Re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti

Le PQ et QS dé­noncent le rap­port du co­mi­té d’ex­perts du gou­ver­ne­ment

Le Devoir - - LA UNE - MAR­CO BÉ­LAIR-CI­RI­NO Cor­res­pon­dant par­le­men­taire à Qué­bec

Le Par­ti qué­bé­cois et Qué­bec so­li­daire pressent le mi­nistre de l’Em­ploi et de la So­li­da­ri­té so­ciale, Fran­çois Blais, de «ta­blet­ter» sans tar­der le rap­port du Co­mi­té d’ex­perts sur le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti.

Le trio d’éco­no­mistes — Do­ro­thée Boc­can­fu­so, Jean-Mi­chel Cou­si­neau et Ra­quel Fon­se­ca — a dé­voi­lé lun­di son rap­port fi­nal coif­fé du titre «Le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti: une uto­pie? Une ins­pi­ra­tion pour le Qué­bec » dans le­quel il for­mule 23 re­com­man­da­tions.

Il sug­gère no­tam­ment d’aug­men­ter les pres­ta­tions d’aide so­ciale de 472 $ par an pour une per­sonne seule et de 311 $ par an pour un couple sans en­fants, ce qui per­met­trait à ces mé­nages sans contraintes à l’em­ploi de tou­cher un re­ve­nu dis­po­nible cor­res­pon­dant à 55% de la Me­sure du pa­nier de consom­ma­tion (MPC), soit 9745$ pour 2016. Cette me­sure coû­te­rait 86,4 mil­lions de dol­lars à l’État.

En ce mo­ment, une per­sonne seule âgée de moins de 65 ans re­çoit 9192$ (52% de la MPC) et un couple sans en­fants 13 355$ (54% de la MPC).

Le dé­pu­té pé­quiste Ha­rold LeBel n’ar­ri­vait pas à croire, lun­di, que le Co­mi­té d’ex­perts sur le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti se contente d’ap­pe­ler le gou­ver­ne­ment li­bé­ral à ver­ser une aide équi­va­lant à 55% de la MPC, c’est-à-dire «à peine la moi­tié du mon­tant né­ces­saire pour sor­tir de l’ex­trême pau­vre­té». « On di­rait que le gou­ver­ne­ment a don­né au co­mi­té un man­dat qui al­lait lui four­nir les re­com­man­da­tions dont il avait be­soin. […] Le gou­ver­ne­ment cher­chait-il vrai­ment une fa­çon d’ai­der les plus vul­né­rables ? » a de­man­dé le porte-pa­role de l’op­po­si­tion of­fi­cielle en ma­tière de lutte contre la pau­vre­té. «Le gou­ver­ne­ment doit faire mieux et s’as­su­rer que tous les Qué­bé­cois ont ac­cès à un re­ve­nu dé­cent, qui leur per­mette de réel­le­ment sor­tir de la pau­vre­té. »

«Avec une hausse si mi­nime que 1,30$ par jour, les as­sis­tés so­ciaux pour­raient s’ache­ter un gros pot de beurre de pi­nottes par se­maine. On est loin du compte», a pour­sui­vi la porte-pa­role de Qué­bec so­li­daire, Ma­non Mas­sé.

Elle urge M. Blais à re­lire son es­sai Un re­ve­nu ga­ran­ti pour tous avant de com­plé­ter son Plan de lutte contre la pau­vre­té et l’ex­clu­sion so­ciale. «J’es­père que M. Blais re­vien­dra à ses ra­cines et s’at­ta­que­ra en­fin aux “groupes d’in­té­rêts puis­sants” qui dé­fendent un sys­tème éco­no­mique in­juste qui per­pé­tue la pau­vre­té», a af­fir­mé Mme Mas­sé par voie de com­mu­ni­qué.

M. Blais en­tend sor­tir quelque 100 000 Qué­bé­cois de la pau­vre­té. Il compte dé­voi­ler son plan d’ici la fin de l’an­née.

La pré­si­dente du Co­mi­té d’ex­perts sur le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti, Do­ro­thée Boc­can­fu­so, a dis­sua­dé le mi­nistre li­bé­ral d’ins­tau­rer le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti au moyen d’une al­lo­ca­tion uni­ver­selle et d’im­pôt né­ga­tif sur le re­ve­nu. Une telle ré­forme crée­rait des « pro­blèmes d’équi­té et dans cer­tains cas d’ef­fi­cience et d’in­ci­ta­tion au tra­vail », a-t-elle fait va­loir lun­di.

«Vi­sion ré­tro­grade»

Le porte-pa­role du Col­lec­tif pour un Qué­bec sans pau­vre­té, Serge Pe­tit­clerc, re­proche au co­mi­té d’éco­no­mistes d’avoir été aveu­glé par ses pré­ju­gés lors de la ré­dac­tion de son rap­port. «Vi­ser 55% de la MPC, c’est at­ta­quer de front le consen­sus so­cial se­lon le­quel la MPC re­pré­sente un seuil mi­ni­mal pour cou­vrir les be­soins de base. C’est faire le choix de main­te­nir des cen­taines de mil­liers de per­sonnes dans la mi­sère», a-t-il in­sis­té.

Il ex­horte M. Blais à ren­for­cer les pro­tec­tions pu­bliques pour as­su­rer à tous et toutes un re­ve­nu au moins égal à la MPC — 17 716$ par an­née —, à aug­men­ter le sa­laire mi­ni­mum à 15$ l’heure, puis à lan­cer une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion vi­sant à « chan­ger les men­ta­li­tés et à contrer les mythes et les pré­ju­gés» ac­ca­blant les Qué­bé­cois dans la pau­vre­té.

Prime au tra­vail bo­ni­fiée

D’autre part, le Co­mi­té d’ex­perts sur le re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti pro­pose aus­si de « ren­for­cer de fa­çon im­por­tante» la prime au tra­vail.

Le co­mi­té pro­pose de ti­rer vers le haut cette « prime » de fa­çon à ce qu’une per­sonne sans en­fants tra­vaillant en­vi­ron 18 heures par se­maine au sa­laire mi­ni­mum touche 1661$ de plus par an­née. Sa prime au tra­vail pas­se­rait de 730 $ à 2391 $.

Le co­mi­té éva­lue le coût de cette « bo­ni­fi­ca­tion ma­jeure de la prime au tra­vail», qui in­ci­te­rait se­lon lui plus d’une per­sonne à quit­ter le pro­gramme d’as­sis­tance so­ciale et à re­tour­ner sur le mar­ché du tra­vail, à plus d’un mil­liard de dol­lars par an­née pour l’État.

Le co­mi­té pro­pose une « ap­pli­ca­tion gra­duelle » net­te­ment moins coû­teuse (109 mil­lions par an­née) qui consiste à bo­ni­fier la prime au tra­vail dans un pre­mier temps pour les per­sonnes seules (396 000) et pour les couples sans en­fants (45 000). Les mé­nages sans en­fants de­vraient bé­né­fi­cier d’un «rat­tra­page» par rap­port à ceux avec en­fants, sou­tient-il.

Par ailleurs, le co­mi­té re­com­mande le ver­se­ment au­to­ma­tique de cer­tains cré­dits d’im­pôt, le paie­ment de dif­fé­rents sou­tiens fi­nan­ciers au moyen d’un chèque unique ain­si qu’une cou­ver­ture sup­plé­men­taire aux per­sonnes fai­sant face à des «si­tua­tions de tran­si­tion».

OLI­VIER ZUIDA LE DE­VOIR

Les per­sonnes seules bé­né­fi­ciant de l’aide so­ciale pour­raient voir leurs pres­ta­tions aug­men­ter de 472 $ par an, si le gou­ver­ne­ment dé­ci­dait de don­ner suite aux re­com­man­da­tions du co­mi­té d’ex­perts qu’il a man­da­té pour étu­dier la per­ti­nence d’éta­blir un re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti.

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