Couillard sort de ses gonds

Le pre­mier mi­nistre leur re­proche de se nour­rir de « drames hu­mains »

Le Devoir - - LA UNE - MAR­CO BÉ­LAIR-CIRINO Cor­res­pon­dant par­le­men­taire à Qué­bec

Le pre­mier mi­nistre Phi­lippe Couillard se dé­fend d’avoir man­qué d’au­dace en gar­dant des élus — qua­li­fiés de «bois mort», de « cancres » par des com­men­ta­teurs po­li­tiques au sein du Con­seil des mi­nistres. Il a re­pro­ché aux médias de car­bu­rer aux «drames hu­mains».

M. Couillard a ap­pe­lé cinq nou­veaux élus à sié­ger au Con­seil des mi­nistres lors d’un re­ma­nie­ment mi­nis­té­riel d’en­ver­gure mer­cre­di. Il a aus­si ré­tro­gra­dé quelques mi­nistres.

Kath­leen Weil s’est ain­si vu re­ti­rer les res­pon­sa­bi­li­tés de mi­nistre de l’Im­mi­gra­tion pour se voir confier celles de mi­nistre res­pon­sable de l’Ac­cès à l’in­for­ma­tion et de la Ré­forme des ins­ti­tu­tions dé­mo­cra­tiques. Lise Thé­riault a dû quant à elle cé­der son titre de vi­ce­pre­mière mi­nistre, en plus de ceux de mi­nistre res­pon­sable des PME et de mi­nistre res­pon­sable de la Condi­tion fé­mi­nine. Elle se charge dé­sor­mais de la Pro­tec­tion des consom­ma­teurs et de l’Ha­bi­ta­tion.

Le pre­mier mi­nistre a ren­voyé une seule per­sonne, Ri­ta de San­tis.

«Qu’est-ce que vous vou­lez avoir, vous autres, les médias ? Vous vou­lez avoir une livre de chair, un peu de sang sur la table? C’est ça qui vous in­té­resse? Vous vou­lez avoir des drames hu­mains? C’est ça qui vous ex­cite un peu? Vous vou­lez avoir des beaux ar­ticles là-des­sus?» a de­man­dé M. Couillard lors d’un im­promp­tu de presse jeu­di ma­tin.

«J’ai des gens com­pé­tents au­tour de la table. Pour­quoi au­raient-ils quit­té [le Con­seil des mi­nistres] ? Parce qu’ils sont com­pé­tents et plus ex­pé­ri­men­tés? Qu’est-ce que c’est que cette his­toire?» a-t-il pour­sui­vi d’un ton cour­rou­cé.

Construire le Qué­bec

Le chef du gou­ver­ne­ment ré­agis­sait aux pro­pos de cer­tains ob­ser­va­teurs po­li­tiques se­lon les­quels il s’est re­fu­sé de mon­trer la porte du gou­ver­ne­ment à des élus de crainte de leur fendre le coeur.

«Quand je lis ça, je sou­ris en coin. Je ne suis pas sé­vère. C’est comme si l’in­dex était: fais mal à quel­qu’un, ça fait de bons ar­ticles. “En­lève un mi­nistre. Si tu n’en­lèves pas de mi­nistre, ce n’est pas bon.” Qu’est-ce que c’est que cette his­toire-là ! […] Si c’est

un concours de dé­mo­tion, je ne joue pas à ce jeu-là, moi!» a-t-il lan­cé aux jour­na­listes ag­glu­ti­nés au­tour de lui dans le hall de l’hô­tel Le Con­corde à Qué­bec. «Moi, je joue à la construc­tion. On est en train de construire le Qué­bec. »

Pour ac­cé­lé­rer cette «construc­tion» ou «trans­for­ma­tion», M. Couillard dit avoir confié des «res­pon­sa­bi­li­tés ma­jeures » à des jeunes élus li­bé­raux, à com­men­cer par le dé­pu­té de Pon­tiac, An­dré For­tin, qui, à l’âge de 35 ans, a été ca­ta­pul­té à la tête du mi­nis­tère des Tran­sports.

«Qu’on me cite des pré­cé­dents! Nom­mer un mi­nistre de

35 ans à un des mi­nis­tères les plus im­por­tants du gou­ver­ne­ment du Qué­bec, qui n’a ja­mais eu de por­te­feuille avant», a-t-il fait re­mar­quer.

Il s’en­or­gueillit aus­si d’avoir nom­mé Isa­belle Me­lan­çon (43 ans) à la tête du mi­nis­tère du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable et Ma­rie Mont­pe­tit (38 ans) à la tête de la Cul­ture. M. Couillard dit avoir «joué d’au­dace».

D’ailleurs, il a mis au dé­fi les jour­na­listes de nom­mer ses pré­dé­ces­seurs qui ont, au fil des trois der­nières dé­cen­nies, fait «au­tant de place» aux femmes et aux jeunes en leur oc­troyant des « por­te­feuilles im­por­tants».

Vi­sées élec­to­ra­listes?

Le chef du Par­ti li­bé­ral du Qué­bec a ré­fu­té les ac­cu­sa­tions se­lon les­quelles il a ou­vert la porte du Con­seil des mi­nistres à des élus en dan­ger — Ma­rie Mont­pe­tit dans Cré­ma­zie ou en­core Vé­ro­nyque Trem­blay dans Chau­veau, par exemple — pour des vi­sées es­sen­tiel­le­ment élec­to­ra­listes.

« Si on pousse cette lo­gique-là plus loin, il fau­drait que le gou­ver­ne­ment ar­rê­ter de fonc­tion­ner deux ans avant l’élec­tion parce que là il va se faire ac­cu­ser d’être élec­to­ra­liste. Soyons rai­son­nables là!»

Par ailleurs, le chef du gou­ver­ne­ment s’ex­pli­quait mal que les cinq prio­ri­tés de son gou­ver­ne­ment pour la pro­chaine an­née — la ré­duc­tion du far­deau fis­cal, la qua­li­té de vie des ci­toyens et des fa­milles, l’in­no­va­tion, la vi­ta­li­té des ré­gions et la jeu­nesse — n’aient pas re­te­nu l’at­ten­tion. «Je les ai nom­mées plu­sieurs fois. Re­li­sez le dis­cours », a-t-il in­di­qué à un cour­rié­riste par­le­men­taire.

En­fin, M. Couillard a in­vi­té les membres de la presse à «por­ter plus at­ten­tion » aux ef­fets des dé­ci­sions prises par son gou­ver­ne­ment. Grâce au mi­nistre de la San­té, Gaé­tan Bar­rette, qui est la cible prin­ci­pale des par­tis d’op­po­si­tion, pas moins de 900 000 Qué­bé­cois de plus ont un mé­de­cin de fa­mille com­pa­ra­ti­ve­ment à 2014, a-t-il sou­te­nu.

JACQUES BOIS­SI­NOT LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Phi­lippe Couillard a ré­agi jeu­di aux pro­pos de cer­tains ob­ser­va­teurs po­li­tiques se­lon les­quels il a re­fu­sé de mon­trer la porte du gou­ver­ne­ment à des élus de crainte de leur fendre le coeur.

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