Vivre grâce aux dons et au bé­né­vo­lat

Le Devoir - - PERSPECTIVES - ANNABELLE CAILLOU

Les églises évan­gé­liques pen­te­cô­tistes ont beau ga­gner en po­pu­la­ri­té, no­tam­ment au­près des jeunes au Qué­bec, l’ar­gent ne tombe pas du ciel. Sans vendre de biens ou de ser­vices pour en ré­col­ter des pro­fits, comment ces églises réus­sissent-elles à sur­vivre ?

Lo­ca­tion de salles, sa­laires des em­ployés, or­ga­ni­sa­tion d’évé­ne­ments: tout a un coût. Et ces dé­penses ne pour­raient s’ef­fec­tuer sans la gé­né­ro­si­té des fi­dèles qui donnent chaque an­née, par­fois sans comp­ter.

L’Église la Cha­pelle, ba­sée à Mon­tréal, est ain­si loin de faire faillite. Pour l’an­née 2017, elle a dé­cla­ré à Re­ve­nu Ca­na­da un re­ve­nu to­tal de 2 130 948 $, dont les trois quarts pro­vien­draient es­sen­tiel­le­ment de dons pour les­quels l’or­ga­nisme a re­mis un re­çu pour cré­dit d’im­pôt. Des sommes qui lui per­mettent de ré­mu­né­rer une équipe d’em­ployés — de 11 à 25 per­sonnes se­lon la dé­cla­ra­tion de re­ve­nus —, pour une somme s’éle­vant à 876 641 $ en 2017. Les autres prin­ci­pales dé­penses sont les ac­ti­vi­tés de bien­fai­sance (805 431$), ou en­core les coûts d’oc­cu­pa­tion (264 032 $).

Contrai­re­ment à d’autres or­ga­ni­sa­tions re­li­gieuses, l’Église la Cha­pelle ne pos­sède pas de lieu de culte, mais loue des salles à plu­sieurs en­droits. Im­pos­sible de connaître les sommes ver­sées par l’or­ga­nisme aux pro­prié­taires de salles, qui af­firment que ces en­tentes sont d’« ordre pri­vé », et donc « confi­den­tielles ». Au mo­ment où ces lignes étaient écrites, la Cha­pelle n’avait pas ré­pon­du aux ap­pels du De­voir sur cette ques­tion.

« Ces coûts d’oc­cu­pa­tion sont vrai­ment im­por­tants, c’est à se ques­tion­ner sur la ren­ta­bi­li­té de ce mo­dèle d’église qui ne veut pas de lo­caux, mais pré­fère en louer », constate de son cô­té Fré­dé­ric De­jean, pro­fes­seur en sciences des re­li­gions à l’UQAM. D’au­tant plus que la loi qué­bé­coise pré­voit une exemp­tion de taxes mu­ni­ci­pales, in­cluant la taxe fon­cière, pour les lieux de culte. D’après la Com­mis­sion mu­ni­ci­pale du Qué­bec, la Cha­pelle n’au­rait ja­mais fait de de­mande en ce sens. Mais l’Église est ins­crite au fi­chier des or­ga­nismes de bien­fai­sance en­re­gis­trés (OBE), ce qui lui per­met, sur le plan fis­cal, de re­mettre des re­çus pour les dons re­cueillis et d’être exo­né­rée d’im­pôt sur le re­ve­nu.

Au­cune co­ti­sa­tion obli­ga­toire

En plus de ses em­ployés, la Cha­pelle compte en­vi­ron 450 bé­né­voles qui n’ont « au­cune co­ti­sa­tion obli­ga­toire à payer afin d’adhé­rer à l’Église », pré­cise Ju­lie Desrochers, conseillère en com­mu­ni­ca­tion pour l’or­ga­nisme re­li­gieux. Que ce soit les mu­si­ciens et chan­teurs sur scène, les ar­tistes à l’ori­gine de nom­breux pro­duits dé­ri­vés ven­dus sur place, ou en­core ceux qui ac­cueillent les fi­dèles les di­manches : tous sont bé­né­voles.

«Il ne faut pas voir ça uni­que­ment comme du tra­vail gra­tuit. Dans la culture pro­tes­tante évan­gé­lique, les gens doivent être im­pli­qués au sein de leur Église d’une fa­çon ou d’une autre. […] Ils ont un rôle au sein de la com­mu­nau­té et doivent res­sen­tir qu’ils ont un im­pact sur la pé­ren­ni­sa­tion de l’Église», ex­plique Fré­dé­ric De­jean.

Dé­ve­lop­per le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance chez les fi­dèles per­met de comp­ter sur leur aide pour faire fonc­tion­ner l’Église, mais aus­si de re­cueillir plus de dons. « C’est évident qu’il y a des cas d’abus par­fois, ré­vé­lés par les mé­dias. Mais pour des per­sonnes très in­ves­ties dans leur com­mu­nau­té re­li­gieuse, qui leur per­met d’avoir des ac­ti­vi­tés so­ciales, c’est nor­mal de don­ner beau­coup d’ar­gent », fait re­mar­quer Fré­dé­ric De­jean.

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