Rou­lant qui or­ga­nise la vie en com­mu­nau­té d’une tren­taine de per­sonnes at­teintes de ma­la­dies men­tales telles que la schi­zo­phré­nie ou en­core la dé­pres­sion. Au pro­gramme, ex­po­si­tion des oeuvres de ces ar­tistes at­teint·e·s de ma­la­dies men­tales et dis­cus­sion ou­verte sur les troubles men­taux afin de les dé­stig­ma­ti­ser.

L’ex­po­si­tion

« Je fais des pro­jets ima­gi­naires. » C’est ain­si que George Har­ris qua­li­fie ses oeuvres, ces plans de mai­sons ou d’hô­tels mont­réa­lais et new-yor­kais qu’on pou­vait ad­mi­rer lors de l’ex­po­si­tion. An­cien ar­chi­tecte pro­fes­sion­nel di­plô­mé de Yale, sa car­rière a été su­bi­te­ment in­ter­rom­pue lors­qu’il a dé­ve­lop­pé une schi­zo­phré­nie. Néan­moins, des­si­ner a tou­jours été pour lui un moyen de ra­ni­mer sa pas­sion pour l’ar­chi­tec­ture, une fa­çon de s’ex­pri­mer et de par­ta­ger avec les autres membres de la com­mu­nau­té. Comme l’a ex­pli­qué Mi­chel, vice-pré­sident (v.-p) aux Af­faires ex­ternes du club Mc­gill Stu­dents for San­tro­pol Rou­lant, l’ar­chi­tec­ture est de­ve­nue sa rai­son de vivre, ce qui lui donne une rai­son de se le­ver chaque ma­tin. Ain­si, si les élèves de Mc­gill, et no­tam­ment Mi­chel, ont dé­ci­dé d’or­ga­ni­ser cet évè­ne­ment, c’est pour per­mettre à George Har­ris de réa­li­ser un rêve: or­ga­ni­ser sa pro- pre ex­po­si­tion.cer­tain·e·s di­raient qu’il s’agit d’une fa­çon de dé­stig­ma­ti­ser le han­di­cap de ces per­sonnes et de prou­ver que non, la ma­la­die n’em­pêche pas d’ac­com­plir ses rêves. Car comme l’a af­fir­mé l’ar­tiste à pro­pos de son ex­po­si­tion « c’est ce que j’au­rais fait dans les an­nées 80 ».

Un peu plus loin dans l’ex­po­si­tion on pou­vait ad­mi­rer des vi­sages des­si­nés sur de nom­breuses ser­viettes de pa­pier. Ot­to­ni, ar­tiste et ami de Goerge Har­ris, nous ex­plique son pro­ces­sus de créa­tion: après une courte prière, il prend une ser­viette de table et gri­bouille des­sus le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Puis, l’ar­tiste contemple son des­sin, tente d’y trou­ver un vi­sage et trace les der­niers traits qui don­ne­ront vie à ce gri­bouillis. « C’est com­plè­te­ment hors de contrôle et spon­ta­né. J’aime avoir une in­ter­fé­rence la moins contrô­lée pos­sible », ex­plique-t-il.

Re­gards de la so­cié­té

Comme l’a sou­li­gné Sam, l’un des membres du club, « nous n’avons pas l’ha­bi­tude d’abor­der le su­jet des ma­la­dies men­tales, ou alors lorsque nous le fai­sons, nous ne l’abor­dons pas sous le bon angle. » Le but de la dis­cus­sion ou­verte sur la ma­la­die men­tale qui sui­vait l’ex­po­si­tion était donc de chan­ger les men­ta­li­tés visà-vis de cette ques­tion et de mettre terme à de nom­breux pré­ju­gés.

Le pre­mier pré­ju­gé que l’on peut avoir à l’égard de ces per­sonnes est qu’elles sont ma­lades, dif­fé­rentes de toutes les autres et pas com­plè­te­ment rat­ta­chées à notre réa­li­té. Les deux ar­tistes pré­sents ont avoué qu’ils se sen­taient ra­re­ment pris au sé­rieux, ra­bais­sés à de simples es­prits abru­tis par la prise de mé­di­ca­ments. Ces per­sonnes souffrent du re­gard mé­pri­sant des autres, ils se sentent per­çus comme fai­néants, vio­lents. Ain­si, les gens dans la so­cié­té ne font qu’agir comme un mi­roir, si bien que les ma­lades fi­nissent par se re­con­naître dans ces pré­ju­gés.

En­fin, une cri­tique a été ap­por­tée sur le sys­tème de san­té. Hen­ri Bars af­firme qu’il trouve ce der­nier beau­coup trop im­per­son­nel: les mé­de­cins ne les écoutent pas, il n’y a pas de contact hu­main, or c’est de ce­la dont ces per­sonnes ont be­soin.

Ot­to­ni a conclu sur cette ph­rase simple mais pour­tant lourde de si­gni­fi­ca­tions: « Je suis un hu­main ». donne une rai­son de vé­ri­fier que tout le monde va bien. x

Le 27 mars 2018, le Con­seil du Sta­tut de la Femme du Qué­bec ( CSF) a ap­pe­lé à la réou­ver­ture du dé­bat sur la ré­mu­né­ra­tion des mères por­teuses dans la ré­gion du Qué­bec. In­ter­dit de­puis 2004, la ré­tri­bu­tion d’une mère por­teuse est pas­sible de 500 000 dol­lars d’amende et de 10 ans de pri­son maxi­male. Après avoir dé­non­cé sans re­lâche l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des mères por­teuses et l’at­teinte à la di­gni­té de la femme, le con­seil fait face à une réa­li­té. Les couples in­fer­tiles sont de plus en plus nom­breux à se rendre aux États-unis où la ges­ta­tion pour au­trui (ou GPA, ndlr) est lé­ga­li­sée et ré­mu­né­rée, ou en Inde où payer une mère por­teuse est moins coû­teux. D’autres couples se rendent dans d’autres ré­gions du Ca­na­da comme l’on­ta­rio, où le re­cours à une mère por­teuse est lé­gal et la fi­lia­tion est ac­cor­dée aux pa­rents. Face aux en­fants nés à l’étran­ger dont le sta­tut ju­ri­dique n’est pas clair et aux pa­rents qui doivent faire af­faire à la jus­tice afin d’ob­te­nir l’adop­tion de leur en­fant, le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois doit prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés en ac­cor­dant un sta­tut of­fi­ciel aux en­fants nés loin des mé­thodes tra­di­tion­nelles.

Deux camps

Les dé­pu­té·e·s li­bé­raux du par­ti de Jus­tin Tru­deau, le pre­mier mi­nistre ca­na­dien, dé­fendent l’idée que « les femmes de­vraient être en contrôle de leur corps ». Ain­si, se­lon le dé­pu­té mont­réa­lais An­tho­ny Hou­se­fa­ther, ces femmes qui portent un en­fant pen­dant neuf mois de­vraient être ré­tri­buées pour leur ser­vice. L’op­po­si­tion dé­nonce l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion du corps de la femme, l’at­teinte à la li­ber­té de la mère por­teuse ré­mu­né­rée pour don­ner la vie et la mar­chan­di­sa­tion de l’en­fant, pour le­quel les couples payent. Le dé­pu­té Hou­se­fa­ther voit en ce dé­bat l’adap­ta­tion de la loi face aux chan­ge­ments so­cié­taux et dé­clare que « les moeurs au Ca­na­da ont chan­gé et c’est le temps de chan­ger une loi qui [re­flète] les idées d’une autre gé­né­ra­tion ». La dé­pu­tée et mé­de­cin He­di Fry quant à elle, voit en ce­la un dan­ger pour les droits de la femme com­pa­rable au ro­man La Ser­vante Écar­late qui mène à la cho­si­fi­ca­tion des femmes fer­tiles trans­for­mées en es­claves sexuelles.

Vers une meilleure lé­gis­la­tion?

Le Qué­bec est au­jourd’hui la seule ré­gion ca­na­dienne à in­ter­dire la ré­tri­bu­tion d’une mère por­teuse et cer­tains cas ju­ri­diques dé­montrent la com­plexi­té du sta­tut fi­lial des en­fants. Pour les couples ho­mo­sexuels, l’adop­tion par le deuxième père ou la mère non bio­lo­gique reste la so­lu­tion la plus en­vi­sa­gée mais elle se fait sou­vent en On­ta­rio où la re­con­nais­sance fi­liale est lé­ga­li­sée. En­ca­drer la GPA se­rait donc la meilleure so­lu­tion pour per­mettre aux mères por­teuses de vivre di­gne­ment et aux couples d’avoir la ga­ran­tie d’une re­con­nais­sance ju­ri­dique. Dans un cadre or­ga­ni­sé, une mère por­teuse se­rait ain­si pré­pa­rée psy­cho­lo­gi­que­ment à une gros­sesse. Cer­tains dé­pu­tés pro­posent d’ailleurs d’obli­ger ces der­nières à en avoir dé­jà vé­cu une. Mal­gré tout, la GPA res­te­ra un su­jet sen­sible dans les an­nées à ve­nir. x

Ca­pu­cine lor­ber

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