Le pe­tit Lou­ka re­trou­vé sain et sauf

Ugo Fre­dette, prin­ci­pal sus­pect et père de l’en­fant, a été ar­rê­té en On­ta­rio

Le Devoir - - ACTUALITÉS - AMÉLI PINEDA

Un iti­né­raire de plus de 1400km, des di­zaines d’heures de route et trois vé­hi­cules dif­fé­rents uti­li­sés: la ca­vale d’Ugo Fre­dette, prin­ci­pal sus­pect dans l’en­lè­ve­ment de son fils, Lou­ka, et la mort de sa conjointe, s’est fi­na­le­ment ter­mi­née ven­dre­di tan­dis que tout le Qué­bec s’est mo­bi­li­sé pour re­trou­ver l’en­fant.

« Le jeune Lou­ka est sain et sauf et son père, Ugo, a été ar­rê­té. C’est une nou­velle heu­reuse et on sou­ligne la col­la­bo­ra­tion de tout le monde», a in­di­qué Mar­tine As­se­lin, porte-pa­role de la Sû­re­té du Qué­bec (SQ).

Le père de fa­mille de 41 ans et l’en­fant de six ans ont été in­ter­cep­tés à Grif­fith, en On­ta­rio, après une ca­vale de près de 24 heures.

Jus­qu’à la der­nière se­conde, l’homme au­rait ten­té de fuir. Les po­li­ciers ont dû uti­li­ser un ta­pis à clous pour im­mo­bi­li­ser le vé­hi­cule. Une pour­suite à pied a même été né­ces­saire pour at­tra­per le pré­su­mé ra­vis­seur.

Quelques heures plus tôt, Ugo Fre­dette avait été aper­çu à Na­pa­nee, près de King­ston, à bord d’un vé­hi­cule Hon­da CR-V gris.

Mais au mo­ment où le Qué­bec pous­sait un sou­pir de sou­la­ge­ment, la SQ a de nou­veau de­man­dé l’aide du pu­blic, puis­qu’Yvon La­casse, un ré­sident de La­chute à qui ap­par­tien­drait le vé­hi­cule uti­li­sé par Fra­dette lors de sa fuite, manque à l’ap­pel.

«Il au­rait pu être lais­sé à un en­droit. On sait que le sus­pect a fait beau­coup de route», a in­di­qué Mme As­se­lin.

Drame conju­gal

L’alerte Am­ber a été lan­cée jeu­di soir après que le corps de Vé­ro­nique Barbe, la mère de Lou­ka, a été re­trou­vé sans vie dans une ré­si­dence du bou­le­vard An­toine-Sé­guin, à Saint-Eus­tache.

Mme Barbe était aus­si la mère de trois autres en­fants nés d’une union pré­cé­dente.

Les premiers élé­ments ré­vé­lés par les po­li­ciers portent à croire qu’il s’agit d’un drame conju­gal.

Se­lon le psy­chiatre Gilles Cham­ber­land, la fuite de l’homme avec son en­fant lais­sait pen­ser que le père au­rait vou­lu épar­gner son fils.

«S’il est par­ti avec son en­fant, il y a un mi­ni­mum d’es­poir. Ce qu’on voit sou­vent dans les drames conju­gaux, c’est que l’homme voit sa conjointe comme le centre de son uni­vers. Sa­chant que la mort de celle-ci a été confir­mée, l’hy­po­thèse du dé­sir de ven­geance qui ex­pli­que­rait l’en­lè­ve­ment du gar­çon s’écarte. On pour­rait plu­tôt pen­ser que l’homme voit son en­fant comme la seule chose qui lui reste et donc tente de se sau­ver avec lui», sou­ligne le Dr Cham­ber­land, qui est aus­si di­rec­teur des ser­vices pro­fes­sion­nels de l’Ins­ti­tut Phi­lip­pePi­nel, à Mon­tréal.

Dans les se­maines ayant

Vé­ro­nique Barbe, la mère de Lou­ka, a été re­trou­vée sans vie dans une ré­si­dence du bou­le­vard An­toine-Sé­guin, à SaintEus­tache

pré­cé­dé le drame, les po­li­ciers avaient été ap­pe­lés au do­mi­cile du couple pour des pro­blèmes conju­gaux.

« Ugo, c’est un dé­pen­dant af­fec­tif et son couple ne fonc­tion­nait pas. Ils se sont lais­sés au moins cinq fois de­puis qu’ils sont en­semble. Je lui avais dit de ne plus in­sis­ter, mais il s’achar­nait sur cette re­la­tion», a ra­con­té au De­voir Ste­phan Parent, un ami du couple.

L’iro­nie, dit-il, c’est qu’Ugo Fre­dette tra­vaillait de près avec lui sur des do­cu­men­taires por­tant sur les crimes non ré­so­lus et les dis­pa­ra­tions, dont celle de Cé­dri­ka Pro­ven­cher.

«C’est un gars im­pul­sif. Quand il se sent re­je­té, il se met ra­pi­de­ment en mode dé­fen­sif, mais je ne l’ai ja­mais vu être violent. Ni avec son fils, ni avec Vé­ro, ni avec les autres en­fants à Vé­ro »,a men­tion­né M. Parent.

Les signes de dé­tresse sem­blaient pré­sents, in­dique Ré­mi Bi­lo­deau, di­rec­teur d’À coeur d’homme, un or­ga­nisme qui aide les hommes aux prises avec des com­por­te­ments vio­lents, qui rap­pelle qu’il ne faut pas «ba­na­li­ser» le com­por­te­ment d’un in­di­vi­du lors d’une rup­ture.

« [Ugo Fre­dette] est dans notre clien­tèle type. L’en­tou­rage a l’im­pres­sion de ne pas avoir eu de signes avant-cou­reurs, mais dans les cas de vio­lence conju­gale ou d’ho­mi­cide conju­gal, c’est sou­vent l’in­com­pré­hen­sion de la sé­pa­ra­tion qui mo­tive le geste. En 2017, c’est en­core ta­bou de po­ser des ques­tions aux hommes, mais il ne faut pas hé­si­ter, les res­sources existent, mais sont en­core mé­con­nues», sou­ligne M. Bi­lo­deau.

Le sus­pect au­ra te­nu les po­li­ciers en ha­leine pen­dant près d’une jour­née com­plète.

Ugo Fre­dette au­rait en­le­vé son fils à Saint-Eus­tache. Son vé­hi­cule a été re­trou­vé pen­dant la nuit à La­chute. L’homme au­rait en­suite été aper­çu à RouynNo­ran­da, où il au­rait pas­sé la nuit de jeu­di à ven­dre­di dans un mo­tel. Le fu­gi­tif se­rait en­suite re­par­ti vers Ma­ni­wa­ki, où on rap­por­tait l’avoir vu seul. En après-mi­di, les po­li­ciers ont in­di­qué qu’il se trou­ve­rait en On­ta­rio.

Le pre­mier mi­nistre Philippe Couillard a qua­li­fié l’événement «d’hor­rible tra­gé­die».

«Tout ce qu’on peut faire est en train d’être fait, je peux vous le dire », avait-il as­su­ré quelques heures avant que la SQ re­trouve l’en­fant.

D’autre part, M. Couillard a in­vi­té les ac­teurs de la so­cié­té à «conti­nu[er] de ré­flé­chir en­semble sur la fa­çon de […] pré­ve­nir le plus pos­sible» de tels drames. «Il faut éga­le­ment ré­flé­chir à ces tra­gé­dies fa­mi­liales — qui se pro­duisent […] mal­heu­reu­se­ment trop sou­vent —, sur toutes les ten­sions so­ciales au­tour de ça, quand tout le mal­heur de vivre des gens s’ex­prime à tra­vers des tra­gé­dies épou­van­tables», a-til dit à la presse.

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