Éter­nel ado­les­cent

Le Devoir - - CINEMA - MA­NON DUMAIS Col­la­bo­ra­trice Le De­voir

RE­BEL IN THE RYE

1/2 Drame bio­gra­phique de Dan­ny Strong. Avec Nicholas Hoult, Ke­vin Spa­cey, Vic­tor Gar­ber, Hope Da­vis, Sa­rah Paul­son et Zoey Deutch. États-Unis, 2017, 106 mi­nutes.

Pu­blié en 1951, L’at­tra­pe­coeurs de J. D. Sa­lin­ger a fait l’ef­fet d’une bombe dans l’uni­vers lit­té­raire avec son jeune nar­ra­teur au franc-par­ler ra­con­tant sa fugue à New York trois jours avant Noël. Tou­jours consi­dé­ré comme le ro­man em­blé­ma­tique sur l’ado­les­cence, le livre oc­cupe une place de choix dans la cul­ture po­pu­laire — on ne compte plus les clins d’oeil à cette oeuvre au cinéma, à la té­lé­vi­sion, en mu­sique.

Ro­man de che­vet de tueurs no­toires, dont l’as­sas­sin de Len­non, L’at­trape-coeurs dis­tille en plus un par­fum sulfureux. Quant au des­tin de Sa­lin­ger, homme fra­gile ayant choi­si la ré­clu­sion plu­tôt que de frayer avec le gra­tin new-yor­kais, il pré­sente certes une ma­tière brute idéale pour ins­pi­rer un quel­conque ci­néaste, dra­ma­turge ou bio­graphe. Hé­las! On ne sau­rait dire que celle-ci a per­mis à Dan­ny Strong de li­vrer une oeuvre mé­mo­rable.

Pour son pre­mier long mé­trage, l’ac­teur (Gil­more Girls, Mad Men) et scé­na­riste (Em­pire) s’est ain­si at­ta­qué à ce mo­nu­ment de la lit­té­ra­ture amé­ri­caine, non sans évi­ter tous les écueils propres au genre. De fait, com­bien a-t-on vu de ces his­toires de jeunes gé­nies mar­gi­naux pris en charge par un pro­fes­seur dévoué, ar­tiste ra­té de pré­fé­rence, au grand écran ?

D’une ap­proche très res­pec­tueuse, trop peu au­da­cieuse (on ima­gine le re­gret­té Sa­lin­ger bâiller d’en­nui de­vant cette lisse illus­tra­tion de sa vie), le bio­pic que Dan­ny Strong pro­pose ra­conte bien sa­ge­ment la jeu­nesse de ce gar­çon tour­men­té, sol­dat trau­ma­ti­sé et amou­reux écon­duit. Ce fai­sant, il rap­pelle la ge­nèse du ro­man L’at­trape-coeurs. Re­la­té en fla­sh­back, au mo­ment où Sa­lin­ger est in­ter­né à son re­tour de la Se­conde Guerre mon­diale, Re­bel in the Rye four­mille de plans de l’écri­vain en de­ve­nir dis­pa­rais­sant dans les vo­lutes de la fu­mée de ci­ga­rette alors qu’il tape à la ma­chine.

En vrac, Strong s’éver­tue à faire dé­fi­ler les pas­sages obli­ga­toires dans la vie de Sa­lin­ger, du sa­lon bour­geois de son père (Vic­tor Gar­ber), qui au­rait pré­fé­ré que son fils en­vi­sage autre chose qu’une car­rière d’écri­vain, et de sa mère com­pré­hen­sive (Hope Da­vis) aux tran­chées où il af­fronte l’hor­reur, en pas­sant par les salles de classe et les boîtes de nuit… Et, bien sûr, les bras d’Oo­na O’Neill (Zoey Deutch), fille du grand dra­ma­turge, qui le lar­gua pour Cha­plin. Que l’on connaisse ou non Sa­lin­ger ou son al­ter ego Hol­den Caul­field, nar­ra­teur de L’at­trape-coeurs, chaque scène ré­serve peu de sur­prises tant chaque re­vi­re­ment se ré­vèle té­lé­gra­phié.

Élé­gante carte pos­tale au charme sur­an­né du New York des an­nées 1950, Re­bel in the Rye re­pose sur les épaules de l’at­ta­chant Nicholas Hoult, qui s’ac­quitte ho­no­ra­ble­ment de sa tâche. Dans les rôles de son pro­fes­seur rê­vant de re­con­nais­sance et de son am­bi­tieuse édi­trice, Ke­vin Spa­cey et Sa­rah Paul­son s’avèrent de so­lides faire-va­loir.

MÉ­TRO­POLE FILMS

Re­bel in the Rye re­pose sur les épaules de l’at­ta­chant Nicholas Hoult, qui s’ac­quitte ho­no­ra­ble­ment de sa tâche.

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