Cette hausse des taux qui nous at­tend

Le Devoir - - ÉCONOMIE - GÉ­RARD BÉ­RU­BÉ

La hausse ra­pide, en deux coups, du taux di­rec­teur de la Banque du Ca­na­da n’est qu’un dé­but. Un consen­sus semble se des­si­ner au­tour d’une aug­men­ta­tion ad­di­tion­nelle de quelque 100 points de base d’ici la fin de 2018.

La Banque du Ca­na­da est pas­sée de la pa­role à l’acte. Après une ac­cal­mie de sept ans, une pre­mière hausse, de 25 points, de son taux cible au jour le jour a été com­man­dée en juillet. Une deuxième est ve­nue en sep­tembre, un mois plus tôt que pré­vu. Bref, le taux cible a dou­blé en sept se­maines pour at­teindre 1%. Et il de­vrait en­core dou­bler d’ici la fin de 2018, nombre de pré­vi­sion­nistes si­tuant ce taux de ré­fé­rence à 2 %.

L’im­pact sur les taux va­riables a été im­mé­diat. Et sur les taux pro­mo­tion­nels sur les échéances de cinq ans. Pour le cré­dit à consom­ma­tion, le loyer de l’ar­gent s’ap­puie dé­sor­mais sur un taux pré­fé­ren­tiel pas­sé de 2,7 % à 3,2 %.

Quant à la sen­si­bi­li­té, le cour­tier Mul­ti-Prêts a dé­jà es­ti­mé que chaque hausse de 25 points équi­va­lait à 6 $ par mois par tranche de 50 000 $ d’hy­po­thèque. Ce­la re­joint les es­ti­ma­tions de la Banque Lau­ren­tienne, qui chif­frait l’im­pact moyen an­nuel d’une hausse de 25 points de base à 360 $ pour une hy­po­thèque de 235 000 $ et à 630$ pour une hy­po­thèque de 400 000$, soit l’équi­valent de 76$ an­nuel­le­ment par 50 000 $ d’hy­po­thèque.

Pour les taux fixes, plus sen­sibles aux aléas des taux sur le mar­ché obli­ga­taire, les ana­lystes ob­servent pré­sen­te­ment un apla­tis­se­ment de la courbe de ren­de­ment, le taux sur les échéances plus courtes ayant pro­gres­sé da­van­tage que ce­lui sur les échéances plus loin­taines. Or, il existe un pro­blème de per­cep­tion et d’an­ti­ci­pa­tion, ici. Ma­thieu D’Anjou, éco­no­miste prin­ci­pal au Mou­ve­ment Des­jar­dins, a no­té que les si­gnaux ve­nant du mar­ché amé­ri­cain in­diquent que les in­ves­tis­seurs ne pré­voient qu’une nou­velle hausse, de 30 points de base, du taux sur les fonds fé­dé­raux d’ici la fin de 2018, alors que les di­ri­geants de la Ré­serve fé­dé­rale sug­gé­raient plu­tôt une pro­gres­sion de 100 points sur cet ho­ri­zon.

La lec­ture de la Fed semble être la plus lo­gique, d’au­tant que «les banques cen­trales semblent de plus en plus conscientes des dan­gers pour la sta­bi­li­té fi­nan­cière de main­te­nir des po­li­tiques ex­trê­me­ment ac­com­mo­dantes», écrit l’ana­lyste de Des­jar­dins. Ce fai­sant, «la ten­dance haus­sière des taux de court terme ne pour­ra pas se pour­suivre long­temps sans in­fluen­cer les taux de long terme».

L’évo­lu­tion de l’in­fla­tion se­ra dé­ter­mi­nante. «Nos ana­lyses tendent ce­pen­dant à conclure que l’in­fla­tion de­vrait pro­gres­si­ve­ment re­mon­ter vers les ni­veaux ci­blés par les banques cen­trales au cours des pro­chains tri­mestres alors que des fac­teurs tem­po­raires se dis­si­pe­ront et que les ca­pa­ci­tés ex­cé­den­taires de pro­duc­tion des éco­no­mies nord-amé­ri­caines se­ront bien­tôt épui­sées », pour­suit Ma­thieu D’Anjou.

Quant aux taux, le taux va­riable af­fi­ché os­cille pré­sen­te­ment au­tour de 4,2%. Le taux fixe af­fi­ché est d’en­vi­ron 3,24% pour une échéance d’un an, de 3,39% pour trois ans et de 4,84% pour cinq ans. À par­tir des pro­jec­tions de l’ana­lyste, ces taux fixes af­fi­chés pour­raient se si­tuer à 4,25%, 4,5% et 6% res­pec­ti­ve­ment à la fin de 2018. Le taux pré­fé­ren­tiel se­rait à 3,95 %.

Face à ces pers­pec­tives, l’on peut craindre une dé­té­rio­ra­tion de la san­té fi­nan­cière des mé­nages. Dans les der­nières don­nées sur l’en­det­te­ment dé­voi­lées ven­dre­di par Sta­tis­tique Ca­na­da, on ob­serve une aug­men­ta­tion du ra­tio d’en­det­te­ment au deuxième tri­mestre com­bi­né à un re­cul de la va­leur nette des mé­nages par ha­bi­tant. Le re­ve­nu des mé­nages a grim­pé de 1,2%, tan­dis que leur dette sur le mar­ché du cré­dit a pro­gres­sé de 1,9%. La dette hy­po­thé­caire a aug­men­té de 1,6 % et le cré­dit à la consom­ma­tion s’est ac­cru de 2,4 %.

Pour l’As­so­cia­tion ca­na­dienne de l’im­meuble, l’hé­si­ta­tion se fait sen­tir sur le mar­ché im­mo­bi­lier. «L’ex­pé­rience montre que les ache­teurs sur­veillent de près les taux d’in­té­rêt et que les hausses ef­fec­tuées ré­cem­ment in­ci­te­ront cer­tains d’entre eux à pas­ser à l’ac­tion avant que les taux grimpent à nou­veau, alors que d’autres pré­fé­re­ront at­tendre. »

«Alors que l’éco­no­mie ca­na­dienne semble conti­nuer de croître à un bon rythme au troi­sième tri­mestre, une autre hausse de taux pour­rait être dé­cré­tée à l’au­tomne. Par la suite, la Banque du Ca­na­da de­vrait adop­ter un rythme plus gra­duel dans ses hausses de taux», ont conclu les éco­no­mistes de Des­jar­dins.

Quant à la sen­si­bi­li­té, le cour­tier Mul­ti-Prêts a dé­jà es­ti­mé que chaque hausse de 25 points équi­va­lait à 6$ par mois par tranche de 50 000$ d’hy­po­thèque

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