Fa­mille, je vous hais (à l’oc­ca­sion)

Noah Baum­bach dis­sèque à nou­veau les né­vroses de la fa­mille juive new-yor­kaise

Le Devoir - - CINEMA - AN­DRÉ LA­VOIE

THE MEYE­RO­WITZ STO­RIES (NEW AND SELECTED)

Co­mé­die dra­ma­tique de Noah Baum­bach. Avec Dus­tin Hoff­man, Adam Sand­ler, Ben Stiller, Eli­za­beth Mar­vel. États-Unis, 2017, 110 mi­nutes.

Es­pé­rer quelque chose d’Adam Sand­ler, est-ce en­core pos­sible? Sa car­rière est en­com­brée de pla­ti­tudes, avec ici et là de rares perles, dont Punch-Drunk Love, de Paul Tho­mas An­der­son, aux­quelles il fau­dra main­te­nant ajou­ter The Meye­ro­witz Sto­ries (New and Selected), de Noah Baum­bach (The Squid and The Whale, Frances Ha, While We’re Young), ce­lui qui pour­suit la grande tra­di­tion de l’hu­mour juif new-yor­kais au cinéma.

En­core une fois dans son uni­vers où les né­vroses s’étalent de fa­çon théâ­trale, et à plein vo­lume, celles-ci s’ar­ti­culent ici au­tour d’une fa­mille do­mi­née par un père sculp­teur, Ha­rold Meye­ro­witz (Dus­tin Hoff­man, im­pé­rial), qui semble avoir tout ra­té: sa car­rière, ses ma­riages, et sur­tout ses en­fants, trois de deux conjointes dif­fé­rentes. Au mo­ment où l’on s’ap­prête à or­ga­ni­ser une ré­tros­pec­tive de son oeuvre — non, pas au MoMA, là où un ami au­ra droit à la sienne, à son grand désar­roi — et où sa mai­son pour­rait bien être ven­due, avec tout ce que contient son ate­lier, c’est l’oc­ca­sion pour les en­fants de se réunir. À contre­coeur.

Dan­ny (Adam Sand­ler, éton­nam­ment juste), fraî­che­ment di­vor­cé et sou­cieux de­vant le dé­part de sa fille pour ses études en cinéma, s’op­pose vio­lem­ment à cette vente, mais il ne trouve pas vrai­ment d’al­liés au­près de sa soeur Jean (Eli­za­beth Mar­vel, un rôle in­grat dé­fen­du avec aplomb) et de son de­mi-frère Mat­thew (Ben Stiller), un riche agent d’ar­tistes éta­bli à Los An­geles, consi­dé­ré par tous comme le pré­fé­ré du père. L’idée de tout ba­zar­der en­chante sur­tout Mau­reen (hi­la­rante Emma Thomp­son en vieille hip­pie), la der­nière conjointe en titre de Ha­rold, et la ten­sion monte d’un cran, ac­cen­tuée par des sou­cis de san­té qui éclipsent tem­po­rai­re­ment le pa­triarche de la dy­na­mique né­vro­tique fa­mi­liale.

Celle-ci se dé­ploie sous forme de cha­pitres, au­tant de tranches de vie qu’un mon­tage par­fois in­ci­sif in­ter­rompt pour mieux ex­plo­rer cha­cun des per­son­nages, ra­re­ment sym­pa­thiques, sou­vent im­pré­vi­sibles (c’est un eu­phé­misme). Sous la gou­verne de Noah Baum­bach, un ha­bi­tué des dé­bor­de­ments émo­tifs et des lo­gor­rhées ver­bales, ces an­ti­hé­ros tra­versent l’écran au pas de course, hurlent à pleins pou­mons, et ne cessent de s’hu­mi­lier en pu­blic (même lors­qu’ils rendent hom­mage à leur père!), au­tant de si­tua­tions co­casses ou am­bi­guës se suc­cé­dant dans une fré­né­sie ré­jouis­sante.

Grâce à une force d’at­trac­tion com­pa­rable à celle de Woo­dy Al­len, il at­tire à sa suite une foule d’ac­teurs connus, des ha­bi­tués (dont Ben Stiller), mais aus­si quelques fi­gures res­pec­tées (Adam Dri­ver, Can­dice Ber­gen), le temps d’une scène, ajou­tant ain­si une touche par­ti­cu­lière. Il s’agit bien sûr d’agréables dis­trac­tions dans un film os­cil­lant sou­vent entre rires et larmes, cris de joie et saintes co­lères — contre les au­to­mo­bi­listes, le per­son­nel mé­di­cal ou un vieil homme sé­nile au­tre­fois li­bi­di­neux. Les cibles de ces êtres bles­sés sont nom­breuses, mais ces der­niers ne visent ja­mais aus­si juste qu’en di­rec­tion de leur propre fra­trie, ai­dés par un ci­néaste qui pra­tique de­puis long­temps l’art de la dé­ri­sion ver­bo­mo­trice. Avec un sou­rire car­nas­sier.

NET­FLIX

Dan­ny (Adam Sand­ler, éton­nam­ment juste) joue le de­mi-frère de Mat­thew (Ben Stiller), consi­dé­ré par tous comme le pré­fé­ré du pa­triarche de la fa­mille Meye­ro­witz.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.