Le po­ten­tiel des saillies vé­gé­ta­li­sées

Et si on trans­for­mait les saillies en jar­din de pluie ou en aire de bio­ré­ten­tion?

Le Devoir - - LE COIN VERT - LISE GOBEILLE lgo­beille@le­de­voir.com

De­puis quelques an­nées, des saillies vé­gé­ta­li­sées sont ap­pa­rues à l’angle de nom­breuses rues de Mon­tréal afin de ra­len­tir la cir­cu­la­tion. Elles rem­plissent fort bien cet ob­jec­tif et, en plus, elles em­bel­lissent la ville.

Mais ne se­rait-il pas pos­sible qu’elles jouent un plus grand rôle dans la ges­tion de l’eau de ruis­sel­le­ment? Car les épisodes de pluies abon­dantes sont de plus en plus fré­quents et, dans cer­tains sec­teurs, les ré­seaux d’aque­duc sont ra­pi­de­ment sur­char­gés.

Comment pour­raient-elles jouer ce rôle? Si on trans­for­mait les saillies vé­gé­ta­li­sées, dans les en­droits où ce­la se prête, en jar­din de pluie ou en aire de bio­ré­ten­tion ayant une en­trée pour l’eau de ruis­sel­le­ment sur la rue. L’eau, en étant ab­sor­bée par les plantes et en per­co­lant à tra­vers le sol, ré­dui­rait la charge sur les ré­seaux d’aque­duc et se­rait de plus dé­con­ta­mi­née. Les jardins de pluie sont une phy­to­tech­no­lo­gie de plus en plus uti­li­sée en mi­lieu ur­bain.

J’ai me­né ma pe­tite en­quête, qui n’est évi­dem­ment pas ex­haus­tive, mais qui donne néan­moins une idée de la si­tua­tion à Mon­tréal.

Une étude sur le Pla­teau

Dans Ro­se­mont–La Pe­ti­tePa­trie, il se conçoit ac­tuel­le­ment une grande quan­ti­té de saillies. Étant don­né que cet ar­ron­dis­se­ment a connu des re­fou­le­ments d’égouts lors de pluies abon­dantes, je l’ai contac­té en pre­mier

«Nos saillies ont un sys­tème de ges­tion des eaux plu­viales. L’eau qui ruis­selle des trot­toirs y est di­ri­gée et cer­taines saillies ont un trop-plein en cas de pluie abon­dante. [Tou­te­fois,] la na­ture du sol dans Ro­se­mont, du roc, ne per­met pas la ges­tion des eaux plu­viales de toute une rue à tra­vers l’amé­na­ge­ment de saillies, mais l’amé­na­ge­ment des es­paces de ver­dure entre les trot­toirs et la rue per­met de ré­duire la quan­ti­té d’eau en­voyée aux égouts», ex­plique Ma­rie-Claude Per­reault, char­gée de com­mu­ni­ca­tion de l’ar­ron­dis­se­ment.

Dans le Pla­teau-Mont-Royal, où il y a éga­le­ment beau­coup de saillies, une étude au su­jet de l’éva­lua­tion de l’im­pact des saillies sur le ter­ri­toire de l’ar­ron­dis­se­ment à l’égard des eaux de ruis­sel­le­ment et des îlots de cha­leur a été confiée cette an­née à l’École po­ly­tech­nique.

L’ar­ron­dis­se­ment en at­tend les ré­sul­tats pour 2018, ce qui lui per­met­tra de va­li­der ses in­ter­ven­tions et d’éva­luer les pro­chaines, m’a ex­pli­qué Ca­the­rine Pia­zon, char­gée de com­mu­ni­ca­tion.

In­no­va­tion à Saint-Laurent

Jus­qu’à main­te­nant, il semble que Saint-Laurent soit l’ar­ron­dis­se­ment qui a le plus in­no­vé dans ce do­maine. On y a réa­li­sé au cours des trois der­nières an­nées quatre jardins de pluie sur rue, deux dans des quar­tiers an­ciens et deux dans de nou­veaux dé­ve­lop­pe­ments.

Comme l’ex­plique leur di­rec­teur des tra­vaux pu­blics, Fran­çois La­palme, au té­lé­phone, «nous sommes en­core en phase ex­pé­ri­men­tale. Nous avons un pro­gramme de sui­vi lé­ger, mais au­cun pro­blème de col­ma­tage ou d’en­tre­tien n’a été re­mar­qué jus­qu’à main­te­nant. Même l’hi­ver n’est pas un pro­blème. Nous li­mi­tons la quan­ti­té de sel em­ployé dans ces rues et les équi­pe­ments de déneigement n’ont ja­mais rien en­dom­ma­gé ».

Un peu plus vers l’est, dans Ahunt­sic-Car­tier­ville, des en­trées pour l’eau de ruis­sel­le­ment ont été amé­na­gées il y a quelques an­nées dans la rue Cha­ba­nel, sur le terre-plein vé­gé­ta­li­sé, mais au­cun sui­vi n’a été réa­li­sé, dit la char­gée de com­mu­ni­ca­tion Émi­lie Miskd­jian.

Der­niè­re­ment, une noue vé­gé­ta­li­sée qui capte l’eau de la rue Ba­sile-Rou­thier a été conçue le long du pa­villon d’ac­cueil du Par­cours Gouin. Un pro­jet réus­si et à voir, si on s’in­té­resse au su­jet. En plus, le pa­villon est ma­gni­fique.

L’avis de deux ex­perts

Au bout du fil, Ma­rio R. Gen­dron, in­gé­nieur civil et chef d’en­tre­prise chez Vin­ci Consul­tants, une en­tre­prise qui se spé­cia­lise dans la ges­tion du­rable de l’eau de ruis­sel­le­ment, sou­tient «qu’il n’y a au­cune rai­son tech­nique de ne pas réa­li­ser des saillies ayant une aire de bio­ré­ten­tion. C’est plu­tôt une ques­tion de choix de stra­té­gie de ges­tion de la part de la Ville».

Il re­marque néan­moins une ou­ver­ture et sou­tient « que les re­la­tions avec le Ser­vice de l’eau à la Ville de Mon­tréal sont bonnes et que ce­la aide à faire pro­gres­ser cette ap­proche».

Même son de cloche de la part de Mi­chel Rous­seau, ar­chi­tecte pay­sa­giste, as­so­cié prin­ci­pal au Groupe Rous­seau Le­febvre, qui réa­lise des pro­jets de ges­tion des eaux plu­viales. «On n’en est plus aux pro­jets pi­lotes. La pro­blé­ma­tique la plus grande ac­tuel­le­ment est les dé­tri­tus [et non les tech­niques de ges­tion des eaux]. »

Gran­by à l’avant-garde

La Ville de Gran­by a été une des pre­mières à amé­na­ger des jardins de pluie en mi­lieu bâ­ti en 2013. Au to­tal, ils s’étalent sur 1,1km le long de deux rues, soit les rues Saint-An­dré et Lans­downe.

Be­noit Car­bon­neau, in­gé­nieur et co­or­don­na­teur de la di­vi­sion in­gé­nie­rie, ex­plique: « Nous avions une pro­blé­ma­tique de re­fou­le­ments de l’eau. Nous avons pris la dé­ci­sion de ne pas tou­cher au ré­seau, mais plu­tôt de créer des aires de bio­ré­ten­tion. Si nous avions sur­di­men­sion­né nos conduits, le coût au­rait été de 3,7 mil­lions, tan­dis que l’amé­na­ge­ment actuel a coû­té 2,4 mil­lions. Ce sys­tème a aus­si l’avan­tage de contrô­ler la qua­li­té de l’eau. »

L’ar­chi­tecte pay­sa­giste Da­nielle St-Jean, qui a col­la­bo­ré à ce pro­jet, ajoute: « Nous avons choi­si le plus pos­sible des vé­gé­taux in­di­gènes, mais pour des ques­tions es­thé­tiques, cer­taines plantes or­ne­men­tales ont été in­té­grées. La pre­mière an­née, il y a eu un peu plus d’en­tre­tien, car le paillis a dû être re­pla­cé après les pluies, mais main­te­nant, c’est l’équi­valent d’une plate-bande nor­male. »

Par ailleurs, tous les plans et de­vis ain­si que les plan­ta­tions ont été réa­li­sés à l’in­terne, ce qui a per­mis des éco­no­mies.

LISE GOBEILLE

Une noue vé­gé­ta­li­sée capte l’eau de la rue Ba­sile-Rou­thier, dans Ahunt­sic–Car­tier­ville. Elle a été conçue le long du pa­villon d’ac­cueil du Par­cours Gouin par le Groupe Rous­seau Le­febvre.

VILLE DE GRAN­BY

Un jar­din de pluie dans la rue Lans­downe, à Gran­by

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