De guerre lasse

Ro­main Du­ris brille en père aux prises avec le dé­part in­ex­pli­qué de sa femme dans un drame tié­dasse

Le Devoir - - CULTURE | CINÉMA - FRAN­ÇOIS LÉ­VESQUE

Tout semble al­ler pour le mieux chez Laure et Oli­vier. Certes, ils triment dur, elle comme ven­deuse, lui comme su­per­vi­seur dans une com­pa­gnie de vente en ligne, mais ils ont un toit à eux et sur­tout, deux beaux en­fants en san­té. Or, une ombre plane sur cette fa­mille en ap­pa­rence heu­reuse. En ef­fet, si­tôt les pe­tits cou­chés, et juste avant que ne rentre leur père, il ar­rive à Laure de s’iso­ler dans la salle de bain pour pleu­rer.

Un ma­tin, elle en­voie les pre­miers à l’école, puis, lorsque le se­cond lui dit «à ce soir», elle ne ré­pond pas, non qu’Oli­vier re­lève la chose. Au bout de deux jours sans nou­velles, il n’a tou­te­fois d’autre choix que de se rendre à l’évi­dence: Laure est par­tie. Sorte de Kra­mer contre Kra­mer sans le pro­cès, Nos ba­tailles s’at­tarde aux contre­coups de ce dé­part in­ex­pli­qué.

À sa face même, la pré­misse du film de Guillaume Se­nez offre un riche po­ten­tiel dra­ma­tique, l’ab­sence aus­si sou­daine qu’in­at­ten­due de Laure pou­vant être ex­plo­rée de quatre points de vue: ce­lui d’Oli­vier, ce­lui d’El­liott, l’aî­né, ce­lui de Rose, la ca­dette, et bien sûr, ce­lui de Laure. Dom­mage: les mo­ti­va­tions pro­fondes de cette femme qui sus­cite d’en­trée de jeu une em­pa­thie spon­ta­née ne sont pas au pro­gramme.

De fait, le scé­na­rio co­écrit par Ra­phaëlle Val­brune-Des­ple­chin et le ci­néaste pré­fère en dé­fi­ni­tive s’en te­nir à la seule pers­pec­tive du pa­pa aux abois, et dont la si­tua­tion au tra­vail de­vient un en­jeu pré­pon­dé­rant. Tout ce­la, en­core, comme dans le clas­sique de Ro­bert Ben­ton men­tion­né d’of­fice, le com­merce en ligne sup­pléant au monde de la pub, signe des temps.

Dé­sir d’im­por­tance

On le pré­cise: si l’on re­con­naît cer­tains rouages, un cer­tain em­boî­te­ment des si­tua­tions, le contexte glo­bal s’avère dif­fé­rent. Avec ses vel­léi­tés so­cio-éco­no­miques, le film af­fiche ain­si d’autres pré­oc­cu­pa­tions.

On pense ici aux tri­bu­la­tions syn­di­cales du pro­ta­go­niste. Éta­lées en sur­face, celles-ci donnent hé­las l’im­pres­sion d’un dé­sir d’im­por­tance et ne s’in­tègrent ja­mais tout à fait à la trame prin­ci­pale. Un as­pect, pa­ra­doxa­le­ment, dont le film à l’air de vou­loir s’ex­cu­ser avec une fin d’un po­si­ti­visme un peu trop sou­riant con­si­dé­rant tout ce qui est ve­nu avant.

Quoi qu’il en soit, après s’être quelque peu com­plu dans ces consi­dé­ra­tions so­cio-éco­no­miques rap­pe­lant sur­tout que l’on ne s’im­pro­vise pas frères Dar­denne, le film se re­centre. Les deux en­fants re­trouvent alors l’as­cen­dant par rap­port aux aléas pro­fes­sion­nels d’Oli­vier, avec pour consé­quence un der­nier seg­ment plus pre­nant, émo­tion­nel­le­ment par­lant.

Dés­équi­libre am­biant

Comme un rap­pel vi­suel in­vo­lon­taire du dés­équi­libre pré­sent au scé­na­rio, la mise en scène ten­dance na­tu­ra­liste suc­combe de-ci de-là à des plans es­thé­ti­sants. Bien ob­ser­vées, les si­tua­tions do­mes­tiques sonnent en re­vanche justes, qu’il s’agisse du sé­jour de la soeur d’Oli­vier ve­nue don­ner un coup de main ou de la pré­sence constante de leur mère à tous deux.

Par contraste, une idylle à sens unique avec une col­lègue convainc plus ou moins en dé­pit du jeu sen­ti des in­ter­prètes. À cet égard, si Ro­main Du­ris do­mine, l’en­semble de la dis­tri­bu­tion, jeunes ac­teurs in­clus, confère un sup­plé­ment bien­ve­nu de sin­cé­ri­té à l’en­semble.

Nos ba­tailles ★★ 1/2 Drame de Guillaume Se­nez. Avec Ro­main Du­ris, Lu­cie De­bay, Lae­ti­tia Dosch, Laure Ca­la­my, Ba­sile Grun­ber­ger, Le­na Gi­rard Voss, Do­mi­nique Va­la­dié. France-Bel­gique, 2018, 98 mi­nutes.

AXIA FILMS

Nos ba­tailles se pré­sente comme un Kra­mer contre Kra­mer sans le pro­cès.

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