Stea­ma­tic Ca­na­da

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Une nou­velle ban­nière pour Nan­cy Ray­mond

Juin 2016. De son lit d’hô­pi­tal, Nan­cy Ray­mond livre son plus grand com­bat, ce­lui pour sa vie. Femme d’af­faires aguer­rie et fa­rou­che­ment dé­ter­mi­née, elle lutte au même mo­ment pour sa car­rière alors qu’elle tente d’ac­qué­rir Stea­ma­tic Ca­na­da. Portrait d’une bat­tante. La fibre en­tre­pre­neu­riale, Nan­cy Ray­mond la nour­rit de­puis tou­jours. Fille d’Alain Ray­mond, pro­prié­taire de Toi­tures Ray­mond, elle ac­com­pagne dès son jeune âge son père à la ren­contre de clients. Ri­gueur, in­té­gri­té et res­pect sont au­tant de va­leurs qu’il lui in­cul­que­ra et qui jus­qu’à ce jour forgent son par­cours. Après avoir aban­don­né ses études col­lé­giales, elle fait un saut dans l’en­tre­prise fa­mi­liale où elle ac­com­pli­ra

une mul­ti­tude de tâches. Âgée de 23 ans, elle quitte pour la fonc­tion pu­blique où elle oc­cu­pe­ra di­vers postes à Sta­tis­tique Ca­na­da, no­tam­ment comme ges­tion­naire. « Après sept ans, j’avais fait le tour, se sou­vient-elle. Je ga­gnais concours après concours, je pla­fon­nais, je sen­tais que je m’étei­gnais. J’ai re­mis ma dé­mis­sion, j’avais be­soin de nou­veaux dé­fis. »

Une pre­mière ban­nière

Elle ren­contre son père pour lui faire part de son dé­sir de re­ve­nir dans l’en­tre­prise fa­mi­liale, là où mal­heu­reu­se­ment au­cune place n’était dis­po­nible. Néan­moins, il lui pré­sen­te­ra des gens d’af­faires cher­chant à cé­der leur en­tre­prise, faute de re­lève. C’est ain­si qu’elle fe­ra l’ac­qui­si­tion d’une suc­cur­sale en net­toyage et ré­no­va­tion après si­nistre dont la ban­nière, Pre­mière Gé­né­rale, était im­plan­tée en Ou­taouais. « Ce qui m’al­lu­mait, c’est d’avoir la main par­tout, dit-elle, les yeux brillants. Chaque jour, je ve­nais au bu­reau, en­ceinte de quatre mois, to­ta­le­ment pas­sion­née par les dé­fis à re­le­ver. Pour moi, il n’y avait qu’une seule voie, la voie du suc­cès. J’y met­tais tout mon coeur et ma dé­ter­mi­na­tion, donc l’échec me sem­blait im­pos­sible. » Deux ans plus tard, en 2007, elle achète les droits d’uti­li­sa­tion de la­dite ban­nière pour l’en­semble de la province, la­quelle re­groupe huit fran­chi­sés. Elle de­vient alors la pre­mière femme au Qué­bec à opé­rer une ban­nière dans ce do­maine do­mi­né par les hommes.

Tri­pler son chiffre d'af­faires

« Les grands don­neurs d’ou­vrage sont les com­pa­gnies d’as­su­rance, pré­cise-t-elle. Au­cune ne me connais­sait à l’époque.

J’ai tra­vaillé très fort pour dé­fon­cer des portes. Tout ce que je vou­lais, c’était une ren­contre en per­sonne. TD As­su­rance a été la pre­mière à me don­ner une chance, à m’ac­cré­di­ter comme four­nis­seur. Ce fut l’une des belles jour­nées de ma car­rière. » Nan­cy Ray­mond pa­ve­ra sans ar­rêt la voie de son suc­cès pen­dant dix ans, fai­sant tri­pler son chiffre d’af­faires tout en étant à la tête de 18 fran­chi­sés et de 300 em­ployés. Tout ce­la grâce à son en­ga­ge­ment in­dé­fec­tible et à sa ca­pa­ci­té à éta­blir de so­lides re­la­tions avec la clien­tèle. Puis, ar­rive le jour où sa vi­sion d’ave­nir ne con­corde plus avec celle du ré­seau Pre­mière Gé­né­rale. Elle re­met donc la marque de com­merce, mais conserve ses re­la­tions de partenariat avec les 18 af­fi­liés et part à la re­cherche d’une autre ban­nière qu’elle pour­ra faire gran­dir.

Un coup de coeur

Elle fait la ren­contre de Claude Bi­gras, pro­prié­taire de GDI, dont fait par­tie Stea­ma­tic Ca­na­da, une en­tre­prise de net­toyage et res­tau­ra­tion après si­nistre jouis­sant d’une so­lide no­to­rié­té et connue no­tam­ment pour sa tech­nique ex­clu­sive de sé­chage à froid sous vide pour sau­ver des do­cu­ments. « J’ai eu un coup de coeur pour Stea­ma­tic Ca­na­da qui était en bonne san­té fi­nan­cière mais dont la crois­sance

stag­nait, fait-elle va­loir. L’en­tre­prise n’était pas à vendre, mais j’ai réus­si à convaincre M. Bi­gras – mon ange d’af­faires – que la com­pa­gnie pou­vait de­ve­nir la ré­fé­rence dans le do­maine s’il me la cé­dait.» Mais les choses ne se passent pas comme pré­vu. Le 1er juin, elle tombe gra­ve­ment ma­lade et se re­trouve à l’hô­pi­tal entre la vie et la mort. Pen­dant ce temps-là, ce qui de­vait être une simple fu­sion-ac­qui­si­tion avorte. Ses 18 fran­chi­sés dé­cident de res­ter avec Pre­mière Gé­né­rale, ceux-là mêmes qui de­vaient ser­vir de le­vier fi­nan­cier pour l’ac­qui­si­tion de Stea­ma­tic Ca­na­da. Nan­cy Ray­mond doit main­te­nant re­par­tir à zé­ro.

75 fran­chi­sés d’ici cinq ans

« La force d’un ges­tion­naire, c’est de sa­voir bien s’en­tou­rer. Quand je suis sor­tie de l’hô­pi­tal en juillet, j’avais trois se­maines pour convaincre mes par­te­naires fi­nan­ciers de me suivre alors que mon plan d’af­faires ve­nait de chan­ger du tout au tout. J’ai une équipe for­mi­dable et sans elle, je n’au­rais pas pu me­ner à terme cette ac­qui­si­tion », se rap­pelle-t-elle, émue. Cette équipe est consti­tuée de sept membres, dont d’an­ciens di­rec­teurs de com­pa­gnies d’as­su­rances et d’ex­perts en si­nistres. Quelque 36 fran­chi­sés font par­tie de Stea­ma­tic Ca­na­da, dont 25 au Qué­bec. D’ici cinq ans, elle compte en avoir 75. « Stea­ma­tic est une marque re­con­nue mon­dia­le­ment, sou­ligne-t-elle. Au Ca­na­da, nous sommes par­mi les dix plus im­por­tantes en­tre­prises dans le do­maine. Le mo­dèle qué­bé­cois est très per­for­mant et je veux l’ex­por­ter dans toutes les pro­vinces. On se dis­tingue no­tam­ment par le ser­vice à la clien­tèle, les dé­lais de trai­te­ment des de­mandes, la force du ré­seau et la for­ma­tion. Ma réus­site dé­pend du suc­cès de mes fran­chi­sés et je vais tout faire pour que nous de­ve­nions la ré­fé­rence au pays. »

For­mée par des en­tre­pre­neurs

Mère de trois en­fants et épouse d’un homme d’af­faires, Nan­cy Ray­mond voit l’ave­nir avec un op­ti­misme conta­gieux. Au­to­di­dacte douée et ins­pi­rée, elle a tou­te­fois sen­ti le be­soin de faire des études, son choix s’ar­rê­tant sur le pro­gramme élite de l’École d’En­tre­pre­neur­ship de Beauce. « J’ai ob­te­nu mon di­plôme en 2015, lance-t-elle avec fier­té. Tout le Qué­bec Inc est là, les pro­fes­seurs étant de ré­pu­tés en­tre­pre­neurs. On te sort de ta zone de confort, on ébranle tes plus grandes cer­ti­tudes. J’y ai ac­quis une re­dou­table confiance en moi, ce qui m’a ai­dée à af­fron­ter les obs­tacles de juin der­nier. Main­te­nant, il n’y a plus rien à mon épreuve. »

Par Isa­belle Bri­se­bois col­la­bo­ra­tion spé­ciale

photo pa­trick wood­bu­ry, le­droit Meilleur coup en car­rière ? l’achat de Stea­ma­tic ca­na­da… de son lit d’hô­pi­tal.

Un men­tor ? alain ray­mond des toi­tures ray­mond.

Un moins bon coup ? d’avoir eu trop confiance en cer­taines per­sonnes.

Un con­seil ?

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photo pa­trick wood­bu­ry, le­droit

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