L’en­jeu des terres agri­coles s’in­vite dans la cam­pagne mu­ni­ci­pale

Le cri du coeur de l’UPA in­ter­pelle les can­di­dats à la mai­rie de Mi­ra­bel

Le Devoir - - ACTUALITÉS - KARL RETTINOPARAZELLI

Le cri du coeur lan­cé jeu­di par l’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA) et des groupes en­vi­ron­ne­men­taux pour pro­té­ger les terres agri­coles de la ré­gion de Mon­tréal a ré­son­né dans la cam­pagne élec­to­rale mu­ni­ci­pale. À Mi­ra­bel, l’une des mu­ni­ci­pa­li­tés les plus agri­coles de la cou­ronne nord, les deux can­di­dats à la mai­rie ne voient pas la pro­tec­tion du ter­ri­toire exac­te­ment de la même fa­çon.

L’UPA, Équi­terre, la Fon­da­tion Da­vid Su­zu­ki et l’or­ga­nisme Vivre en ville ont joint leur voix jeu­di pour dé­non­cer les pres­sions «im­por­tantes et in­ces­santes» sur les terres agri­coles du ter­ri­toire de la Com­mu­nau­té mé­tro­po­li­taine de Mon­tréal (CMM). Se­lon leurs cal­culs, près de 2000 hec­tares de terres agri­coles sont ci­blés pour des usages non agri­coles.

«Plu­sieurs in­ter­ve­nants mu­ni­ci­paux et pro­mo­teurs pri­vés conti­nuent de consi­dé­rer nos terres agri­coles comme une banque de ter­rains dis­po­nibles, ou une zone en at­tente de dé­ve­lop­pe­ment », s’est in­di­gné le pré­sident de l’UPA, Mar­cel Gro­leau.

As­sez de place

La CMM a en quelque sorte ap­puyé cette sor­tie pu­blique, en ré­ité­rant sa vo­lon­té de pro­té­ger les terres agri­coles de la ré­gion de Mon­tréal, en res­pec­tant le Plan mé­tro­po­li­tain d’amé­na­ge­ment et de dé­ve­lop­pe­ment (PMAD), adop­té en 2012.

Se­lon les don­nées com­pi­lées par l’or­ga­nisme, le Grand Mon­tréal dis­pose d’as­sez d’es­paces pour ac­cueillir plus de 350 000 nou­veaux mé­nages et per­mettre le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique d’ici 2031 sans tou­cher aux terres agri­coles pro­té­gées.

En ana­ly­sant les dos­siers trai­tés, en cours de trai­te­ment ou qui se­ront trai­tés pro­chai­ne­ment par la Com­mis­sion de pro­tec­tion du ter­ri­toire agri­cole du Qué­bec (CPTAQ), l’UPA sou­tient que la ville de Mi­ra­bel, dont 87% du ter­ri­toire est agri­cole, est la plus ci­blée par les de­mandes de dé­zo­nage de terres agri­coles, avec 250 hec­tares «en pé­ril».

Elle évoque cinq pro­jets vi­sant du dé­zo­nage ré­si­den­tiel ou in­dus­triel, qui ont pour la plu­part été re­je­tés par la CPTAQ.

«Chaque dos­sier a ses par­ti­cu­la­ri­tés, mais un re­fus n’est à peu près ja­mais la fin de l’his­toire.

«

Plu­sieurs in­ter­ve­nants mu­ni­ci­paux et pro­mo­teurs pri­vés conti­nuent de consi­dé­rer nos terres agri­coles comme une banque de ter­rains dis­po­nibles, ou une zone en at­tente de dé­ve­lop­pe­ment Mar­cel Gro­leau, pré­sident de l’UPA

Les de­man­deurs sont te­naces, se ré­ajustent et se ré­es­sayent », ré­torque le porte-pa­role de l’UPA, Pa­trice Ju­neau.

Lec­ture dif­fé­rente

Le maire sor­tant de Mi­ra­bel, Jean Bouchard, met en doute la lec­ture de l’UPA. Il est vrai que cer­tains pro­jets ont pu être ap­prou­vés par sa mu­ni­ci­pa­li­té, mais ils l’ont été avant son en­trée en poste en 2013 ou concernent des dé­zo­nages qui n’af­fectent pas di­rec­te­ment le ter­ri­toire agri­cole, plaide-t-il.

«De­puis les quatre der­nières an­nées, au­cune de­mande n’a été faite pour agran­dir le pé­ri­mètre ur­bain dans les zones agri­coles […] L’agri­cul­ture est une ac­ti­vi­té éco­no­mique im­por­tante et il n’est pas ques­tion de dé­zo­ner quoi que ce soit pour du dé­ve­lop­pe­ment ré­si­den­tiel », af­firme-t-il, tout en ad­met­tant qu’il pour­rait ap­puyer des de­mandes pour l’ex­ten­sion de zones in­dus­trielles en rai­son des be­soins criants.

Zone agri­cole ou non?

Le maire Bouchard ne par­tage pas en­tiè­re­ment la vi­sion de l’UPA en ce qui concerne le ter­ri­toire agri­cole.

À Mi­ra­bel, un des pro­jets dé­non­cés par le syn­di­cat des agri­cul­teurs concerne par exemple la conver­sion d’une par­tie du club de golf Glen­dale pour per­mettre la construc­tion d’ha­bi­ta­tions. Le dos­sier, ap­puyé par le maire Bouchard, a été re­je­té par la CPTAQ, mais il a été por­té en ap­pel à deux re­prises de­puis.

«C’est un ter­rain de golf, ça n’en­lève rien à la zone agri­cole», dit M. Bouchard.

Or la CPTAQ a conclu en mars 2015 que le ter­rain ne peut être uti­li­sé que pour le golf ou l’agri­cul­ture, et que le coût de sa conver­sion en zone agri­cole n’est pas un ar­gu­ment va­lable pour le dé­zo­ner.

De son cô­té, l’ad­ver­saire de M. Bouchard en vue de l’élec­tion du 5 no­vembre, Pierre-Paul Me­loche, se montre ferme. «On veut pro­té­ger nos terres agri­coles, scande-t-il. C’est comme si la zone agri­cole était une ri­vière et qu’on es­sayait tou­jours d’em­pié­ter des­sus.»

Son can­di­dat Réal Brière, un pro­duc­teur lai­tier de Mi­ra­bel, fait re­mar­quer que l’en­jeu des terres agri­coles l’a mo­ti­vé à se pré­sen­ter aux élec­tions. « C’est ma­jeur, lan­cet-il. Je veux re­do­rer le bla­son agri­cole. »

JACQUES GRE­NIER LE DE­VOIR

Se­lon les cal­culs de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles, près de 2000 hec­tares de terres agri­coles sont ci­blés pour des usages non agri­coles.

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