Le pacte après le pac­tole

Le Devoir - - ÉDITORIAL -

Je me mé­fie de tout ce qui est os­ten­ta­toire et da­van­tage en­core lors­qu’il s’agit de la ver­tu. Je ne doute pas que plu­sieurs des per­son­na­li­tés qui ont si­gné ce pacte éco­lo­gique soient de bonne foi. Je m’in­ter­roge ce­pen­dant sur les mo­ti­va­tions pro­fondes de cer­taines d’entre elles. L’ins­ti­ga­teur de cette dé­marche, Do­mi­nic Cham­pagne, peut se per­mettre de consa­crer tout son temps à la cause en­vi­ron­ne­men­tale parce qu’il a fait for­tune grâce à son talent bien sûr, mais aus­si grâce à la ville, Las Ve­gas, qui est le sym­bole même de la dé­ca­dence éco­lo­gique et de la sur­con­som­ma­tion. Idem pour son ami Guy La­li­ber­té, qui s’ap­prête à éri­ger une py­ra­mide dans le vieux port, mé­ta­phore par­faite de sa concep­tion du ca­pi­ta­lisme.

Eux, et d’autres, de­mandent à un mil­lion de per­sonnes qui tra­vail- lent pour ga­gner leur pi­tance de les re­joindre dans ce pacte qui vise à mo­di­fier nos com­por­te­ments in­di­vi­duels de consom­ma­tion pour di­mi­nuer notre em­preinte éco­lo­gique. Je me de­mande à quoi ces ve­dettes sont prêtes à re­non­cer pour don­ner l’exemple. Soyons sé­rieux, consom­mer lo­cal, man­ger bio et vé­gane, ou conduire une voi­ture élec­trique n’ont rien du re­non­ce­ment quand on a les poches pro­fondes. Quand j’écoute Louis Mo­ris­sette par­ler de sa mai­son cos­sue de ban­lieue et de ses grosses voi­tures où montent ses trois en­fants, je me dis qu’il a du che­min à faire pour di­mi­nuer son em­preinte éco­lo­gique au ni­veau de la mienne. Le fait que lui ou Guillaume Le­may Thi­vierge, mar­chand de voi­tures Hyun­dai, ad­mettent pu­bli­que­ment leurs contra­dic­tions consti­tue un double af­front.

Je ne peux m’em­pê­cher de pen­ser que ces gens, qui peuvent tout s’ache­ter dans la vie, sont en train de se ma­ga­si­ner une conscience toute neuve et au ra­bais. J’ac­cor­de­rais plus de cré­dit à leur en­ga­ge­ment s’il se fai­sait dans l’ano­ny­mat et l’hu­mi­li­té. On me di­ra que leur no­to­rié­té et le fait de s’af­fi­cher pu­bli­que­ment peuvent avoir un ef­fet d’en­traî­ne­ment po­si­tif. Mais en­core fau­drait-il qu’ils soient ins­pi­rants. Or, tout ce que ces riches ve­dettes m’ins­pirent en ce mo­ment, c’est l’idée que je de­vrais faire ce qu’elles disent, mais non ce qu’elles font. Be­noit Lé­ger, re­trai­té Le 8 no­vembre 2018

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