La sol­li­ci­ta­tion té­lé­pho­nique est une jungle

Le Devoir - - EDITORIAL - AN­DRÉ RACICOT

Il y a quelques se­maines, j’ai re­çu en après­mi­di un ap­pel d’un nu­mé­ro af­fi­ché, mais dont le dé­ten­teur était ano­nyme. Comme ce­la ar­rive trop sou­vent, il n’y avait per­sonne à l’autre bout du fil. J’ai donc rac­cro­ché, pour me rendre compte en­suite que ma ligne était blo­quée par ce nu­mé­ro. J’étais in­ca­pable de faire un ap­pel ou d’en re­ce­voir. Cet ap­pel pi­rate équi­vaut à un mé­fait.

Chez Vi­déo­tron, on m’a dit de ré­ini­tia­li­ser mon mo­dem. La ligne a été dé­blo­quée. Trou­blant quand même. Le même nu­mé­ro a rap­pe­lé à deux autres re­prises, blo­quant ma ligne de nou­veau.

Tou­jours chez Vi­déo­tron, on m’a dit qu’on ne pou­vait rien faire pour blo­quer ce genre d’ap­pel, à moins que je sous­crive à un ser­vice spé­cial coû­tant dix dol­lars par mois… Ces ap­pels in­tru­sifs sont faits par des ro­bots qui cherchent à dé­ter­mi­ner si votre nu­mé­ro est va­lide en pré­vi­sion d’ap­pels fu­turs de té­lé­mar­ke­ting.

Une loi pleine de trous

À la lu­mière de cette ex­pé­rience, on voit que le consom­ma­teur est lais­sé sans dé­fense de­vant les pi­rates de la té­lé­pho­nie, même s’il est ins­crit comme moi sur la Liste na­tio­nale de nu­mé­ros de té­lé­com­mu­ni­ca­tion ex­clus. Je suis sûr que les autres com­pa­gnies de té­lé­pho­nie s’en lavent aus­si les mains.

Cer­tains fe­ront va­loir que l’an­cien gou­ver­ne­ment a jus­te­ment fait adop­ter une loi pour ré­gle­men­ter le té­lé­mar­ke­ting. Mais elle est pleine de trous. Qu’on en juge: les firmes de son­dages, les en­tre­prises de presse, les or­ga­nismes de cha­ri­té, les com­merces avec qui vous faites af­faire, etc. peuvent vous ap­pe­ler li­bre­ment, même si votre nom est ins­crit sur la liste en ques­tion.

Le consom­ma­teur qui s’y ins­crit constate une baisse im­por­tante du nombre d’ap­pels. Pour­tant, il est clair que beau­coup d’en­tre­prises font fi de la loi. De­puis des an­nées, des ca­bi­nets d’as­tro­lo­gie sé­vissent en fai­sant de la sol­li­ci­ta­tion illé­gale plu­sieurs fois par an­née au même nu­mé­ro cen­sé­ment ex­clu; des en­tre­pre­neurs se fai­sant faus­se­ment pas­ser pour des man­da­taires du gou­ver­ne­ment du Qué­bec tentent de vous vendre des échan­geurs d’air; des ca­bi­nets ven­dant des ser­vices fi­nan­ciers vous ap­pellent pour conso­li­der vos dettes, etc. La liste est longue.

Comment tout ce beau monde ar­rive-t-il à vio­ler ou­ver­te­ment la loi en contac­tant des per­sonnes dû­ment ins­crites sur la fa­meuse liste d’ex­clu­sion? D’après une an­cienne dé­pu­tée à qui j’ai fait part de mes do­léances, il sem­ble­rait que le per­son­nel est in­suf­fi­sant pour ap­pli­quer la loi avec ef­fi­ca­ci­té. Après les en­tre­prises de té­lé­pho­nie, c’est le gou­ver­ne­ment qui laisse tom­ber la po­pu­la­tion.

La ma­jo­ri­té des Ca­na­diens se­rait ra­vie de voir un gou­ver­ne­ment fé­dé­ral mettre en­fin ses cu­lottes et prendre la dé­fense du pu­blic en in­ter­di­sant pu­re­ment et sim­ple­ment ce fléau qu’est le té­lé­mar­ke­ting. Mais soyons réa­listes, ce­la ne risque pas d’ar­ri­ver bien­tôt.

Des me­sures simples

Pour­tant, un cer­tain nombre de me­sures simples pour­raient ai­der à faire le mé­nage dans cette jungle qu’est de­ve­nue la sol­li­ci­ta­tion té­lé­pho­nique.

On pour­rait com­men­cer par ap­pli­quer la loi sé­rieu­se­ment en sé­vis­sant contre toutes ces en­tre­prises qui font de la sol­li­ci­ta­tion illé­gale de­puis des an­nées, sans coup fé­rir. Donc, em­bau­cher le per­son­nel né­ces­saire pour que la loi du pré­cé­dent gou­ver­ne­ment soit plus que sym­bo­lique.

Deuxiè­me­ment, il fau­drait ré­vi­ser la loi en ques­tion et res­treindre consi­dé­ra­ble­ment le bas­sin d’en­tre­prises qui peuvent com­mu­ni­quer avec vous, même si vous êtes ins­crit sur la liste d’ex­clu­sion.

Troi­siè­me­ment, for­cer les en­tre­prises de té­lé­pho­nie à blo­quer les nu­mé­ros de ro­bots et de tout autre sol­li­ci­teur dès que ce­lui-ci est iden­ti­fié par un or­ga­nisme d’ap­pli­ca­tion de la loi. Il va sans dire que ce blo­cage se­rait ef­fec­tué gra­tui­te­ment. Cer­tains ob­jec­te­ront que plu­sieurs de ces ap­pels pro­viennent des États-Unis. Et alors ? Qu’on ne vienne pas me faire croire que Bell, Vi­déo­tron et tous les autres n’ont pas les moyens né­ces­saires pour les em­pê­cher d’em­bê­ter les gens.

Qua­triè­me­ment, in­ter­dire for­mel­le­ment aux en­tre­prises com­mer­ciales et aux or­ga­nismes de cha­ri­té d’échan­ger vos co­or­don­nées avec des tiers, sans vous en de­man­der la per­mis­sion. Ac­tuel­le­ment, elles peuvent le faire li­bre­ment, à moins que vous ne co­chiez une toute pe­tite case sur un for­mu­laire…

Cer­tains di­ront qu’il n’y a rien à faire. Mais n’ou­blions pas que la loi ef­fi­lo­chée adop­tée par le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent est le fruit de pres­sions constantes exer­cées par les élec­teurs sur leur dé­pu­té.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.