La pa­ri­té hommes-femmes: dans une ou deux gé­né­ra­tions ?

Le Devoir - - LA UNE - ISA­BELLE POR­TER JEANNE COR­RI­VEAU

Les sta­tis­tiques sur le vieillis­se­ment des élus cachent une réa­li­té sur­pre­nante: au der­nier scru­tin, les femmes comp­taient pour 40% des can­di­dats chez les plus jeunes. Une qua­si-pa­ri­té qui laisse pré­sa­ger des chan­ge­ments no­toires dans l’ave­nir.

«La po­li­tique mu­ni­ci­pale est sur­tout une af­faire d’hommes plus âgés, sauf que la ten­dance va en s’in­ver­sant. Le nombre de can­di­dates, sur­tout des jeunes, a ten­dance à aug­men­ter de­puis 2005», sou­ligne Jé­rôme Cou­ture, cher­cheur post­doc­to­ral au Dé­par­te­ment de science po­li­tique de l’Uni­ver­si­té La­val.

« Avec le temps, donc d’ici une ou deux gé­né­ra­tions, on peut s’at­tendre à une pro­por­tion de can­di­da­tures proche de la pa­ri­té. Si la ten­dance se pour­suit évi­dem­ment. »

L’at­teinte du seuil de 40% chez les jeunes femmes étonne d’au­tant plus que, dans l’en­semble des groupes d’âge, elles comptent pour seu­le­ment 29,9% des élus. Une pro­por­tion qui in­clut les postes de conseillères puisque seu­le­ment 17,7% des maires sont des femmes au Qué­bec.

Comment l’ex­pli­quer? En par­tie par la ra­re­té des par­tis po­li­tiques mu­ni­ci­paux, note Jé­rôme Cou­ture. «Les par­tis po­li­tiques vont s’ef­for­cer de pré­sen­ter plus de di­ver­si­té dans leurs can­di­da­tures, dit-il. Il faut com­prendre que, dans les tranches d’âge plus éle­vées, les femmes ont été so­cia­li­sées dans un monde où faire de la po­li­tique était moins va­lo­ri­sé pour elles. »

His­toire de contrer ce­la, le gou­ver­ne­ment et les as­so­cia­tions mu­ni­ci­pales ont mul­ti­plié les cam­pagnes en vue des élec­tions de cet au­tomne. «J’ai vé­cu une belle ex­pé­rience », lance la mai­resse de Lon­gueuil, Ca­ro­line Saint-Hi­laire, dans une cap­sule vi­déo du mi­nis­tère des Af­faires mu­ni­ci­pales. «Fai­tes­vous confiance, vous êtes les élues de de­main.»

La cam­pagne de l’Union des mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec (UMQ) montre une dame qui, de­puis le comptoir du ca­fé où elle tra­vaille, fait cam­pagne pour fi­nan­cer une nou­velle pa­ti­noire. «Ça prend des femmes comme vous. »

Royaumes mas­cu­lins

«C’est le boy’s club qui se brise», es­time la mai­resse de Notre-Da­mede-l’Île-Per­rot, Da­nie Des­chênes. «S’il y avait plus de femmes au sein des conseils mu­ni­ci­paux, la dy­na­mique se­rait dif­fé­rente.»

De­puis que les élec­tions mu­ni­ci­pales ont lieu si­mul­ta­né­ment dans toutes les villes du Qué­bec, les cher­cheurs ont ac­cès à des sta­tis­tiques beau­coup plus pré­cises sur ces ques­tions.

Les don­nées du mi­nis­tère des Af­faires mu­ni­ci­pales ré­vèlent en outre que, pen­dant le der­nier man­dat, 78 conseils mu­ni­ci­paux ne comp­taient que des hommes au Qué­bec après les élec­tions de 2013. Un seul était ex­clu­si­ve­ment fé­mi­nin, à Ri­vière-Saint-Jean, sur la Côte-Nord. Cette ré­gion compte d’ailleurs la plus forte pro­por­tion de femmes au mu­ni­ci­pal, de­vant Qué­bec et Mon­tréal.

Mé­dias so­ciaux

Reste que l’ar­ri­vée des mé­dias so­ciaux dans les cam­pagnes élec­to­rales rend l’exer­cice éprouvant pour de nom­breuses femmes, ont confié plu­sieurs élues. « Les mé­dias so­ciaux sont dif­fi­ciles. Les gens écrivent des com­men­taires. C’est comme s’ils pen­saient qu’on ne les lit pas. C’est fa­cile, avec les mé­dias so­ciaux, de vivre une dé­rape, ob­serve Na­dia Mi­nas­sian, pré­fète de la MRC du Ro­cher-Per­cé. Je crois que les gens ou­blient qu’il y a un hu­main der­rière le po­li­ti­cien. Les hommes ont peut-être ten­dance à moins s’en plaindre, mais je suis sûre que ça les af­fecte tout au­tant.»

JACQUES NA­DEAU LE DE­VOIR

Josée La­ten­dresse, can­di­date du par­ti Lon­gueuil Ci­toyen aux élec­tions mu­ni­ci­pales de no­vembre pro­chain

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